Hannah et ses Sœurs

Par Borokoff

A propos de Tyrannosaur de Paddy Considine 

Peter Mullan

A Glasgow, Joseph est un quinquagénaire aigri qui n’arrive pas à se remettre de la mort de sa femme, cinq ans plus tôt. Pour noyer son chagrin, il boit et exorcise sa rancœur en tapant sur tout ce qui bouge. Un soir, il tue son chien. Le lendemain, ivre de douleur, il se réfugie dans un magasin tenue par Hannah, une fervente catholique qui entonne alors une prière pour lui. A travers Hannah, Joseph entame un long chemin de rédemption et de remises en question sur fond de sentiments amoureux. Lorsque Joseph découvre qu’Hannah est battue par son mari, des envies de violence le reprennent. Peut-être à juste titre cette fois…

Premier long-métrage de l’acteur anglais Paddy Considine, Tyrannosaur reprend la trame de son court métrage Dog Altogether (2007) avec les mêmes Peter Mullan et Olivia Colman dans les rôles principaux.

Joseph est un Ecossais raciste dont le ressentiment et la fureur n’ont d’égal que la douleur et le mal-être. Mais il ne supporte pas le mauvais traitement administré par son beau-père à un enfant qui habite en face de sa maison et avec qui il s’entend bien.

Olivia Colman, Peter Mullan

A la tristesse que Joseph éprouve répond une grande solitude. Incapable de se contrôler, de trouver un exécutoire à la haine qu’il ressent, c’est un homme rongé par la culpabilité et qui s’auto-détruit.

Sa rencontre avec Hannah tient du miracle tant il semble au début du film au fond du trou. Hannah, qui vit quant à elle avec un homme qu’elle n’aime plus et qui la tabasse régulièrement.

Si le chemin vers la lumière de Joseph est assez bien amené, et la mise en scène plaisante avec ses plans larges, on peut regretter que la relation avec Hannah et les sentiments ambigüs de Joseph pour cette dernière ne soient pas décrits davantage en profondeur.

Dommage que Considine dépeigne avec des traits un peu épais parfois ses personnages et cette histoire d’amour entre deux êtres que tout semble opposer au départ. Le scénario – qu’il a lui-même écrit – comme les dialogues font un peu dans la surenchère de pathos. Hannah, catholique ardente, est battue par son mari qui urine un soir sur elle en rentrant du travail. Le même mari qui la traite de « cadavre » quand elle fait l’amour et la menace de mort face à son idylle naissante avec Joseph et aux sentiments qu’elle éprouve.

Joseph, entouré de cas sociaux dans son quartier, a tout lui-même du vieil écossais facho et alcoolique qui s’en prend à des Pakistanais pour cacher ses propres défaites et sa misère.

 Si les sentiments entre Hannah et Joseph, réunis par leur solitude, ne sont pas toujours très subtilement décrits, il y a heureusement pour interpréter ces deux « paumés magnifiques » un Peter Mullan aussi excellent qu’Olivia Colman.

Et malgré un trait un peu épais, l’essentiel est sauf, grâce à une chute assez inattendue et des acteurs capables de donner chair tout en rendant émouvante cette histoire. Et c’est déjà pas si mal…

http://www.youtube.com/watch?v=CkMyQ1anKJ8

Film anglais de Paddy Considine avec Peter Mullan, Olivia Colman, Eddie Marsan (01h31).

Scénario de Paddy Considine :

Mise en scène :

Acteurs :

Dialogues :

Compositions de Dan Baker et Chris Baldwin :