108, Cuchillo de palo - Renate Costa

Par Malaurie @jfbib

Rodolfo Hector Costa Torres ne souhaitait pas reprendre la forge familiale, il désirait devenir danseur. Rodolfo Costa était homosexuel. Au Paraguay, sous la dictature de Stroessner, les homosexuels étaient considérés comme des couteaux en bois (cuchillo de palo) : des personnes inutiles. Dans les années 1980, une liste de 108 noms est établie, les personnes sont arrêtées et torturées.

Renate Costa découvre la mort de son oncle un matin d’hiver. Lorsqu’elle demande de quoi est-il mort, son père lui répond « de tristesse ».  Face à ce silence, Renate Costa choisi de lever un voile sur son histoire personnelle, ce faisant elle met au jour le quotidien des paraguayens sous la dictature de Stroessner.

Sa quête se transforme en un habile essai de communication intergénérationnelle, d’un côté ceux qui ont vécu sous la dictature sont des taiseux face à la nouvelle génération qui cherche à savoir, à comprendre ce qu’il s’est passé. Le rythme est assez lent, les moments de silence rendent bien compte de cette difficulté à communiquer. Les images oscillent entre nuit et jour, entre flou et bougé, baignées par des lumières étalées, nous sommes entre deux mondes, entre chien et loup, au cœur de la mémoire…


L’intérêt de ce film est de parler d’un pays discret : le Paraguay, pays enclavé d’Amérique du Sud, resté sous le joug d’une dictature militaire pendant près de 35 ans. Ce film est un pas de danse entre deux mondes dont les modes de pensées sont aux antipodes. La haine du régime de Stroessner envers les homosexuels s’est propagée au cœur d’une population profondément catholique. Les exactions qui ont pu être commises par la junte au pouvoir n’étaient pas forcément désapprouvées par la population. Ainsi les familles, comme celle de Renate Costa, confrontées à la question de l’homosexualité, ont vécu des drames immenses et des éclatements. Les discussions de Renate avec son père, frère de la victime, sont à ce point empreintes d’une intensité dramatique profonde. L’incommunicabilité latente entre deux êtres de génération différente, n’obère pas la tendresse qui se dégage entre la fille et son père. Le rejet de la différence est toujours tenace, même plusieurs décennies après les faits. Tournée telle une enquête, le film est la concrétisation du désir d’une jeune femme de réhabiliter la mémoire de Rodolfo Costa, mais il est aussi la chambre de révélation des exactions d’un régime politique.

Le billet de Nicolas Maille sur Critikat et celui de Thomas Sotinel sur Le Monde.


108, Cuchillo de palo,

Renate Costa, Urban Distribution, Espagne - 2011, 1h 31mn.