Pourquoi j'ai peur du noir ?

Par Jeuneanecdotique
18 septembre 2012

 

 Dans le genre « je suis aussi flippée dans le noir que si j'avais les pieds dans le vide en haut de la Tour Effeil », je suis championne. Si je dois parcourir deux mètres dans le noir, je cours, je gesticule les bras et je pousse des petits couinements angoissés. Je ne me sens en sécurité que dans la lumière la plus complète. Et j'ai beau avoir honte de mes bourrelets et mes vergetures, même pour faire l'amour, je refuse toute obscurité. Ce qui me gêne, c'est vraiment qu'il fasse « noir ». Pas tamisé, non. Juste, noir.

Je ne sais foutrement pas si cela a une origine psychologique particulière ou si j'ai juste gardé mes réactions enfantines devant les bêtises qui m'effraient. Toujours est-il que l'obscurité est le point de départ d'une imagination débordante, tout particulièrement lorsque je suis allongée dans mon lit et que je tente vainement d'attraper le sommeil au vol.
Depuis que j'ai lu que si on se sentait observée lorsqu'on dort, c'est qu'un extra-terrestre se tient dans un coin de la pièce, je me sens ultra-observée. Je sais qu'il clignoterait sans doute dans le noir, que j'entendrais sa respiration, ou même qu'au pire, y a tellement de bordel dans ma chambre que pour arriver jusqu'à moi il serait obligé d'avoir des notions d'accrobranches. Mais, s'il fait noir, tout danger est réel, aussi merdique soit l'aménagement de ma chambre.
Dès que j'entends un bruit, dès que je vois quelque chose de bizarre (genre un point blanc pendant une seconde parce que j'ai une poussière dans l'oeil), je m'imagine déjà les yeux dans les yeux avec un fantôme. Et c'est bien connu, un fantôme, ça craint la lumière et les couettes de lit. Alors, vu que je dois mettre ma vie en danger pour aller appuyer sur l’interrupteur, je pars suer toutes les gouttes de mon corps sous ma couverture. Ça a beau les arrêter, il est toujours angoissant d'imaginer que là, quelque part dans la pièce, quelque chose puisse être en train de m'observer, de préparer un plan d'attaque. L'obscurité est pour moi le lieu du « tout est possible », et donc du « merde, j'ai fait un cauchemar, je suis sûre qu'en fait c'était du vrai, qu'ils sont tous là, près de moi ! Je me rendors pas avant qu'il fasse jour »...
En des termes plus spirituels, je définirais l'obscurité comme la possibilité que je ne puisse pas tout contrôler. Dans le noir, on ne voit rien. On ne peut rien faire.
Je me sens perdue lorsqu'il fait sombre. Je ne sais plus où me diriger, j'ai l'impression que quelqu'un se tient dans mon dos, j'ai l'impression d'avoir donné le bâton pour me faire battre. En gros, j'ai besoin d'y voir clair, j'ai besoin d'être sûre de ce qui se passe autour de moi. Je n'aime pas les surprises, je n'aime pas les incertitudes, je n'aime pas douter.
L'obscurité est la mère du doute.
Lorsque je suis dans une pièce non éclairée, j'ai l'horrible impression d'avancer les yeux fermés. Comme si je marquais sur mon front « faible et vulnérable, attaquez-moi ». La peur de ne pas voir le monde resurgit. La peur de ne pas être au courant de tout.
Quand je réfléchis à la raison pour laquelle je deviens folle dès qu'on éteint la lumière dans une pièce, je me dis instantanément « Oui, parce que dans les films d'horreurs, c'est dans le noir que les fantômes apparaissent ». Je me souviens d'un film dans lequel la scène la plus violente, effrayante et choquante se déroule en plein jour, dans une chambre joliment éclairée, et qu'un jeune homme se fait complètement démembrer et démonter la gueule par un fantôme de mari jaloux (si cela vous donne envie, le film c'est « 100 feet », mais à vos risques et périls, cette scène restera un traumatisme pour moi jusqu'à ce que je commette un meurtre moi-même – c'est à dire jamais). J'ai été complètement bouleversée par ce moment complètement surréaliste. Comment ça, le fantôme attaque maintenant ? Non, il fait jour, ce n'est pas normal. C'est la nuit que tout arrive. Nos peurs ne peuvent pas prendre forme le jour, le jour nous protège normalement, non mais c'est pas normal et c'est même scandaleux, non mais quel film de m...
Quand mes croyances les plus terrifiantes sont bousculées, je perds pied. Je me suis rendue compte que j'avais besoin d'un moment où mes peurs prennent vie, où elles peuvent revêtir le doux voile de la réalité : la nuit, parce que c'est comme ça que je suis conditionnée. Ainsi, j'ai un instant où mes peurs s'envolent, et où je suis sûre d'être tranquille : lorsque le jour s'est levé. Et quand j'ai vu que tout était également possible le jour (même si j'ai conscience que ce n'est qu'un film), ça m'a fait vraiment tout bizarre. Premièrement, parce que j'ai finalement compris pourquoi le noir me fait peur même lorsque je sais que ce n'est pas rationnel ; au moins, mes journées sont débarrassées de ce sentiment d'insécurité physique... Ensuite, parce que c'est tout bizarre, quand même.
La peur du noir, un moyen pour moi de me créer un sentiment de sécurité lorsqu'il fait jour, une sorte de repère et d'équilibre ? Sans doute. Pour quelqu'un conditionné différemment de moi, cela pourrait même marcher dans le sens inverse. Peut-être que cette peur et même d'autres peurs sont dictées par des besoins intimes et inconscients. Peut-être que je dis de la merde parce que je suis pas psychologue, mais j'ai réfléchi, et c'est la conclusion qui s'est imposée sur ma propre peur. A chacun sa peur et ses raisons...