« Eva in London : a voté » (mais au bout de 8 heures, 57 minutes et pas mal d’aventures) – 1/3

Par Evainlondon

8h57 : voilà le temps que j’ai mis à voter à l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai 2012. Sans doute le vote le plus long de l’Histoire de France. Laissez-moi vous conter cette comédie dramatique en trois actes, sans unité de lieu, d’action ni, vous l’aurez compris, de temps.

Acte I : 26 mars 2012, commissariat de police d’une coquette ville de banlieue parisienne.

Personnages : Eva in London, Mini Princesse (9 mois), la maman d’Eva in London, un Gentil Policier

15h26

Arrivée au commissariat. « Pour les procurations, c’est au premier étage, tournez à droite après les escaliers ». Au premier étage, à droite après les escaliers, il n’y a personne. Peut-être que c’est là, derrière la porte marquée « Réservé aux agents » ? Non, nous dit un Gentil Policier sorti de nulle part, ajoutant : « Vous avez de la chance, il n’y a personne cet après-midi ! Ce matin, il fallait compter une bonne heure de queue. » Quelle chance, me dis-je à cet instant.  Qu’est-ce que c’est facile de voter, de nos jours. Parfois, heureusement qu’on ne sait pas de quoi l’avenir est fait.

Rodé, Gentil Policier m’indique comment remplir ma procuration : « Vous n’inversez pas votre nom de jeune fille et votre nom d’épouse, hein ? ». Je hausse les épaules et réplique d’un ton aimable mais sans appel : « Ne vous inquiétez pas, Monsieur, je vais y arriver ». Pendant ce temps, MiniPrincesse – sans doute déjà tombée sous le charme de l’uniforme – fait les yeux doux à Gentil Policier, qui le lui rend bien.

15h31

Eva in London, déconfite : « Euh… j’ai inversé mon nom de jeune fille et mon nom d’épouse, c’est grave, Monsieur le Gentil Policier ? »

Gentil Policier, qui en a vu d’autres : « Non »

Eva in London, pleine d’espoir et visiblement pas au fait de la bureaucratie : « Ah, je peux juste rayer alors ? »

Gentil Policier, toujours calme : « Non. Mais voici une nouvelle procuration. Faites attention à ne pas inverser, etc, etc. »

Eva in London, docile : « OK, OK »

15h33

Eva in London : « Maman, tu pourrais me prêter un stylo, impossible de remettre la main sur le mien ? »

15h38

Eva in London : « Ma chérie, ne mange pas le stylo de Bonnemaman. Ma chérie, ne mange pas la procuration de Maman. Ma chérie, ne mange pas le pistolet de Monsieur le Gentil Policier. » Etc, etc.

15h46

Monsieur le Gentil Policier ayant accepté ma procuration, nous ressortons toutes trois du commissariat, enchantées devant l’efficacité de l’administration. Je calcule qu’avec 14 minutes devant nous, nous avons même le temps d’aller faire des provisions de petits pots pour bébé, cornichons et autres galettes de sarrasin avant le rendez-vous chez le pédiatre ; toutes activités indispensables, puisqu’en Angleterre, c’est bien connu, il n’y a ni cornichons, ni galettes de sarrasin (enfin si, Ocado, hein, je balance le bon plan sans avoir l’air d’y toucher), ni petits pots pour bébé (enfin si, mais version fish and chips ou Sunday roast plutôt que filet de colin à la ratatouille) ni pédiatre (enfin si, mais seulement aux urgences, et là il faut se taper une à deux heures de queue et indiquer que le pronostic vital de son enfant est engagé). Mais je m’égare.

En 14 minutes donc, y a bien le temps de reconstituer mes stocks de maman en mal de France ? Ben en fait, non.

15h59 : zut, il est vraiment temps de filer à la caisse. Oh, des compotes pommes coings !

16h04 : je commence à être vraiment en retard. Mais pas assez pour ne pas consacrer 85 secondes supplémentaires à dénicher ma carte de fidélité. « La carte Vitale, c’est pas ça… la carte de bibliothèque périmée depuis quatre ans non plus… ah, la voici ! Ah, on n’est pas chez Casino ici ? »

16h12, sous le regard furibond du pédiatre : « Je vous présente mes plus plates excuses, Docteur. Il y avait un monde fou au commissariat. »

(durée de l’acte I : 20 minutes. Sans compter la razzia monopriesque, parce que je n’abhorre rien tant que la mauvaise foi.)

A l’acte suivant : où accomplir son devoir de citoyenne implique 2h23 de queue, et une usurpation d’identité.

PS : quand on n’a pas voté le 21 avril 2002 par flemme de faire une procuration, on réalise que voter n’est pas seulement un droit, mais aussi un devoir…

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