Andrea H. JAPP - En ce sang versé : 6,5/10

Par Eden2010

Andrea H. JAPP - En ce sang versé : 6,5/10

(tome 2 des « enquêtes de M. De Mortagne, Bourreau)

Un très bon deuxième tome, qui est malheureusement gâché par une volonté de l’auteur de vouloir pousser le « cross-over » vers de nouvelles limites.

L’intrigue

Nous retrouvons Hardouin cadet-Venelle, le Bourreau, en ce début du XIVème siècle, alors qu’il a déterminé de travailler pour la Justice, avec un « J » majuscule.

Dans ce deuxième volume des enquêtes de M. Justice de Mortagne, nous suivons d’un côté l’histoire de la jeune femme qui ressemble étrangement à Marie (l’innocente morte sur le bucher du premier volume dont la mémoire hante le bourreau) et qui a été incarcérée pour avoir empoisonné son beau-père, son époux ainsi que son fils. Hardouin cadet-Venelle est intimement persuadé qu’elle est innocente et tient à la sauver, pour faire Justice.

Une deuxième enquête appelle son attention : la fille du sous-bailli Arnaud de Tisans, qui avait prononcé ses vœux et vivait au sein du monastère des Clairets, a été retrouvée étranglée devant les portes de l’abbaye. Un crime qui semble avoir été commis par un simple brigand puisque les aumônes que la jeune femme avait collectées ont disparus. Mais alors pourquoi les autres sœurs du monastère mais également la mère abbesse se comportent-elles si étrangement ? Arnaud de Tisans demande à Hardouin cadet-Venelle de le soutenir dans sa recherche de l’assassin de sa fille aînée afin qu’il puisse se venger personnellement.

L’enquête ne se déroulera pas comme les deux hommes l’espéraient …

Qu’en ai-je pensé ?

Des points largement positifs font que j’adore cette série :

Il y a déjà le personnage principal. Il est sombre mais juste, il a un cœur noir doublé d’un cœur en or. C’est un homme à deux visages qui lui-même ne parvient pas à se positionner.

De plus, l’écriture de l’auteur me séduit, elle est parfaitement adaptée au genre.

Mais à côté de ces deux points très positifs, il n’en reste pas moins que les intrigues restent plates mais surtout, surtout, l’auteur gâche ses romans en nous imposant une omniprésence de ses personnages fétiches, réels ou fictifs.

Un personnage principal à double visage

Le personnage du bourreau me plaît, il est particulièrement intriguant puisqu’il a cette capacité de dissocier sa vie de bourreau, dans laquelle il torture et assassine les hommes et femmes sur ordre sans ressentir la moindre émotion, de sa recherche personnelle de justice, qui le mène vers des enquêtes passionnantes que nous suivons dans ces romans, mais aussi de sa vie personnelle, dans laquelle il erre à la recherche d’un rêve impossible.

Car oui, il est toujours hanté par Marie, la jeune femme qu’il a menée au bucher, qu’il a conduit lui-même à la mort alors qu’elle clamait son innocence. Son fantôme semble le poursuive, le pousser vers un chemin étrange.

Et pourtant, alors que d’un côté le Bourreau connaît la pitié (mais pas le remords), qu’il a une soif de justice, de l’autre côté il torture sans aucun sentiment les condamnés !

Un être inquiétant dont on ne sait que penser et qui profite largement de la liberté que lui confère sa grande fortune personnelle.

Une écriture intelligente

L’écriture me plait ! Elle est fluide et simple (presque trop par moments). Surtout, l’auteur s’efforce de se servir des expressions de l’époque, ce qui confère une coloration médiévale à l’ensemble.

Mais ce qui me séduit le plus dans l’écriture des romans d’Andrea H. Japp, contrairement à ce que semblent penser certains autres lecteurs (si j’en crois la « note aux lecteurs » de l’auteur en début du roman), ce sont les notes de bas de page qui nous apprennent tellement de choses sur l’époque ainsi que sur l’évolution du langage. Alors, à ceux qui n’aiment pas, je ne peux que leur dire d’ignorer ces notes de bas de page qui, pour moi, sont un grand plus dans ces romans, qui sont peut-être même ce qui détermine mon envie de les acheter !

Car les intrigues ne sont pas vraiment éblouissantes

Les enquêtes même sont simplistes, sans profondeur, leur construction se limite à un ou deux étages avec une configuration bateau, les indices sont trop évidentes, les aboutissants trop transparents. Elles manquent de travail, tout simplement.

On sent que l’auteur porte ses efforts sur les personnages, ainsi que sur le langage de l’époque et l’époque elle-même. C’est bien, cela me plait aussi, mais il est vrai que les enquêtes en pâtissent un peu et que j’aimerais un peu plus de suspense.

Elles restent tout de même suffisamment agréables pour nous permettre de suivre le personnage central avec un réel plaisir à travers une époque révolue, ce qui est l’objectif.

LES POINTS NOIRS :

Des caractères fétiches - réels ou fictifs - m’ont gâché la lecture avec leur omniprésence

L’auteur a, malheureusement, des personnages réels (romancés bien évidemment) et fictifs auxquels elle est TROP attachée.

La présence du mire Jehan Fauvel aurait pu rester un clin d’œil sympathique. Seulement, avec la présence d’autres personnages fétiches, je crains le pire pour le prochain volume !

Si je meplains de ces "personnages fétiches omniprésents", je songe surtout à Guillaume de Nogaret, qui commence à me gonfler sérieusement (veuillez pardonner mon langage, mais c’est vrai)! Il interrompt le récit du roman sans que j’y voie un intérêt pour le livre. Sa présence dans cette série - et tout particulièrement dans ce deuxième volume - paraît forcée.

Son rôle semble être de donner des informations sur l’époque (ce qui est inutile, le roman se suffit à lui-même) - et de lancer sur l’autre série de l’auteur. Car oui, il semble justifier sa présence en tentant de rappeler au lecteur la série des « mystères de Druon de Brévaux » ! (inutile, agaçant).

ET VOILA, cela nous conduit à un

Mélange raté entre les deux séries médiévales de l’auteur qui enlève sa personnalité à la série des enquêtes du bourreau !

Dans ce deuxième tome des enquêtes de M. de Mortagne, l’auteur va jusqu’à lancer le mystère principal de la trilogie de « Druon de Brévaux » , dans un chapitre qui

1) ne sert à strictement rien dans les « enquêtes de M. de Mortagne » puisque ce mystère sera résolu dans la série de « Druon de Brévaux »

2) est sans intérêt pour ce roman puisqu’il n’a aucun lien avec ce qui s’est passé ou ce qui se passera dans ce roman (sauf si les deux séries se croiseront encore plus, ce qui serait totalement ridicule et gâcherait définitivement la série du bourreau) 

3) est tout simplement destiné à faire la promotion de la série des Druon de Brévaux, ce que je trouve énervant. 

Le mélange des deux séries aurait pu être sympathique. Je n’étais pas trop gêné par l’apparition du mire Jehan Fauvel (que les lecteurs des mystères de Druon de Brévaux reconnaissent immédiatement puisqu’il s’agit du père d’Héluise qui connaît un triste sort), au contraire, j’apprécie généralement les clins d’œil que les auteurs font à leurs divers autres romans….

… à condition que :

- cela ne gêne pas le lecteur, qu’il connaisse ou non l’autre série ! Or, ici le lecteur ignorant tout de la trilogie de Druon de Brévaux ne comprendra pas l’histoire de la pierre rouge et le lecteur qui l’a lue connaît déjà la suite et s’en désintéresse donc complètement. Aucune utilité, je vous dis !

- ce soit bien amené, ce qui n’est pas le cas, les chapitres y afférents sont autant de clous qui percent les pneus de nos vélos (allusion idiote à l’incident du Tour de France 2012)

- ce soit d’un minimum d’utilité pour l’intrigue et ne serve pas à brouiller le caractère même d’une série – ce qui est le cas ici.

Ces conditions ne SONT donc PAS remplies !

Je veux bien qu’on aime les "cross-over". Je veux bien qu’on fasse des liens entre les romans. Je n’ai rien contre l’auto-promotion des auteurs.Mais de là à inclure des chapitres inutiles, de nous abreuver de personnages qui ne font qu’alourdir l’histoire, non.

Cela m’a gâché la lecture. Surtout ce chapitre avec Guillaume de Nogaret dont je vous ai parlé, le lancement du mystère principal de « Druon de Brévaux ». Il s’agit peut-être de seulement trois pages, mais trois pages que j’ai trouvé totalement superflues et hors sujet ! La place de ces trois pages était au début du premier tome des « mystères de Druon de Brévaux ».

Là, si j’achète ce roman, je veux lire les enquêtes du bourreau !!!!! D’autant plus que la trilogue de Druon de Brévaux, je l’ai DEJA LUE, je n’ai donc pas besoin d’avoir ces indications.

J’en ai tout simplement assez de Guillaume de Nogaret, de sa recherche de la pierre rouge, de sa persécution des templiers, de ses intrigues. Laissons cela à Druon de Brévaux ! Restons avec Hardouin cadet-Venelle, s’il-vous-plaît !

J’espère qu’on ne nous apprendra pas, dans le prochain volume, que c’est Hardouin cadet-Venelle qui aura mené le mire Jehan Fauvel au bucher ! Alors là, la limite de séparation serait franchie et je ne voudrais plus suivre le bourreau ! On verra donc avec le troisième tome que j’ouvrirai, le moment venu, avec une certaine appréhension …

Il n'en reste pas moins que dans l'ensemble, malgré ces "points noirs", j'ai apprécié la lecture de ce roman!

Si vous souhaitez connaître mon avis sur "Le Brasier de la Justice", le premier volume des "enquêtes de M. de Mortagne, Bourreau", veuillez suivre ce lien : http://edenlalu.centerblog.net/303-andrea-h-japp-le-brasier-de-la-justice-7-510

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