FAUVE – Aux rythmes de la ville

Publié le 11 octobre 2012 par Wtfru @romain_wtfru

FAUVE, ce n’est pas du rap, ni du slam. Ce n’est pas non plus du rock, et encore moins de l’électro. C’est à dix mille lieux de ce que vous avez pu entendre tout au long de votre vie.

 

Un mec à la voix tiraillée comme s’il n’avait pas fini son adolescence, une mélodie au milllimètre qui oscille entre The XX et The Jezabels, et surtout des textes furieux probablement écrits au lendemain d’une bonne cuite, c’est à peu près ce qui caractérise les trois parisiens fondateurs de la FAUVECorp. FAUVE, un nom plutôt sauvage pour de jeunes post-adolescents plus citadins que le béton sur lequel ils sont nés. Avec FAUVE, c’est un autre pan de la musique qui est expérimenté, une nouvelle façon d’aborder la poésie. Trois titres seulement, jetés sur Youtube comme une oasis dans un désert de bons mots, ont réussi à rassembler les quelques poètes amateurs de France. “On avait besoin d’évacuer le trop-plein avec le moins de contraintes possibles et FAUVE s’est trouvé être l’espace de liberté qu’il nous fallait. D’où les textes, d’où le français“, se décrivent-ils sur leur page Facebook. En effet, le français est omniprésent, il dégouline, mal articulé, de la bouche trop peu ouverte du jeune chanteur (conteur ?), lorsqu’il nous décrit le débordement d’émotions d’un jeune parisien d’aujourd’hui. Et pourtant, quelque chose nous accroche, nous retient, et alors qu’on s’interroge sur ce quelque chose, la chanson touche à sa fin ; alors on la réécoute, perpétuellement, jusqu’à en tomber amoureux.

Chez FAUVE, tout est en majuscule, comme si ces mecs voulaient nous dire “Hé, regardez, on est là“. Car chez FAUVE, la vue est mise au même niveau que les autres sens. L’essence qui se dégage de leurs clips faits maison, grâce à la collaboration d’amis, de connaissances, est insaisissable, comme ancrée depuis toujours dans notre âme. Dans Sainte Anne, le p’tit jeune qui tient le micro nous raconte sa vie. Les premières paroles annoncent, cinglantes, la couleur : “Je suis né dans une famille plutôt aisée / J’ai toujours été privilégié / J’ai jamais manqué d’amour, ni de rien d’autre d’ailleurs“. On se retrouve soudain envahi d’une certaine mélancolie, d’un truc qui nous fait apprécier ce mec, même si sa voix et sa vie nous énervent. A la frontière entre crise de rire et crise de larme, on se laisse emporter, sans broncher. On écoute ces paroles que cette mélodie sublime, l’air de rien. On se surprend à rire aux vannes lancées par ce gamin, on aime à rager avec lui contre ces connards en costard dans le métro, et ça, même si on n’a jamais pris le métro de sa vie. Paris nous semble tout à coup bien familière, et pour cause : c’est l’histoire de nos vies que ces jeunes gens nous posent, là, comme ça, devant nos faces. En outre des sujets qui amènent une remise en cause perpétuelle, comme l’amitié, le sens de la vie, ou encore la conception de soi, la baise domine ses pairs. Elle fait partie intégrante des combats de cette classe semi-aisée délaissée, qui, finalement, n’a aucune guerre à mener. Dans Nuits Fauves, on nous parle d’amour, mais chut, pas trop fort, parce que “l’amour c’est pour les pédés“. On nous parle de cette fille que nous, membre de la confrérie masculine, avons tous connus au cours de notre existence. Cette fille contre laquelle on s’est brisé le cœur. Mais cette fille-là est belle, bien plus belle que dans nos plus sensuels fantasmes, et c’est ce qui rend cet ôde à l’amour (et non à la baise) si prenant.

Dans Kané, enfin, tous les êtres torturés sur cette planète qui aspirent à une quelconque forme d’art (écriture, peinture, musique, etc.) se reconnaitreront. C’est l’histoire d’un type médiocre, pas très beau, alcoolique sur les bords, qui prend conscience qu’il n’est plus le même type, et qui se demande si crever, ça ne serait pas la meilleure solution pour tout le monde. Dit comme ça, on ne s’attend pas à trouver forcément une explosion de gaieté à la tombée des paroles, mais détrompez-vous, ça fait du bien au moral de ne plus se sentir seul. “Et puis tu feras quoi, cané, dis-moi ? / T’auras l’air fin / Ça sert à quoi, caner, dis-moi ? / Ça sert à rien“.

C’est vrai, crever ça ne sert pas à grand-chose, mais en dépit de cet auto-portrait rageux et rageant, c’est peut-être le syndrôme d’une génération perdue qui est mis en avant : ces jeunes gens qui, voyant tous les êtres autour d’eux se faire violence pour retrouver leurs idéeaux, ces jeunes gens qu’ils ont admiré, puis détesté, s’apercevant bien qu’ils n’avaient pas le droit, eux, de prendre part à une quelconque guerre sociale ou idéologique dans ce pays. Car ces types sont trop au milieu, trop bien élevé, mais pas assez pour prétendre à une revendication quelconque. FAUVE, c’est juste un cocon bien poli sur l’extérieur, mais qui renferme une rage chaleureuse. Un espace de liberté où l’extra-lucidité, la franchise et les beaux mots sont de mise, le tout formidablement mis en valeur par le prisme de la musique, des paroles et des images. Et, bon sang, qu’est-ce que c’est bon.