Sept ans de réflection : Japon 2006 / 5

Publié le 22 mai 2012 par Asiemute

A l'Himeji-jo, voila que je polémique ...

A Himeji, c'est sous des trombes d'eau que je découvre le célèbre Himeji-jo, appelé aussi "Hakuro-jo", littéralement "château du Héron blanc".

Et quand je parle de trombes d'eaux, je n'exagère pas, je vous laisse juger par vous-même ...

 

Cet imposant édifice, qui a été miraculeusement épargné par les bombardements qui ont ravagé la ville à la fin de la seconde guerre mondiale, surplombe majestueusement la ville. Une demi-journée suffit pour visiter cette authentique structure médiévale à laquelle on accède facilement, à pieds, depuis la gare d'Himeji.

 

Quelques détails sur l'architecture très stratégique du château

A l'origine, vers 1300, le château d'Himeji était une petite forteresse, entièrement reconstruit et considérablement agrandi en 1608 par le daimyô Ikeda Terumasa.

Le donjon principal est flanqué de trois autres tours, plus petites, reliées entre elles par un chemin de ronde fortifié.

Chacun des bâtiments a un faîtage triangulaire. Le blanc pur des murs est constitué d'un mélange de chaux et de poudre de coquillages qui servait de revêtement ignifuge (la structure du bâtiment est en bois).

Les fenêtres ont des formes différentes selon leur fonction : rectangulaires pour tirer à l'arc, triangulaires pour utiliser les armes à feu. Les toits étaient reliés les uns aux autres pour offrir une possibilit supplémentaire de fuir en cas d'attaque.

Pour le corps du bâtiment principal, les toits ont des formes différentes à chaque niveau  : un toit linéaire et continu au premier niveau ; un toit au prfil ondulé au deuxième niveau ; deux frontons avec lucarnes au troisième niveau ; un seul fronton au quatrième niveau ; enfin un toit au profil ondulé au cinquième niveau.

L'Himeji-jo apparaît souvent à la télévision japonaise (pour la météo ou les infos il me semble ...) mais aussi dans de nombreux films, notamment "Ran" et "Kagemusha", deux célèbres films épiques de Akira Kurosawa, mais aussi dans un James Bond, "On ne vit que deux fois".

Ce château est également mentionné dans le roman de Eiji Yoshikawa "La pierre et le sabre", dont le héros, Miyamoto Musashi - célèbre samouraï considéré comme un des grands Maîtres de la tradition du bushidô (la Voie des guerriers) - a pris part, alors qu'il était adolescent, à la fameuse bataille de Sekigahara. C'est à cette période, vers 1600, que se déroule le début du récit. Et c'est précisemment à l'issue de cette bataille que le Shogun Ieyasu Tokugawa, dictateur militaire du Japon, a accordé le château à son gendre, Ikeda Terumasa.

"Le château de Himeji apparaissait devant ses yeux. Il comprenait maintenant pourquoi on le nommait "le Château de la Grue blanche" : ce majestueux édifice se dressait sur d'énormes remparts de pierre, comme un grand oiseau fier, descendu des cieux.  Takuan précéda Takezô (il s'agit de Miyamoto Musashi) sur le vaste pont qui enjambait le fossé externe. Devant le portail de fer, une haie de gardes se tenait au port d'armes. Leurs lances qui étincelaient au soleil firent hésiter Takezô une fraction de seconde. Takuan, sans même se retourner, le sentit et, d'un geste légèrement impatient, lui enjoignit de poursuivre sa route. Ayant franchi la tourelle du portail, ils s'approchèrent de la deuxième porte où les soldats semblaient encore davantage sur le qui-vive, prêts au combat d'une seconde à l'autre. C'était le château d'un daimyô. Il faudrait à ses habitants quelques temps pour se détendre, pour admettre le fait que le pays se trouvait heureusement unifié. Pareil à maints autres châteaux de l'époque, il était loin de s'être habitué à ce luxe : la paix."

J'en profite pour vous conseiller vivement la lecture de "La pierre et le sabre" et de sa suite "La parfaite lumière" de Eiji Yoshikawa : une très agréable façon de découvrir le Japon médieval, notamment en suivant Miyamoto Musashi dans sa quête de la perfection, mais aussi  d'obtenir un remarquable éclairage sur la finesse et les paradoxes de la culture et des traditions japonaises.

  

 

 

Le temps est devenu plus clément une fois la visite terminée. Visite un peu bâclée je l'avoue, car j'étais trempée jusqu'aux os, sans parler de mes affaires personnelles ... Dommage, car je n'ai sans doute pas apprécié à sa juste valeur ce magnifique château dont l'élégance m'a tout de suite interpellée. De plus, perché sur son rocher, on le dirait prêt à s'envoler ... et, c'est là que le bât blesse comme on dit, car j'ai un problème avec le nom donné à l'Himeji-jo : est-ce le "château du Héron blanc" ou celui de "la Grue blanche" ???

Jusqu'à présent, je m'en étais tenue au "château du Héron blanc" ; c'est ce qui est indiqué dans mes ouvrages sur le Japon (Hachette, National Géographic entre autres, sans parler des guides touristiques). Et hier soir, en feuilletant "La pierre et le sabre" pour retrouver ce petit extrait où il est question de l'Himeji-jo, voila que je découvre ce qui m'avait échappé lors de ma lecture : il y porte le nom de "château de la Grue blanche" !!!

Ce n'est peut-être qu'une erreur de la part du traducteur, mais il pourrait aussi porter les deux appellations selon les époques, ou alors, c'est une énorme erreur des guides touristiques et autres ouvrages ...

A vrai dire, cela n'a aucune importance pour moi, la vérité est sans doute ailleurs, mais j'ai tranché, sans aucune hésitation ni état d'âme pour le "château de la Grue blanche" !  Je n'ai rien contre le héron blanc, de plus j'aime bien les hérons et je l'ai souvent démontré sur ce blog ... mais ils ne peuvent en aucun cas rivaliser avec une grue blanche. Ce grand échassier est élancé, gracieux, élégant, et tellement plus symbolique pour le Japon, où il est l'emblème de la paix et de la longévité ...

Et vous, vers quelle dénomination tendez-vous ?  
Pour le héron, tapez 1 - pour la grue, tapez 2 ;)

Photos à Himeji, juillet 2006