La Dépêche du Midi sort les vrais chiffres du Top 14

Publié le 18 août 2012 par Misterrugby

L’événement

Le Top 14 qui a repris hier soir avec le choc Stade Toulousain-Castres est une entreprise qui ne connaît pas la crise. Une croissance continue. De sorte qu’il est de nature à rendre envieux le premier chef d’entreprise venu. Les raisons d’un succès.

Tous les clignotants sont donc au vert comme l’indiquent nos infographies : les budgets des clubs qui ont triplé en dix ans et le nombre des spectateurs qui a augmenté de 50 % en cinq ans. Nous y ajouterons les audiences télévision sur Canal + : la dernière demi-finale Stade Toulousain – Castres au mois de mai dernier a ainsi réuni 1,2 million de spectateurs en moyenne. Un record d’audience pour le ballon ovale sur la chaîne cryptée.

De fait, le produit Top 14 est en pleine croissance depuis l’avènement de la ligue nationale en 1998.

Les raisons du succès sont multiples. Il tient d’abord dans la bonne image de ce sport qui a su attirer beaucoup d’entreprises qui se reconnaissaient dans les fameuses valeurs du rugby.

Aujourd’hui encore, le rugby joue beaucoup sur cette corde mais il devra faire attention à ne pas tarir la source ; certains comportements ces dernières saisons laissant craindre une certaine dérive selon le principe suivant : «Plus on attire du monde, plus on a de chance d’avoir des c…».

Ensuite, sportivement, le rugby a su mettre une place une compétition lisible (16 puis 14 clubs en poule unique) de tous et pas uniquement des initiés, à des années lumière des longues phases de poules du rugby de papa.

Et économiquement, la Ligue a veillé à ne pas creuser les disparités grâce à un système équitable de répartition de ses revenus et principalement des droits TV. Même s’il existe des écarts de budgets, la compétition est somme toute homogène ces dernières années avec notamment cinq champions de France différents en cinq saisons de 2006 à 2010.

Il faut bien reconnaître également que la compétition a été boostée par l’arrivée dans ce sport de chefs d’entreprise comme le président toulonnais Mourad Boudjelal qui ont permis l’arrivée de stars de la planète rugby dans notre championnat.

Les bastions du rugby, qui ne pouvaient suivre financièrement, ont trouvé une nouvelle raison de vivre dans le championnat de Pro D 2 qui regroupe seize équipes, une véritable antichambre qui permet de se préparer au grand saut dans l’élite.

Dans le même ordre d’idées, la croissance du Top 14 a permis de tirer vers le haut le rugby amateur. Son premier échelon, la Fédérale 1, intègre désormais des budgets qui eux aussi ont été multipliés par deux ou trois ces dernières années. Cette division accueille également quelques vieux soldats du Top 14 qui monnaient ainsi leurs dernières courses ou poussées en mêlées, profitant de la période dorée de ce sport. Jusqu’à quand ?

Fred Michalak l’une des stars du Top 14 gagnera bien plus des 10 000 euros, salaire moyen d’un joueur du Top 14 (photo : lemonde.fr)

10 000 € : le salaire moyen d’un joueur de Top 14

Le Top 14 est le championnat le plus attractif au monde. Ce constat s’explique d’un point de vue sportif mais surtout d’un point de vue financier ! Les budgets en France sont bien plus élevés que partout ailleurs. Du coup, le championnat français attire les «stars» étrangères.

Le club de Toulon en est l’exemple. Finaliste la saison passée, il possède dans ses rangs trois des plus gros salaires de l’Hexagone : l’Anglais Jonny Wilkinson est sans doute le joueur le mieux payé du Top 14 (il toucherait environ 1 million d’euros par an), l’Australien Matt Giteau fait aussi belle figure (environ 600 000€), sans oublier l’ancien Toulousain Frédéric Michalak (on parle de 700 000 €). Au Racing-Métro, c’est l’Argentin Juan-Martin Hernandez qui aurait le plus beau contrat, avec un revenu de 800000€ annuels – comparable à celui que touchait Sébastien Chabal qui, désormais, ne fait plus partie des bataillons du Trop 14.

Mais la moyenne des trente plus gros salaires du rugby de l’élite française paraît dérisoire si on la compare au football : elle est de 240 000 € annuels net.

Quant au salaire mensuel moyen tous joueurs compris, il a triplé en 10 ans, et tourne aujourd’hui autour de 10 000 € même s’il est en léger recul. Une baisse qui est une conséquence logique de la politique de Salary Cap instaurée en 2010, qui fixe à 9 millions l’enveloppe par club en Top14.

C’est ainsi que Clermont a abaissé son effectif de 38 à 34 joueurs en privilégiant son centre de formation. D’autres, à l’image de Paris ou Montpellier préfèrent faire appel aux étrangers, dans l’ensemble moins chers (un Argentin coûte en moyenne 6 000 € contre 30 000 pour un Français, et les Georgiens commencent à apparaître depuis quelque temps sur nos terrains).

Ces disparités s’expliquent par une contrainte d’avoir 50 % des joueurs de chaque effectif formés en France (40 % en 2011-12, 60 % en 2 013-14). Une mesure lourde de conséquences pour un club comme Toulon, qui mise beaucoup sur des stars étrangères et qui, un jour ou l’autre, devra sûrement changer son chéquier d’épaule.

Bien sûr, au-delà des recettes télés et des entrées au stade, chaque club compte sur des sponsors. C’était le cas sans doute dans le rugby d’autrefois, celui des champs, où les petites villes alignaient une équipe que finançait le plus gros employeur local.

Désormais, les gros budgets sont soutenus par des groupes industriels puissants. Pour prendre l’exemple du premier match de la saison entre le Stade toulousain et Castres Olympique, il est évident que ces clubs performants représentent une bonne image pour ceux qui les sponsorisent : Peugeot et EADS font confiance au Stade, et il n’est un secret pour personne que Pierre Fabre et son groupe pharmaceutique constituent le socle de l’équipe tarnaise.

H.L.

Expert : “Un modèle fait de diversité”

Quelle est la recette pour que le modèle économique du Top 14 fonctionne ?

Je ne pense pas qu’il y ait une recette. C’est un modèle fait de diversités. Aucun club ne ressemble à un autre. Il y a des clubs qui ont des structures budgétaires diversifiées, d’autres plus dépendantes de mécènes ou actionnaires puissants comme Biarritz ou Castres ; d’autres plus aidés par les collectivités. Au final, c’est un ensemble de clubs où la concurrence est importante.

Le développement futur du Top 14 passe-t-il par l’agrandissement ou la construction de stades ?

Le budget moyen des clubs est passé de 17,9 à 18,2. Une progression qui s’est ralentie par rapport aux années précédentes. La croissance du Top 14 est liée à deux facteurs principaux. Tout d’abord, l’agrandissement des stades. La Ligue a instauré un label Stade pour inciter les clubs à construire des infrastructures. N’oublions pas qu’au rugby, les recettes représentent 20 % des budgets. C’est beaucoup plus que dans d’autres sports professionnels. La progression de la fréquentation dans les stades est de l’ordre de 50 % en cinq ans. C’est la progression la plus importante dans un sport collectif. L’autre facteur de croissance concerne les droits télévision. Mais le dernier contrat avec des droits passant de 27,8 à 31,8 a été obtenu dans un contexte de non-concurrence.

Justement, on imagine volontiers que vous regrettez que la chaîne Al Jazira n’ait pas été présente au moment de la renégociation des droits télévision ?

Dans un environnement plus concurrentiel, il est probable que le rugby ait obtenu des droits télévision plus élevés conformes à ses performances récentes et à son attractivité.

Propos recueillis par Philippe Lauga

Les stades, vecteur de développement

Le Stade Aimé Giral de Perpignan, un stade qui a subi de nombreuses rénovations. Photo : Le10sport.com

Hier soir, le club de football de Lille a disputé face à Nancy son premier match dans son nouvel écrin. Une enceinte ultramoderne de 50 000 places avec un toit amovible et une pelouse rétractable. Et on vous laisse imaginer le confort réservé aux spectateurs loin des sièges poussiéreux ou sinistrés par les fientes de pigeons que réservent encore quelques stades de rugby aux supporters de leurs équipes.

À Bordeaux et à Lyon, les permis de construire ont été délivrés pour une livraison prévue en 2015. Ailleurs, sur la planète football de France, d’autres chantiers avancent dans la perspective de l’organisation de l’Euro 2016.

Le rugby profitera certainement de ces grands stades (Marseille, Lyon, Bordeaux) à l’occasion des demi-finales du Top 14 ou d’éventuelles délocalisations. Mais il doit aussi bâtir son avenir. Sans compter sur son voisin du football.

L’évolution du nombre de spectateurs depuis quelques années (voir infographie) l’impose. Mais pas seulement. Un stade moderne, c’est aujourd’hui, un stade qui permet de générer des ressources autres que la billetterie. Un club doit maintenant vendre des prestations et doit donc disposer de loges susceptibles de recevoir un grand nombre d’entreprises de plus en plus intéressées par le produit rugby, et les valeurs qu’il véhicule dans l’imaginaire collectif. L’an dernier, dans le cadre des barrages du Top 14, le club de Castres a choqué nombre de ses fidèles supporters puisqu’il a délocalisé cette rencontre face à Montpellier au stade Ernest-Wallon à Toulouse. La raison principale tient dans le fait que les dirigeants tarnais, bénéficiant à Toulouse d’un des meilleurs réceptifs de France ont pu vendre des prestations et engranger d’autres revenus, différents de ceux de la billetterie classique du stade Pierre-Antoine à Castres. Dans cet ordre d’idées, le secteur économie prend le pas sur le sportif (les deux entraîneurs Laurent Travers et Laurent Labit préférant évoluer dans leur jardin naturel plutôt qu’à Toulouse, alors considéré comme un terrain neutre). Au final, Castres ayant battu Montpellier : le «sportif» et «l’économie» se sont révélés gagnants. On appelle cela une délocalisation.

C’est la tendance à la mode dans le Top 14 depuis quelques années : le Stade Toulousain (au Stadium), Toulon (au stade Vélodrome de Marseille), le Stade Français et le Racing-Métro (au Stade de France), Bordeaux-Bègles (au stade Jacques-Chaban-Delmas). La saison dernière, pas moins de 21 rencontres du Top 14 ont été délocalisées, établissant un nouveau record (16 en 2010/2011 et 2009/2010). Certaines équipes n’hésitent pas à délocaliser dans un pays étranger : c’est le cas de Bayonne et Biarritz à Saint-Sebastien (Espagne) et de Perpignan qui recevra Toulouse à Barcelone.

Mais la solution à long terme réside dans la construction de stades. Montpellier a inauguré le sien en 2007. Le Racing-Métro aura le sien en 2014, l’Arena 92 où la vie du stade sera également assurée en dehors des jours de match avec des spectacles. La diversification au service du rugby.

Ph.L.

Ovalie Communication avec Biarritz

Pour cette rentrée du Top 14, le Biarritz Olympique (BO) a décidé de se faire accompagner par Ovalie Communication. La filiale du groupe Dépêche dédiée au marketing et à la communication spécialisée dans le rugby a remporté un contrat de dix ans auprès du club biarrot. Elle assurera la gestion de tous les contrats de sponsoring, la commercialisation des hospitalités, de la panneautique et de l’affichage maillot (régie). «Nous aurons à cœur à Biarritz de démontrer notre savoir-faire unique et notre plus-value en matière de marketing et de sponsoring afin d’accompagner le club dans ses projets de développement» a commenté Jean-Luc Gripond, vice-président exécutif d’Ovalie Communication.

Eclairage, droits TV : peut mieux faire

Avec des si… La croissance du Top 14 aurait pu être beaucoup plus importante.

Le rugby a, en effet, renégocié les droits TV avec le principal diffuseur Canal + dans un contexte de non-concurrence puisque la chaîne sportive Be In sport d’Al Jazira n’est apparue que quelques mois plus tard dans le paysage audiovisuel français. C’est alors le football qui a pu bénéficier de cette concurrence entre chaînes pour sauvegarder son pactole qu’on disait menacé.

L’arrivée de BeIn Sport dans le PAF risque de changer la donne dans les années qui viennent. Le Top 14 espère pouvoir en tirer des bénéfices.

Le mirage des 100 millions d’euros

S’il avait connu le même contexte, le rugby aurait pu lui tirer profit de cette «guéguerre» entre diffuseurs pour connaître une augmentation importante eu egard à sa montée en puissance ces dernières années. Le président Pierre-Yves Revol en avait d’ailleurs fait l’un de ses dossiers prioritaires au début de son mandat.

Avant le début des renégociations, les présidents les plus optimistes avaient alors tablé sur une offre financière de 100 millions d’euros. D’autres plus réalistes se seraient «contentés» de 50 millions d’euros. Au lieu de cela, la transaction s’est arrêtée à 31,7 millions d’euros sur une période de cinq ans, soit une petite augmentation de plus d’un million d’euros et une manne financière de 160 millions d’euros durant les cinq années du contrat.

Le juste prix ?

Au regard de l’exposition médiatique moins importante d’autres sports collectifs, le rugby pourrait tout de même s’estimer satisfait. Mais la Ligue pense que le développement du rugby français n’est pas reconnu à sa juste valeur par le diffuseur. Notamment si l’on compare par rapport au football (510 millions d’euros jusqu’en 2016). Mais le rugby peut toutefois s’enorgueillir de ne pas être dépendant des droits TV contrairement au football. En effet, pour exemple, Marseille qui avance un budget de 110 millions d’euros perçoit 50 millions de droits TV, soit près de l’équivalent de la moitié du budget…

Ph.L.

Source : ladépeche.fr