Smash: Saison 1

Publié le 10 juillet 2012 par Shoone

Smash: Saison 1



Je ne comprends pas. Non, vraiment. Pourquoi tant de haine envers Smash? J'ai d'autant plus de mal à saisir les critiques dont la série a fait l'objet que Smash a pour moi été l'occasion d'une sympathique expérience de social TV, l'ayant suivie en compagnie des camarades twittos @ladyteruki, @MrRainWhisper, @Onfaitlebilan, @Elvr_ et @TToeman. J'en profite d'ailleurs pour les remercier pour les belles soirées passées devant la série avec eux. On était bien loin du phénomène de hate-watching qui s'est développé aux Etats-Unis autour de la série. Alors si je veux bien reconnaître que la série n'est pas le chef d'oeuvre escompté, je ne peux m'empêcher de penser que tant de haine n'est pas méritée. Si le plot principal autour de la concurrence de Karen et Ivy pour le rôle de Marilyn Monroe n'a pas été d'une originalité folle, il est resté solide. Que ce soit dans le jeu ou le chant, McPhee et Hilty se sont franchement montrées convaincantes. Le jeu a peut-être moins été le fort de McPhee mais sa fraîcheur reste agréable. L'excellente idée de la série a sinon été de ne pas diaboliser Ivy et d'éviter le manichéisme pour rendre la compétition plus authentique et intéressante. Cela a aussi été une bonne chose que le choix de Marilyn n'ait jamais été définitif, pour maintenir un certain suspense autour de l'arc. On a de plus mieux le temps dévoiler les talents des deux personnages sans les réduire à des tacles entre elles, avec même des moments de complicité où l'alchimie fonctionne d'ailleurs encore mieux.  On oubliera par contre l'intrigue de l'addiction d'Ivy, dans le fond une bonne idée pour une référence à Marilyn mais terriblement amenée et un peu too much (ridicule scène du miroir). La dernière phase de compétition avec l'arrivée de la movie star, excellente Uma Thurman, est également étonnamment convaincante. On fait de la star un perso moins con-con que prévu et elle vient intensifier la concurrence avec Karen et Ivy, entraînant divers types d'alliances. Petit bémol toutefois, la tentative de créer une amitié avec Karen et un conflit avec Dev est assez ratée, car forcée et au fond inutile.

La plus grande force de la série reste néanmoins ses personnages, tous particulièrement chaleureux et humains. Les rivales Karen/Ivy sont bien sûr tout à fait attachantes, l'une comme l'autre, chacune ayant autant de défauts que de qualités. Karen, dévouée, généreuse mais souvent trop naïve et inexpérimentée, Ivy, drôle, professionnelle, mais peut-être trop manipulatrice. Mon plus gros coup de coeur va toutefois à Julia, la parolière de musicals, tout bonnement extraordinaire d'humour, légèreté et d'humanité. Debra Messing l'incarne à la perfection avec un enthousiasme réjouissant. Puis il y a Eileen, la productrice, plus amusante qu'attendu, loin du personnage froid que je m'imaginais. La preuve qu'Anjelica Huston a un talent de dingue. Elle a aussi surtout un sacré charisme qui fait que même dans les pires intrigues, on ne décroche pas complètement. A côté de ces personnages féminins d'envergure, on aurait pu penser que les hommes de la série seraient éclipsés mais au final, loin de là. Tom, le compositeur, d'abord, arrive facilement à s'imposer comme un personnage très fun et dynamique et il forme surtout avec Julia un duo du tonnerre, incroyablement fusionnel grâce à une alchimie sans égale entre les acteurs. Derek, le metteur en scène, prétentieux et exigeant, apparaissait pour sa part, au départ, comme un être détestable, mais il a également su devenir un personnage plutôt attachant, simplement en restant fidèle à lui-même et en se montrant parfois plus tendre avec Ivy et Eileen par exemple. Dev et Frank, sont peut-être eux moins intéressants du fait de leur condition de simples conjoints non liés au musical, mais ils arrivent également à ne pas se montrer trop fades, faisant preuve d'humour, d'alchimie avec leurs partenaires et ne les laissant pas non plus les mener à la baguette. Au final, les 2 seuls personnages vraiment ratés que doit se trimballer la série ce sont Ellis, l'assistant de production et Leo, le fils de Julia. Le premier, c'est  tout l'inverse de Derek, a priori sympathique et discret, il devient un insupportable parasite, une transformation qui aurait pu être acceptable si ça n'avait pas été fait si brusquement et simplement pour faire du perso surtout un outil scénaristique. Mais Leo est peut-être lui encore pire car Ellis au moins est joué par un acteur correct, quand lui, en plus d'être un gros boulet, est incarné par un jeune acteur d'une nullité crasse.

Avec un cast aussi solide et des personnages dans l'ensemble tous réussis, comment alors en est-on arrivé à un tel lynchage? Qu'est-ce qui a posé problème? Vraisemblablement, la tendance progressivement plus prononcée pour le soapesque. C'est au final ça l'échec principal de Smash. Elle a un bon concept, des personnages géniaux... mais ceux-ci, pas vraiment de bonnes intrigues. La pire restera pour moi celle de l'adoption de Julia, absolument pas crédible et très bâclée. Beaucoup ont pesté contre l'intrigue qui lui a succédé et je reconnais que ce fameux adultère de Julia a fait une histoire souvent assez bancal, entre Michael, l'amant parachuté, son attrait inexpliqué ou les réactions débiles de Leo. Cependant, cela a aussi apporté, bien plus que d'autres intrigues, du matériel dramatique intéressant comme la crise de couple Julia/Frank, d'une belle intensité puis celle avec Tom, encore plus touchante étonnamment. Pour le reste, on est surtout dans des histoires de coeur pas franchement inspirées que ce soit pour Karen, Derek, Ivy, Dev, Eileen ou Tom. Ces deux derniers ont peut-être juste l'avantage d'avoir droit à des relations plus simples qui même si elles ne cassent pas des briques, restent sympathiques et parfois émouvantes. Reste que dans l'ensemble, toutes ces romances viennent souvent faire de l'ombre à l'autre grande réussite de la série, à savoir le fameux musical sur Marilyn.

Quoiqu'on pense de Smash, il faut le reconnaître, il y a vrai travail qui est accompli pour nous amener dans les coulisses d'un musical et offrir également de vrais numéros du genre à la télé. Même si certaines intrigues à l'eau de rose sont venues encombre la trame autour de cette conception, j'ai vraiment aimé l'idée de suivre les différentes phases de celle-ci qui offrent un thème à chaque épisode. Je me suis fasciné pour les (un peu rares tout de même) moments d'écriture sur le spectacle que Messing et Borle ont vraiment su rendre vivants et intéressants. Les négociations et remises en question de Eileen et Derek ont aussi créé un minimum de tension autour du musical, ce qui m'a rendu sa fabrication d'autant plus captivante. Je ne peux aussi que tirer mon chapeau à tous les numéros présentés et conçus pour le spectacle. Je ne suis pas un expert de Broadway mais je sais qu'à chaque fois j'ai été ébloui par les moyens à disposition, notamment sur A Thousand and One Nights, les chorégraphies de dingue, et ce dès le National Pastime du pilot. La plupart des chansons, de plus, ne manquent pas d'efficacité et dans le genre, j'ai mis un moment à me sortir 20th Century Fox Mambo ou encore On Lexington and 52nd Street de la tête. Et puis il y a les grandes chansons, où les interprètes méritent bien des standing ovations pour leur apporter autant d'émotion, telle que l'inoubliable Let Me Be Your Star. J'en viens à me demander si au bout du compte, ce n'est pas parce que l'équipe de la série s'est davantage consacrée à l'aspect comédie musicale de la série, que les intrigues des personnages en parallèle, sont aussi fumeuses. Peut-être la série se voulait-elle initialement surtout centrée sur l'univers des musicals mais s'est retrouvée forcée à devoir intégrer des histoire simples plus accessibles, du fait de sa programmation sur network. Seulement, j'imagine bien que si ces storylines sont arrivées après coup, dans la précipitation, ça ne pouvait pas donner quelque chose de bien solide.


En conclusion, pour une comédie musicale sur la conception d'un musical, Smash connaît définitivement très bien son sujet et réussit à le rendre véritablement intéressant et divertissant. En revanche, en tant que série tout court, il semblerait qu'elle en soit encore à des premiers pas maladroits. Mais je les lui pardonne volontiers parce que cela n'en fait pas moins une fiction unique en son genre au potentiel d'autant plus grand. J'aurais aussi du mal à en vouloir à une série, aussi imparfaite soit-elle, qui est parvenue à me faire accrocher à l'essentiel de son cast. Maintenant l'arrivée d'un auteur de Gossip Girl à la tête de la série pourra-t-elle muscler ses intrigues faiblardes ou doit-on s'inquiéter de voir la voir s'enfoncer dans une voie savoneuse? Je suis en tout cas très pressé de le savoir et je pense que c'est là un bon indicateur de l'efficacité de cette première saison.