Photo-journalisme au CCCB de Barcelone

Publié le 16 mai 2012 par Cardigan @onlyapartmentsF

On dirait un photogramme sorti d’un des films les plus visionnés et hallucinants du grand Kurosawa, une image où se croisent et se mélangent aussi improbable qu’impactant et séduisants les univers de films comme Les Rêves, Ran, Rashomon ou Dodes-ka-den. Il se peut que les plus jeunes se sentent plus inclinés à la mettre en relation avec une des histoires de Haruki Murakami et il y en a aussi qui trouve en elle un écho du Tarkovsky de Sacrificie. L’image est, en tout cas, hypnotique, captivante. On pourrait la regarder pendant des heures et reproduire avec mille variations à peine perceptibles par la nuit dans le monde qui se déplie pendant que nous dormons.

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Un ancien d’aspect vénérable vêtu avec un kimono bleu en soie d’une élégance inégalable, demeure debout au milieu d’un entourage urbain désolé en regardant énigmatiquement les décombres, les ruines et les restes éparpillés dans la rue, entouré d’immeubles à moitié démolis qui ont été victimes d’une hécatombe sans précédent. Il est pieds nus et seul dans cette rue qu’il contemple, avec le coude gauche plié et la palme de la main du même bras étendue dans le sens vertical, peut être pour freiner l’avance d’une telle tragédie ou pour bénir la scène apocalyptique. Pour ajouter plus d’horreur et de mystérieuse fascination au panorama, il semble être en train de tomber quelques flocons de neige agités hasardeusement par le vent, même si nous comprenons qu’il s’agit probablement de papiers ou de résidus de quelque explosion causée un an auparavant dans les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima comme conséquence à l’action d’un Tsunami implacable et presque déjà oublié.

Elle fait partie de l’extraordinaire exposition Más fotoperiodismo, “Visa pour l’Image – Perpignan” qui peut être visitée au CCCB jusqu’au 28 mai (http://www.cccb.org/ca/) et qui comprend le meilleur et le pire du photo-journalisme. Ceci est probablement en relation avec la description de l’image réalisée ci-dessus, on peut parler de son aspect spectaculaire, de son impossibilité, même si elle documente une situation réelle d’un dramatique incomparable, à la marge d’un ensemble de référents fictifs dont elle passe à faire partie immédiatement, rappelons nous par exemple de l’enregistrement de l’attaque contre les Tours Jumelles et l’intense sensation de déjà vu qu’il a causé, comme s’il s’agissait d’un film que nous avons déjà vu, ou au moins de son trailer.

C’est une des nombreuses réflexions auxquelles peut nous inviter cette exposition composée par une sélection des expositions qui ont pu se voir dans l’édition de l’année passée de Visa pour l’image – Perpignan, peut-être le festival professionnel photographique le plus prestigieux du monde, qui pour première fois sort en tournée hors de France.

Paul Oilzum