[Critique] JANE EYRE

Par Onrembobine @OnRembobinefr

Titre original : Jane Eyre

Note:
Origine : Royaume Uni/États-Unis
Réalisateur : Cary Fukunaga
Distribution : Mia Wasikowska, Michael Fassbender, Judi Dench, Jamie Bell, Romy Settbon Moore, Amelia Clarkson, Sally Hawkins, Imogen Poots, Sophie Ward, Jayne Wisener…
Genre : Drame/Romance/Adaptation
Date de sortie : 25 juillet 2012

Le Pitch :
Jane Eyre, une jeune fille apparemment sans problème, ayant grandi au sein du pensionnat austère de Lowood, va devenir gouvernante et préceptrice chez le riche Edward Fairfax Rochester, un homme mystérieux au mauvais tempérament. Peu à peu il va s’éprendre de Jane.
Ce sera le début d’une grande passion …

La Critique :
Le film retrace la vie de la jeune Jane Eyre, qui depuis son plus jeune âge, subit les brimades de sa belle mère qui ne l’aime pas, et en est presque jalouse, mais aussi celles de ses cousins et cousines.
Cette forte maltraitance à la fois physique et psychologique atteint des sommets lorsqu’elle est placée dans un pensionnat où les coups pleuvent et l’austérité règne.
Elle y sera traitée et considérée comme une sorcière qu’il faut maudire, toujours sous l’influence de sa belle-mère, mais aussi du directeur du pensionnat.
La souffrance est le premier thème très exploité dans le film, qui nous illustre le parcours de Jane dès son commencement.

L’amour, thème fondamental du film, nous est servi dans l’esprit typique de la littérature romantique du XIXe siècle. Certaines scènes évoquant la passion naissante entres les deux principaux protagonistes nous emportent très loin.
Ce petit monde évolue au sein d’un univers sombre et poussiéreux, qui s’accorde à merveille avec l’époque et ses paysages de campagne anglaise d’antan.
L’atmosphère est même teintée de noirceur à de nombreuses reprises. Ce climat semble également avoir été créé dans le but de mettre en valeur Jane et son caractère pur.
En effet, l’obscurité ne semble s’illuminer qu’en présence de sa personne. On retiendra alors quelques scènes phares et nombreuses de ses apparitions, sont marquées par une forte luminosité.

Les dialogues sont magnifiques, servis par de grands acteurs. N’ayant pas lu le livre, je ne peux émettre de comparaison possible. Peut-être que les plus beaux dialogues ont été repris à la lettre de l’œuvre de Charlotte Brontë . En attendant l’interprétation des acteurs est transcendante.
Michael Fassbender est prodigieux. Peu importe le rôle qu’on lui donne ce Monsieur très « en vogue » en ce moment, sait vraiment tout jouer. Il est excellent et c’est assez incroyable de voir un acteur caméléon de cette trempe.

Mia Wasikowska, que j’ai découvert dans le Alice version Tim Burton, est merveilleuse et il va falloir la suivre de très près. Elle réussit tout comme son partenaire à l’écran à nous faire passer des émotions intenses. Sa justesse, sa gestuelle, son intelligence et sa facilité d’adaptation sont surprenantes. Vraiment un gros coup de cœur pour cette actrice qui semble s’éloigner des carcans hollywoodiens et ça fait du bien.

Judi Dench est quant à elle tout aussi talentueuse. Elle apporte beaucoup de douceur et contribue à la forte authenticité qui se dégage de l’interprétation générale. Romy Settbon Moore et Amelia Clarkson qui interprètent Adèle et Jane (jeune), amènent leur lot de fraîcheur au film, et semblent totalement à leur aise. Elles sont douées pour leur jeune âge.

Les scènes d’émotion sont poussées au paroxysme et nous offrent un lyrisme magnifique, si bien qu’ adeptes du genre, vous ressortirez avec ces fameux serrements de cœur.
Beaucoup de mélancolie se dégage de l’œuvre de Cary Fukunaga, elle est profonde, authentique et servira sur un plateau d’argent un dénouement somptueux.

Jane Eyre, bien que connaissant une trajectoire plutôt triste, finit par avoir sa revanche sur la vie et sur les autres malgré tout, et ce grandement grâce à un homme qui réussit à faire sauter les verrous de sa personnalité cadenassée, qui ne laisse rien transparaître.
Son rapport tout particulier avec les femmes est un thème très présent dans l’œuvre, la gent féminine qui tantôt va la détester, tantôt l’aimer. On observe le thème de la rédemption. Rédemption que Jane finira par trouver auprès des jeunes filles reconnaissantes du pensionnat, de son amie d’enfance, la petite Adèle, ou encore auprès de Mrs Fairfax, qui se rapproche d’une mère spirituelle pour elle.

Jane Eyre apparaît comme une œuvre profondément empreinte de féminisme. Jane, non seulement veut, mais peut se battre. Elle a une soif de découvrir le monde qui s’apparente à une bombe à retardement qui emprisonne tous ses sentiments et qui finit par exploser. D’ailleurs, dans une scène, elle s’imagine même menant une vie d’homme. On peut ainsi se rendre compte de la pression des codes sociaux de l’époque. Jane est une femme forte mais emprisonnée à la fois par sa classe sociale, mais aussi par sa condition féminine.
Le problème des classes sociales est cher aux sœurs Brontë et il est ici bien illustré.

La beauté exquise des scènes et la superbe photographie, offrent de beaux moments de poésie, et les mots manquent car la poésie ne s’explique pas toujours. L’esthétisme est soigné et mélange plusieurs styles, d’une rare beauté . De plus, le film est accompagné d’une merveilleuse musique qui correspond totalement à l’univers romantique et passionné de l’histoire.
On ressort le cœur pris dans un étau, parce que l’on a enchaîné les émotions durant presque deux heures. Avec Jane Eyre, on est entré dans une bulle loin du monde, et on a bien du mal à en ressortir.

@ Audrey Cartier

Crédits photos : BBC Films