Live Report – Youssoupha à l’Olympia

Publié le 10 mai 2012 par Wtfru @romain_wtfru

L’Olympia, mythique salle de concert, accueillait le lyriciste Bantu Youssoupha, trente ans après avoir accueilli le père de celui-ci, Tabu Ley Rochereau, premier artiste africain à avoir investi les planches du Boulevard des Capucines. Retour sur un extraordinaire show qui va marquer le rap français.

A peine rentré dans la file d’attente que l’on sent que l’on va assister à un concert de rap. Enfin pour l’instant on sent plutôt la résine de cannabis omniprésente dans la queue au même titre que le whisky dans les bouteilles de coca. Le public se chauffe et continuera de se chauffer une fois à l’intérieur de la salle en utilisant les mêmes ingrédients, sauf qu’à l’intérieur, il fait au moins 67 degrés. Et bien sûr les misères ne s’arrêtent pas là puisque juste devant toi tu as le videur du Monoprix du coin qui t’empêchera de voir la scène et que derrière toi tu as le petit gros qui va passer la soirée à te pousser et à te siffler dans les oreilles. Bref, c’est avec tout cela que la première partie débute sur les coups de 20h. Et c’est la rappeuse d’Aix en Provence, Ladea qui s’y colle accompagnée de son DJ qui porte la maillot du VietNam. Et pourtant, le show n’allait pas être bridé, au contraire. L’élément montant du rap français prend son rôle à cœur en donnant tout ce qu’elle a dans les cordes vocales, elle en donne même un peu trop puisque l’on ne comprend que la moitié de ce qu’elle chante. Au bout de quatre ou cinq chansons dont un son célèbre ‘Qui veut ça ?‘, Ladea laisse sa place au protégé de Bomayé Music, le dénommé Taipan, le plus venimeux MC du Rap Game. Sa grande carcasse nonchalante va osciller entre humour, lorsqu’il commencera d’entonner son titre ‘Crame un gramme’, véritable ode à l’herbe avant de se rétracter en citant que Edith Piaf et Jacques Brel ont chanté ici avant, et sérieux lorsqu’il reprendra ‘Bouche à oreille’ titre de Noir D****. L’ambiance monte crescendo et après avoir fait la promo de son album qui sort le 21 mai, Taipan sort au profit du rappeur bordelais de Bomayé, Sam’s. On peut dire une chose, c’est que Sam’s sera plus tranchant que Jussiê et plus investi sur scène que Diabaté sur le terrain. Ainsi, il finira de faire exploser le public grâce à ses propres chansons, grâce à son ‘Gestlude’ mais surtout grâce au sample du très hype ‘Niggas in Paris’. C’est donc après quarante cinq minutes de show, soixante-six bleus sur le corps et quatre kilos perdus que la première partie très réussie se termine.

 

 On sue, on a déjà plus de voix, on est bousculé mais on attend tous le prim’s parolier avec impatience. L’inscription ‘Tabu Ley Rochereau 1970′ fait son apparition sur la scène en même temps que retentit l’introduction du titre ‘Les disques de mon père‘. C’est donc sur ce vaste et émouvant hommage à son paternel que le spectacle commence vraiment. Dans la foulée, le tant-attendu Youssoupha débarque griffé de son tee-shirt ‘Geste do it’ et accompagné de son gesteur préféré S-Pi pour une, déjà, chaude bouillante interprétation du titre ‘ L’effet Papillon’ issu de l’album ‘Sur les chemins de retour’. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette entrée est terriblement punchy et terriblement efficace. On remarque dès ce morceau que la connexion avec le public sera omniprésente et que l’entente Youssoupha-S-Pi assurera le spectacle tout au long de la soirée. D’ailleurs parlons de ce S-Pi, fidèle acolyte du lyriciste Bantu depuis sept ans et qui sera présent à ses côtés pendant les 2/3 du concert. Excellent backeur, excellent ambianceur, excellent comédien et parfait complément de Youss’, l’ice criminel a régalé. Mais la star de la soirée, c’était bien Youssoupha. Acclamé par tous, il a fait gester la foule sur une multitude de ses titres extraits de ses différents albums. ‘A chaque frère’ a été fêté grâce au titre ‘Les apparences nous mentent’, ‘Sur les chemins du retour’ a été en vue grâce aux titres ‘Apprentissage‘, ‘ L’effet papillon’ mais surtout grâce à ‘A force de le dire’ où le public a repris d’une seule voix la célèbre phrase « J’mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d‘Eric Zemmour », phrase qui sera suivi par un majestueux cri du cœur de ce même public qui entonnera plusieurs ‘ Zemmour, on t’encule’. Ce à quoi Youssoupha répondra « On se donne tous rendez-vous au tribunal ». Mais Youss’ avant le tribunal, c’est au Zénith que l’on se donnera rendez-vous le 8 novembre prochain.

 Chose plus surprenante, le rappeur avec un cheveu sur la langue a fait la part belle à sa mix-tape sortie l’année dernière ‘En noir et blanc en attendant Noir désir’ en reprenant les morceaux ‘Clashes’ mais surtout ‘La Foule‘, titre qu’il interprétera seul avant de laisser l’honneur à la magnifique Ayna de l’interpréter à nouveau mais dans un style totalement différent et totalement plus mélodieux et doux. D’ailleurs parlons un peu des invités, si Youssoupha a mis en avant les talents de chez Bomayé Taipan, Sam’s, Ayna et surtout S-Pi, il a aussi surpris son monde en conviant la toute fraîche Irma pour la chanson que tout le monde connaît ‘I know’. En laissant une fois de plus une jeune artiste profiter seule de la scène, Youssoupha a prouvé à tous qu’il n’était pas un artiste comme un autre en ne tirant pas toute la couverture sur lui et en montrant une générosité sans faille. Mais le clou du spectacle n’était pas là. Et si jusqu’à maintenant le public restait sur sa faim niveau invités, (on regrettait l’absence de Corneille ou du jeune Kozi issu du label Bomayé), l’arrivée surprise de Kery James surprit tout le monde d’autant plus que Youssoupha venait d’annoncer qu’il ne pourrait être là ce soir et que le titre ‘La vie est belle’ qu’ils interprètent en duo venait de se terminer. Le public se transforma alors en une véritable furie si bien que l’on écoutait même plus les artistes chantaient. Peut importe le flacon, tant qu’il y a l’ivresse, dit-on, et sur ce coup-là c’est bien vrai. L’ivresse, on l’a aussi eu lorsque la ravissante Indila est entrée sur scène pour interpréter le tube qui tourne en boucle sur les ondes françaises, le bien nommé ‘Dreamin‘. Vous l’aurez donc compris, Youssoupha a fait rêver son public mais c’était sans compter sur deux surprises énormes qui sont venus apporter le gros plus qu’il fallait pour que ce concert soit unique et mythique. La première fut son disque d’or remit sur scène par son manageur Lassana, son big boss Philo et surtout par son jeune fils Malik, source d’inspiration du titre ‘Les disques de mon père’, qui apeuré, disparaîtra vite dans les coulisses. Trois générations de Mabiki (le nom de famille de Youss) ont donc foulé les planches de l’Olympia, qui dit mieux ? Youssoupha peut être fier de cela, il peut être fier de lui, fier de son disque d’or et fier de son public, qui aura retenu ses larmes pour ce doux moment d’émotion.

Mais le public allait très vite connaître une deuxième grosse émotion en peu de temps. Alors que tout le monde pensait le concert finit, le clou du spectacle, le feu d’artifice qui illumina la soirée apparut. Et c’est sous la musique du remix d‘Apprentissage que cela eut lieu. Après le premier couplet de Youssoupha et de S-Pi, c’est l’Arabian Panther Médine qui apparut pour son couplet, suivi de Ol Kainry venu se pavaner, de Sinik qui ravit les nombreux porteurs du maillot du PSG dans le public, de Mac Tyer toujours aussi baraqué et hardcore, de Tonton Rim’k tout sourire, de Orelsan qui ravit les porteurs du maillot du Stade Malherbe de Caen (beaucoup moins nombreux que ceux du PSG) et de, cerise sur le gâteau, Oxmo Puccino, le seul et l’unique Black Jacques Brel. Pendant ce temps-là la foule, enchantée et déchaînée, se bousculait pire qu’un jour de pèlerinage à La Mecque. Tout cela pour s’approcher un maximum des artistes, on est un peu con quand on s’y met, putain.

Pour conclure, on ressort de la salle en ayant le sentiment d’avoir assisté à quelque chose d’inoubliable, à un concert légendaire et fabuleux qui marquera toute une époque mais qui marquera surtout le rap français. Après NTM, IAM et autre Oxmo, le rap français a trouvé un nouveau maître en la personne de Youssoupha. Savant mélange d’émotion, de raps intimistes (La vie est belle, Espérance de vie), de folie, de raps qui partent en pogo, de jeux de scène bien huilés, de dubstep, de rap hardcore, de défis et d’interactions avec le public, le rappeur avec un cheveu sur la langue a fait gester tout l’Olympia pour un concert inoubliable. Accompagné de tout Bomayé Music, de ses amis rappeurs, du très bon Dj Myst égaye la scène trop morne du rap français. Ramzy, François-Xavier Demaison, Mokobé et Leck, présents dans le public n’ont pu qu’apprécier le spectacle au même titre que Rachid, Nicolas, Michel, Blandine, Noémie, Souleymane, Chow, Nabila et bien d’autres. Merci Youssoupha, et maintenant que l’on se connaît, rendez-vous le 8 novembre au Zénith, parce que jusqu’à maintenant t’avais jamais entendu français !

Diffusé en live par Canal Street et France O, le concert sera visionnable en entier à partir de lundi 14 mai ici.

Pour les places au Zénith, c’est ici que ça se passe.

PS: Cet article n’a pas été écrit par un spécialiste de musique, mais par un fan de Youssoupha. Veuillez donc l’excuser pour les quelques imprécisions de vocabulaires.