Graham Greene, Le troisième homme

Par Alain Bagnoud


Il y avait eu un film célèbre, avec Orson Welles, je crois, palme d'or au Festival de Cannes en 49. Avec une scène célèbre sur la grand roue de Vienne. Tiré de ce roman célèbre. Jamais vu. Jamais lu.

Et puis je l'ai trouvé récemment dans les cartons de livres d'occasion d'une kermesse paroissiale. Vendu pour le tiers du prix d'une bière. Le Troisième Homme.

Ce n'est pas cher pour deux heures de lecture haletante.

Un gentil Anglais, Rollo Martins, amateur de boissons fortes et de femmes, auteur de livres de western populaire, arrive vers 1947 à Vienne, ville occupée et partagée en zones entre Français, Anglais, Américains et Russes. Il a été appelé par son ami Lime qui veut l'engager. Mais quand il arrive, Lime est mort, écrasé par une voiture, et Rollo découvre peu à peu que son ami était un vrai fumier, trafiquant de pénicilline coupée avec des produits toxiques, responsable de la mort ou de la folie de dizaines d'enfants qu'on soignait de leur méningite avec ces produits frelatés.

Ce grand naïf n'y croit d'abord pas, il enquête et il parle beaucoup, provoque une mort supplémentaire, acquiert la certitude qu'une personne en trop était présente au moment de l'accident. Le Troisième Homme. Qui est... Qui est... Ah ah ! Ne comptez pas sur moi pour le révéler.

Un divertissement, donc, mais avec un procédé littéraire intéressant. Le narrateur est un officier de police qui apparaît rarement dans le texte et conte l'histoire d'après les propos rapportés par Rollo.

Et puis il y a un peu de philosophie aussi, et des questions sur le bien et le mal. Ecoutez et méditez :

« Pour la première fois, Rollo Martins fit sans admiration un retour en arrière. Il pensait : « Il n'est jamais devenu adulte ». Les diables de Marlow portaient des pétards attachés à la queue ; le mal ressemble à Peter Pan... il possède le privilège horrible et horrifiant de l'éternelle jeunesse. »

Graham Greene, Le troisième homme, Le livre de poche