La mort de Staline T. 2 Funérailles

Publié le 25 mai 2012 par Un_amour_de_bd @un_mour_de_bd

Scénario de Fabien Nury, dessin de Thierry Robin, Public conseillé : Adulte, adolescent, homme ou femme

Style : Comédie noire, satire sociale Edité chez Dargaud, Sortie le 25/05/2012

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L’histoire

7 mars 1953. Le camarade Staline est foudroyé par une crise cardiaque. Le Politburo se réunit dans l’urgence mais évite de prendre la moindre décision. Tétanisés par les conséquences de cet événement, Béria, Malenkov, Khrouchtchev et les autres se déchirent au chevet de Staline, dont ils espèrent tous la mort. Chantages, complots, manigances, le ballet des fauves a commencé. Mais à qui reviendra le pouvoir ? Le premier tome se clos sur l’annonce officielle de la mort de Staline et sur la folie meurtrière qui suit. Dans une ambiance oppressante et inquiétante, Nury et Robin nous convient à assister au ballet dramatique et grinçant des proches de Staline…

le second tome

Maintenant que les forces en présence sont connues, le second opus de cette dilogie (ne dites pas diptyque) déroule les histoires parallèles : la grande pièce officielle (façon Stalinienne) tandis que dans l’ombre se jouent lutte de pouvoir et drames.
Sitôt la mort de Staline officialisée, les membres du Poltiburo se réunissent pour se partager les responsabilités. Dans ce jeu de chaises musicales, tout est permis : alliances, pressions, menaces… Béria s’attribue la plus grosse part du gâteau. Tandis que se déroule les funérailles grandioses du “petit père des peuples”, dans l’ombre coups-bas, règlements de compte et dérapages s’enchaînent


Les éléments du scénario

Fabien Nury définit son histoire comme un “Soprano” (voir cette série sur wikipédia) en russie. Il ne dénonce pas le communisme, mais un système fondé sur l’obsession aveugle, le refus de réalité. En suivant aveuglément les volontés délirantes d’un chef unique et omnipotent, ils basculent dans l’impensable. Cette “folie” devient le “ressort comique” des albums.
Le contexte est dramatique, la tension palpable autour de ce ballet d’intrigues, mais les délires du Politburo nous font rire jaune. Les situations sont tellement invraisemblables et irréelles qu’elles en deviennent comiques. Et pourtant, à n’en pas douter, l’enjeu, c’est la survie. La force de cette histoire est de jouer sur les 2 tableaux.

Les personnages

Chaque protagoniste est analysé : Béria, déterminé et dangereux. Malenkhov, successeur officiel apeuré, Khroutchev jouant les outsiders... C’est une lutte d’ego sur-dimensionnés, de pouvoir et de mort qui se déroule devant nos yeux.
Dans le second tome, l’histoire se concentre sur Béria, car c’est lui qui avance le plus de pièces et qui manœuvre le plus. Cela lui donne le rôle du “méchant”, mais tous les membres, même s’ils sont moins actifs, sont aussi impliqués que lui.

Des bases réelles ?

Robin et Nury se sont retrouvés sur un sujet d’intérêt commun : Staline. Avant même de travailler sur ces albums, Thierry Robin avait commencé une biographie de Staline. Le projet avorté a permis de démarrer cette collaboration particulièrement rapidement.
Fabien Nury nous averti en préambule : il a construit son scénario d’après des événements réels, mais avec une interprétation et un traitement tout à fait personnel. Il ne s’agit pas de respecter une vérité historique, mais de jouer avec.
La limite du système est de savoir ou finit la biographie et ou commence le romanesque ? A vous de voir !
Très documenté, le travail préparatoire s’est servi de sources multiples et nombreuses : témoignages directs (mémoires de Khroutchev, de la fille de Staline) biographies, reportages…
En mélangeant scènes véridiques, extrapolées, condensées et pures inventions, Fabien Nury écrit SON histoire, largement inspiré de faits réels.

Noir, c’est noir

Le seul élément optimiste de l’album réside dans la présence de Maria Loudina, en prologue et en clôture du second tome. Malgré sa farouche opposition au régime stalinien, cette concertiste s’en sort indemne, passant entre les mailles du filet et apportant un peu d’espoir à ce tableau si sombre.

Le dessin

Excellent dans les ambiances marquées et à haute tension (Rouge de Chine, Koblenz) Thierry Robin accompagne le scénario au scalpel de Nury par un dessin semi-réaliste anguleux et épuré. Son trait et son découpage dynamiques sont particulièrement efficaces pour nous faire ressentir l’urgence et la tension de la situation.
Le travail de Robin sur le découpage de l’album est particulièrement remarquable. Pour preuve, Il rend vivant et compréhensible 8 pages de dialogue en huit-clos, aussi bien qu’une scène musicale (sans le support auditif, bien sur).

Dans le premier tome, On peut presque parler de dessin “expressioniste” (comme dans les films allemands du début du siècle que Robin apprécie particulièrement). Dans les scènes de nuit, les ombres s’agrandissent, les décors disparaissent et les clairs obscurs révèlent les tréfonds de l’âme humaine.

Le second tome se passe en pleine lumière. Son trait est plus réaliste, moins anguleux, moins épuré. Il y gagne en lisibilité.

Pour résumer

Si vous voulez revivre toute l’absurdité du monde stalinien, et de ses dérives humaines, foncez sur “la mort de Staline”. Sans traiter d’idéologie, vous suivrez une comédie noire : L’histoire absurde de la succession de Staline, aussi glaçante que dérisoire.


Mes Partenaires

Je tiens à remercier pour cet article le service presse de Dargaud (en particulier Angele Pacary). Suite à la conférence de presse, j’ai recueilli un certain nombre d’éléments particulièrement utiles pour cette publication.