Wrc : voyage au bout de l’ennui

Publié le 28 août 2012 par Khymo1 @actumoteurs

Si Céline a écrit « voyage au bout de la nuit », Loeb est en train de nous écrire son roman, « voyage au bout de l’ennui ». Si son œuvre est écrite de pied de maître, alliant supériorité technique et intelligence de course, elle n’en est pas moins redondante depuis de nombreuses années.

Le génie, pour être reconnu se doit d’être confronté. Il en va de même pour le sport. Ce qui fait la grandeur d’un champion c’est avant tout l’adversaire lui rendant les coups. Parlerait-on d’aviron s’il n’y avait pas les duels Cambridge-Oxford ? Prost serait-il Prost s’il n’y avait pas eu Senna ? Et vice versa. Mohammed Ali serait-il le plus grand s’il n’avait pas eu Joë Frazier en face ? Le problème avec Loeb c’est qu’il lui manque son Joë Frazier. Loeb boxe tout seul, empile des titres et records devenus anonymes. Il doit falloir tout le talent d’un journaliste bien gavé de petits fours par l’hospitalité Citroën pour continuer à écrire l’hagiographie de l’alsacien sans souligner le rachitisme de l’opposition, une opposition poids plume.

Loeb est incontestablement le meilleur pilote de rallye actuel. Mais au-delà des records, que reste-t-il d’émotion ? Où est le péril dans la bataille qui rend le triomphe plus grand ? Si Loeb se pose la question de sa retraite, c’est aussi que lui le premier doit être lassé du manque d’opposition. Le nombre de titre lui importe peu. Ils ont tous désormais la même fadeur, rangés anonymement sur une étagère sur laquelle il pose un regard mélancolique. « Tous mes titres contre un péril ! » doit-il rêver dès le soir de la première étape d’un rallye. Ce long désert qui le et nous traverse c’est bien l’ennui… Si l’ennui était mortel, le WRC serait un cimetière.

Le philosophe Martin Heidegger* définissait l’ennui comme la confrontation au vide. C’est bien du côté de ce vide qu’il nous faut trouver la réponse, du côté de ceux qui sont censés incarner la concurrence, l’opposition mettant en péril le champion. Le problème c’est que les adversaires se sont liquéfiés. Pour Ford, 2012 est une fois de plus « voyage au bout de la désespérance » quand ça ne tourne pas en « voyage au bout du ridicule ». Quant à Mini, c’est plutôt « voyage au bout du dénuement ».

La pire des désillusions est encore à venir pour nous. Si en 2013, Loeb prend du recul via un programme à mi-temps comme cela semble se dessiner, nous serons face à une amère déconvenue. Voir Loeb se « retirer » lorsque l’opposition semble prendre plus de corps grâce à VW sera un crève-cœur.

Paul Huertas

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