La France de la Restauration (1814-1830) I

Par Placebo

Francis DÉMIER, La France de la Restauration (1814-1830) - L'impossible retour au passé, Folio Histoire - Gallimard, Paris, mars 2012 (1095 pages).


J'ai donc entrepris, l'été n'est-il pas le temps des rétrospectives ? un voyage dans le temps vers une période d'à peine quarante ans, mais de conséquence, qui aura vu un règne finir et un pouvoir se substituer à un autre, la bourgeoisie marchande remplaçant l'aristocratie féodale : la Révolution française. Que je commence par la fin avec la Restauration.
Paru directement dans la collection Histoire de Folio Gallimard, ce pavé pour la plage (protégez-vous du soleil...) constitue bien plus que le récit des événements, pour l'auteur, en effet, l'histoire doit s'intéresser au territoire, à l'économie, au social, aux idées et à ce que nous appelons la « culture ». L'ouvrage comporte donc quatre parties, deux « historiques », sur les années 1814 à 1820 : Une monarchie en quête de légitimité, puis les années 1820-1830 : La dernière bataille de la France châtelaine, et deux moins rattachées à l'événement et à la politique et plus sur l'économie et la société : La France à « l'Âge positif » et enfin Les années 1820 : « Les idées mûrissent vite ».
 À la fois synthèse des ouvrages précédents et regard actuel sur le dernier chapitre de la Révolution, l'ouvrage nous éclaire non seulement sur cette période de transition, mais aussi sur l'interprétation qu'en ont fait les régimes qui se sont succédé depuis la chute de Charles X, de la Monarchie de Juillet à la République, en passant par le Second Empire, car chacune a donné à la Restauration une « lecture » servant sa propre idéologie, tant il est vrai qu'on ne peut envisager le passé qu'à travers les lunettes qu'elle porte : chaque époque, la nôtre y compris, voit et comprend l'histoire selon sa propre vérité, sa propre objectivité.
La lecture de la première partie terminée, j'aurai appris notamment que, contrairement à ce qu'on m'avait enseigné hier encore, le retour des Bourbons en 1814 n'était pas une évidence généralement partagée, y compris en France, et que les Cent-Jours n'auront pas rassemblé la nation autour de l'Empereur dans un sursaut contre l'obscurantisme. En effet, on verra que les puissances alliées ne souhaitaient pas nécessairement le départ de l'Empereur, mais principalement le retour de certains territoires conquis par celui-ci hors des frontières « naturelles » de la France; que les Bourbons n'étaient pas le premier recours possible. On verra enfin comment deux figures marquantes de l'Empire, Talleyrand et Fouché -- le vice et le crime, selon Chateaubriand --, auront réussi, pour le premier, à imposer à celui qu'on appelait Louis-Stanislas de Bourbon, une constitution assez libérale marquée par les Lumières et, pour le second, à rétablir au pouvoir un régime qui tout en étant assez populaire, s'était discrédité pendant les Cent-Jours, et à maintenir, contre la volonté des ultras, une constitution que la bourgeoisie souhaitait.
L'auteur rend très bien le climat d'incertitude de cette période de ruptures, où tout peut se faire et se défaire en quelques jours, où les exclus d'hier sont les importants d'aujourd'hui, où amis et ennemis se trahissent et s'appuient les uns sur les autres. Cela se lit... comme une histoire. Balzac n'est pas loi.
Et comme on voit à la fin de tout bon feuilleton : à suivre...
 Présentation de l'éditeur :
« S’il est une période de l’histoire de France qui a fait l’objet de nombreux travaux et recherches, c’est la Restauration, dont les premières histoires datent de la fin de 1830, dès le lendemain de son renversement par l’insurrection de juillet. Historiographie essentiellement politique, lieu de batailles féroces d’interprétations qui, jusqu’à nos jours, ne se départissent guère de la clef d’interprétation livrée dès les années 1830 par le premier historien de la période, Jean-Baptiste Capefigue : « On ne pourra bien saisir le caractère de ce mouvement qu’en suivant le fil de la grande intrigue qui, depuis le 13 juillet 1789, a remué la France et l’Europe ; car, chose étonnante, dans toutes les phases de sa fortune, la maison des Bourbons est demeurée avec ses grandeurs, ses préjugés et ses chimères ! ».
 

» Avec Francis Démier, la focale se déplace : La Restauration n’est plus seulement la « mise au tombeau » de la monarchie narrée par Chateubriand, qui viendrait clore l’épisode ouvert par la crise de juillet 1789 par la démonstration en 1830 de "l’impossible retour du passé". Elle est tout autant l’ouverture à l’avenir d’une France économiquement industrieuse et bientôt industrielle, se lançant dans la modernisation, cette France dont Balzac a superbement dressé la physiologie et dont Joseph Lainé, alors député de la Gironde, déclarait devant la Chambre, le 6 mai 1820, dans une formule lapidaire qui peut résumés ce livre : "…les intérêts matériels sont devenus prépondérants". »