Les mots sont des armes : comment viser juste et toucher votre cible ?

Publié le 04 juillet 2012 par Virtuosemarket @virtuosemarket

Article invité rédigé par Valentin BECMEUR du blog Coach Eloquence, dans le cadre de l’événement La Valse des Invités.

Pourquoi intervenir aujourd’hui sur un blog dédié au copywriting ?

Parce que copywriting et art oratoire se fondent sur une même chose : le pouvoir des mots.

Dans ces deux domaines, ce qui compte, ce ne sont pas tant vos idées que votre façon de les présenter :

Une même idée peut avoir un impact extraordinaire si elle est bien formulée, ou un effet proche de zéro si elle ne s’appuie pas sur les bons mots…


Les mots sont des armes !

Les mots sont des armes

« [Il sait que] le mot juste atteint plus sûrement la cible que l’arme la plus perfectionnée. » (Rolland Jaccard, à propos de Wittgenstein)

Les mots ont en effet une puissance redoutable, parce qu’ils ne touchent pas seulement les corps, mais les cœurs !

Prolongeons cette métaphore guerrière… Avez-vous déjà fait du tir ?

La justesse d’un tir se traduit généralement par son « rendement », c’est-à-dire par le rapport qui existe entre le nombre de coups au but et celui des coups tirés. La justesse du tir nécessite donc :

  • Que l’ensemble des coups soit dans la plus petite surface possible, c’est la précision du tir ;
  • Que le point moyen des coups soit aussi près que possible du point à atteindre (le centre de la cible), ce qui est rendu possible par le réglage du tir.

On distingue ainsi ces trois sortes possibles de tir : Tir précis / Tir réglé / Tir ajusté (précis + réglé)

Avec les mots, c’est la même chose. Dans vos discours ou vos articles, chaque mot correspond à un impact de balle :

Votre langage peut être précis, mais trop technique, donc inadapté. Il peut être réglé, c’est-à-dire mieux centré, mieux ciblé car plus généraliste, mais de ce fait moins précis, plus « pauvre », et donc perd en impact.

L’idéal est d’utiliser un vocabulaire à la fois précis et adapté à votre public.

A moins que votre public ne soit ultra-spécialisé dans le même domaine que vous, les mots trop techniques sont à éviter le plus possible.

Vous pouvez bien sûr en utiliser quelques-uns ci et là, en guise « d’arguments d’autorité », pour révéler ou rappeler votre savoir et votre expertise.

Mais n’en abusez pas ! Sinon vous basculerez dans le jargon incompréhensible des pseudo-experts, qui impressionne peut-être certains esprits un peu faibles mais qui n’en marque aucun, parce que personne n’en retient rien.

Privilégiez les mots et les formules simples, ils toucheront la majorité des personnes qui vous liront (ou vous écouteront).

Toutefois, simple ne veut pas dire simpliste, vulgaire ou imprécis.

Des mots simples peuvent décrire des choses spécifiques. Il est possible d’expliquer simplement quelque chose de très technique ou complexe.

C’est d’ailleurs là le véritable art de la communication verbale, qu’elle soit écrite ou orale : mettre des mots accessibles à tous là où d’autres n’y arrivent pas, et faire exister dans l’esprit de chacun ce qui leur semblait inconcevable.

Alors comment trouver ces mots ? Comment ajuster son propre vocabulaire pour un impact maximal ?

Apprendre à mieux désapprendre

Pour se servir des mots les plus adaptés, encore faut-il pouvoir les choisir. Pour utiliser les mots les plus simples, encore faut-il les connaître et pouvoir les sélectionner dans un vocabulaire riche et varié.

C’est tout le paradoxe : pour simplifier son vocabulaire, il faut d’abord l’enrichir !

Le langage nous semble quelque chose de tellement naturel que nous ne pensons pas vraiment utile ni même possible de nous entraîner pour ça. Un peu comme pour respirer, ou pour marcher : cela fait partie des automatismes, des activités « qui se font toutes seules » et pour lesquelles on n’imaginerait pas travailler.

Pourtant, comme pour le tir, comme pour toute activité sportive ou pratique d’un instrument, nous pouvons considérablement améliorer notre façon de nous exprimer grâce à un entraînement régulier.

Rien de bien compliqué cependant, c’est même plutôt simple et amusant, vous allez voir

Voici quelques exercices tirés de ma méthode d’enrichissement du vocabulaire, à faire comme des jeux, seul ou à plusieurs (en famille, avec les enfants…), chaque soir pendant au moins un quart d’heure :

1. Le jeu des synonymes

Ou comment découvrir que votre propre vocabulaire est bien plus riche que vous ne le pensez…

Nous répétons souvent les mêmes mots par réflexe.

Pourtant, nous sommes tous capables d’en trouver de nouveaux sans trop d’efforts, si nous prenons simplement le temps d’y penser.

Dans le langage courant, nous utilisons environ 3500 mots… mais nous en comprenons dix fois plus !

Et si nous les comprenons, nous pouvons aussi nous en servir.

Utiliser des mots différents, peu communs et peu fréquents, donnera immédiatement de vous l’image de quelqu’un de plus cultivé, de plus raffiné, semblant appartenir à une certaine « élite »…

Saviez-vous que la différence entre une personne lambda et une personne « de l’élite » tient à une cinquantaine de mots à peine ?

Alors rejoignez vous aussi cette élite, en commençant par trouver les synonymes de mots usuels tels que :

  • Beau
  • Bon
  • Facile
  • Difficile
  • Nul
  • Gentil
  • Intelligent

Prenez une feuille de papier, et notez tous les mots qui vous passent par la tête, et voulant dire la même chose. Si vous avez un doute sur un mot, vérifiez en suivant dans le dico !

Une fois cette liste épuisée, continuez avec d’autres termes qui reviennent fréquemment quand vous parlez.

Puis jouez à ouvrir un livre, ou un magazine, et à mettre le doigt sur un mot au hasard, puis un autre, etc.

Le but : trouver à chaque fois plus de synonymes. Si vous êtes à deux, celui qui en trouve le plus a gagné !

Et vous, quels synonymes avez-vous trouvés pour les mots ci-dessus ?

2. Le petit et son pépé se rendent en zone verte

Prenez une feuille de papier et écrivez une phrase, n’importe quoi. Le jeu est de réussir à dire la même chose autrement. Par exemple :

« Un garçon va au parc avec son papy. »

En pratiquant régulièrement le jeu des synonymes, vous devriez facilement trouver de nouveaux mots pour exprimer une même idée. Voici une solution possible :

« Un gamin et son grand-père se promènent dans le jardin. »

À ce stade, peut-être que certains se demandent si ce jeu est bien sérieux, tant les phrases données en exemple peuvent sembler enfantines… Alors complexifions un peu :

Le but est toujours de dire la même chose avec des mots différents, mais en ajoutant une contrainte. Pourquoi pas un lipogramme…

Le lipogramme est une figure de style consistant à exclure d’un texte certaines lettres de l’alphabet.

L’un des meilleurs exemples de lipogramme est le roman de Georges Perec La disparition, qui ne comporte pas une seule fois la lettre « e » !

Dans notre cas, supprimons la lettre A… D’où le nom étrange que j’ai donné à cet exercice (et qui n’est qu’une solution possible parmi d’autres).

Tentez la même chose, mais cette fois sans E, ni G – une surprise pour le premier qui a une idée !

Voici ensuite…

Comment reproduire facilement ce petit jeu :

Ouvrez un livre ou un magazine à n’importe quelle page, et utilisez un crayon pour pointer au hasard. Vous devez alors transformer la phrase ainsi pointée, en supprimant la lettre sur laquelle vous êtes tombé.

Si vous êtes à plusieurs, le premier qui trouve a gagné !

Vous pouvez piocher dans n’importe quel livre. Comme vous l’avez vu, même les phrases tirées de livres pour enfants peuvent présenter de vraies difficultés.

Et pour vous exercer dès maintenant, voici trois phrases que je viens de tirer au hasard dans trois ouvrages différents :

« Personne n’a oublié les frasques commis depuis une dizaine d’années par son compagnon, en particulier ce jour où, inspiré par le Saint-Esprit, il serait débarrassé de l’intégralité de ses vêtements pour accompagner sur sa route un homme pauvre », Jean-Luc Florin, L’air intelligent …sans le R !

« Par conséquent, si l’on ne peut être heureux qu’en étant oisif, restons oisifs », Robert Louis Stevenson, Apologie des oisifs …sans le O !

« L’odeur de la fumée s’apprécie également dans le barbecue », Ryoko Sekiguchi, Manger fantôme …sans le B !

Une surprise également pour les trois meilleures idées !

En pratiquant régulièrement ces exercices, vous enrichirez grandement votre vocabulaire et vous trouverez plus facilement le mot juste en toute circonstance.

Vous développerez aussi et surtout votre créativité, vous aurez plus fréquemment de nouvelles idées et saurez mieux les exprimer.

Les choses de ce monde ont un sens pour nous parce que nous pouvons les nommer. Elargir votre vocabulaire, c’est élargir votre vision du monde, et l’emprise que vous avez sur lui.