[ Critique Cinéma] L’assassin

Par Gicquel

Alfredo Martelli est un être infâme, antiquaire de métier, qui ne rate aucune occasion pour asseoir sa situation économique. Un beau matin, celui-ci voit débarquer dans son appartement la police, le convoquant au commissariat où on l'accuse du meurtre d'Adalgisa de Matteis, une ancienne maîtresse, associée dans ses affaires.


"L' Assassin" de Elio Petri

Avec : Marcello Mastroianni, Micheline Presle, Cristina Gaioni

Sortie Cinéma le 20/06/2012

Distribué par Carlotta Films

Durée : 105 Minutes

Genre : Policier, Thriller

Film classé : -

Le film :

Pour être l’auteur de «  Enquête d’un citoyen au-dessus de tout soupçon », Elio Petri connaît encore à ce jour une très belle notoriété . Dans la foulée, « La classe ouvrière va au paradis » confirmera le talent d’un réalisateur qui bien avant la reconnaissance internationale signe « L’assassin ». Cette petite pépite du film policier n’affiche pas forcément le genre qu’il entend représenter.

Avec ce long-métrage  tourné dans sa période de jeunesse,  Elio Petri adopte la forme classique du thriller, mais s’en démarque très rapidement ; aux scènes de crime et de reconstitution, il préfère l’approche psychologique du coupable. Toute sa mise en scène s’appuie sur cet antiquaire, qui bien que peu scrupuleux sur ses propres affaires, nie farouchement avoir tué celle qui fut sa maîtresse (Micheline Presle).

La méthode, très sentencieuse des policiers, le conduit alors à revenir sur son passé, qu’il redécouvre sous un autre jour. Petri utilise bien évidemment la technique du flash-back, mais contrairement à celle de «  La dame de fer » ou de «Okinawa », il le fait  avec une intelligence et une subtilité qui dynamisent un récit par ailleurs très conventionnel.

Jusqu’à l’ultime aveu, on ne sait que penser de cette présomption de culpabilité. L’homme a des torts, des arguments défavorables, aucun alibi, mais il se défend bien, sans révolte, ni violence.

Marcello Mastroianni, dans le rôle-titre, a déjà à cette époque (1961) la carrure suffisante pour endosser le paletot du pauvre type sympathique, abasourdi par tout ce qui lui arrive. Il porte un personnage, mais aussi tout un environnement, quasi kafkaïen que Petri décrit tel un capharnaüm étatique, dans lequel la police règne en maître.

Le cinéaste  le fait là encore avec doigté, mêlant à des plans finement accordés à la lumière de l’Italie (malgré un noir et blanc, hésitant), un doux parfum de surréalisme. On s’y laisse prendre, comme bercé par les paradoxes d’un film noir qui de l’ombre à l’incohérence, élabore les lois de l’absurdité. « En Italie, et partout dans le monde, du moment que vous êtes face à l’autorité, vous êtes coupable. » Dixit Petri.

A  savoir …

 Le cinéaste a dû affronter les censeurs, gênés qu’on présente ainsi les autorités et qui lui demandèrent d’apporter au film près de 90 modifications !

En bref

Le film

Un film policier, sans pétard, ni cadavre, et une enquête menée bizarrement autour d'un coupable qui ne comprend rien à l'affaire. La réalisation est à la fois subtile et efficace, avec Mastroianni qui perd les pédales ,juste comme il faut.