On peine à s'enflammer pour les "Incendies" de Wajdi Mouawad et Stanislas Nordey

Publié le 01 mai 2012 par Fousdetheatre.com @FousdeTheatre

L'écriture de Wajdi Mouawad ne laisse pas indifférent. Foisonnante, intelligente, drôle, poétique, violente, crue, engagée, elle peut s'avérer aussi passionnante qu'insupportable dans ses excès et son aspect tellement "théâtre subventionné"... A titre d'exemple, évoquons "Willy Protagoras, enfermé dans les toilettes", pièce dans laquelle les protagonistes crient et s'insultent à longueur de pages, sans oublier de "chier" (souvent) et de "peindre avec de la merde"...

Présenté au Théâtre des quartiers d'Ivry jusqu'à la fin du mois, "Incendies" fait partie de la célèbre tétralogie de l'auteur, composée  de "Littoral", "Forêts" et "Ciels". Cette tragédie contemporaine nous conte la quête de vérité de deux jeunes adultes sur leur naissance, leur histoire et celle de leur mère suite au décès de cette dernière. Une épopée sur fond de guerres civiles intercontinentales durant laquelle le passé douloureux d'une femme éclaire  le présent de sa descendance, lui donne du sens et une raison d'exister. 

Le texte de Mouawad offre des moments intenses qui happent le spectateur émotionnellement parlant. Instants cependant pollués, selon nous, par d'autres se complaisant interminablement dans des torrents de larmes et de douleur (descriptif  dispensable de tortures inclus) tenant davantage de la caricature de la tragédie grecque que de l'hommage ou de l'exercice réalisé "à la manière de", faisant presque passer le mythe d'Oedipe pour une histoire de bisounours... Avec ces "Incendies" l'auteur sait aussi nous alerter sur l'importance du savoir et de la connaissance, synonymes de liberté, et mettre le doigt sur la terrible propension de l'Humanité à réitérer ses erreurs et ses horreurs. Efficace.

Partagés, nous le sommes également, à propos du travail de Stanislas Nordey qui a le mérite de ne pas chercher midi à quatorze heures et désire mettre en avant l'auteur et les interprètes. Mais à trop vouloir chercher et revendiquer l'épure, qui peut parfois avoir du bon, l'artiste finit par nier le concept même de mise en scène et tombe dans une simplicité qui frôle le simplisme et transforme quasiment son travail en une  lecture dirigée pas très poussée, un début de travail de recherche sur un texte... Décor inexistant, costumes à la symbolique primaire (noirs ou blancs), déplacements des comédiens minimalistes, intentions de jeu collant au texte (ça crie et ça pleure sans grande retenue ni subtilité). Certes nous entendons Wajdi Mouawad, mais où se trouve la vision de Nordey ?

Bon...

Photos : Brigitte Enguerand