Ma troisième fille

Publié le 29 avril 2012 par Gentlemanw

Des nouveaux voisins, des saisons d'hiver où l'on sort peu, où l'on reste peu dans la rue pour discuter, quelques croisements furtifs, le soir, dans la pénombre de journées trops courtes. Puis des enfants, nos bébés, en poussette. Une haie, des oiseaux, le printemps qui pointe son nez, de nouveaux bébés, presque chaque année, les premiers pas, les concours de ballon, trop gros pour eux, si maladroits, une famille qui joue, des cris de joie sous le soleil.

Deux familles, une rue, une odeur de barbecue et les premières paroles à travers la haie, des banalités, des questions sur l'école, sur l'âge des enfants, sur l'horaire de tonte des pelouses.

Il me semblait avoir entendu un enfant, des babillages, mais jamais de courses de petits pieds sur une terasse, de rires dans ce jardin annexe. Un autre jour, une discussion entre deux coupes de la fameuse haie, nos filles ont apparemment le même âge, mais quelle fille ? Une invitation pour se voir enfin, pour se connaître autour d'un gâteau au chocolat, si fédérateur, si convivial.


Dring, une sonnette, nos enfants avec les yeux qui brillent, ils attendent leur voisine. Mes deux filles, mon fils, toushauts comme trois pommes, un sourire, plusieurs sourires de bienvenue. Elle est là, dans les bras de son papa, elle a six ans, mais elle ne marchera jamais. Les enfants s'adaptent instantanément, ne voyany aucun handicap, juste une situation de vie. Elle est dans leur chambre, tout est calme, ils piaillent, ils se découvrent, jouent, partagent leurs vies. Bien sût il y a eu quelques "pourquoi" après le départ, mais surtout des "elle revient quand !". Elle est revenu , elle revient aussi souvent que possible.

Ici c'est chez elle bis, elle vient, nous nous en occupons, nous passons de pièce en pièce, sur la mezzanine les filles jouent. Les rires sont là depuis des années. Nous avons appris à gérer son handicap, ces limites, les nôtres, nous avons tant partagé, années après années. Elle a grandi, si belle en jeune fille rayonnante.


Sa blondeur, son sourire sont si forts que je craque toujours. Alors certains soirs, elle rentre de son école, elle passe par la maison, les filles papotent, des trucs de jeunes filles, prolongés par de nombreux SMS. Des séances de cinéma, ensemble, avec nos pop-corns, des complicités avec elle, oui toi, ma troisième fille, toi qui croque la vie sans amertume.

Depuis tu as eu des frères et soeurs, tu roules entre eux, tu domines en grande soeur ce monde bruyant.


Toi, jeune fille, je suis fière de cette bataille que tu mènes chaque jour, forte et toujours enthousiaste.

Amicalement

Nylonement