Libéré Pour Tuer - Gera-Lind Koralik

Par Woland

Freed To Kill Traduction : Jean-Daniel Brèque

ISBN : 9782277070498

Extraits

Etat au réseau routier particulièrement important, les Etats-Unis ont enregistré très tôt l'apparition d'une espèce particulière de tueurs en série : le highway killer ou tueur de l'autoroute. Parmi ceux-ci, Larry Eyler occupe une place à part.

Le 30 septembre 1983, Larry Eyler est arrêté, en principe pour infraction au code de la route. Il est en compagnie d'un auto-stoppeur à qui il vient de proposer cent dollars s'il accepte de se laisser attacher et dominer pendant un rapport sexuel. C'est d'ailleurs dans cet objectif qu'Eyler a arrêté son véhicule. Peur de celui qui l'a pris en stop ou refus tout simple de se voir retenu par la police pour une affaire où il apparaîtrait comme prostitué homosexuel occasionnel, l'auto-stoppeur se garde bien de signaler quoi que ce soit de bizarre aux policiers. Ceux-ci pourtant savent que Larry Eyler arrive en bonne position sur la liste des suspects dans l'affaire du mystérieux tueur qui parsème de cadavres masculins la portion d'autoroute allant de Terre Haute à Chicago. Mieux, après avoir enfermé Eyler dans une cellule, alors qu'il n'est encore inculpé de rien, ils vont patienter jusqu'à l'arrivée de deux membres de la Brigade spéciale formée pour travailler sur l'affaire du "Tueur de l'Autoroute" ...

Cette garde-à-vue, officieuse mais bien réelle, en l'absence de tout motif juridique légal - avoir arrêté son véhicule dans un fossé ne peut être passible que d'une amende sans gravité - est l'un des multiples vices de procédure qui amèneront à la libération d'Eyler. lorsqu'il sera appelé à comparaître devant un jury.

Dans ce premier procès, Eyler finira presque par faire visage de victime. Avec d'autant plus de facilité que l'homme est loin d'être antipathique. Un peu bougon certes, très timide et mal à l'aise sur sa sexualité mais bon employé et individu attentionné et serviable. Enfant, c'était la même chose : Larry était apprécié.

Au reste, au fur et à mesure que l'auteur nous fait progresser dans la découverte de sa nature, on se rend compte que, si l'on excepte les crises de colère violente qui l'opposent à son amant, John Dobrovolskis - toujours pour des motifs de jalousie - Larry Eyler, en dépit d'une enfance chaotique, n'est pas vraiment le mauvais homme. Il a, certes, cette manie du bondage mais d'abord, il est loin d'être le seul, ensuite beaucoup de ceux avec qui il l'a pratiquée sont prêts à témoigner que tout s'y déroulait normalement.

Et pourtant, on finira par le prouver : chaque fois que Larry et John se sont disputés, un meurtre répondant à un certain mode opératoire, celui du "Tueur de l'Autoroute", a été perpétré. Eyler se fera finalement prendre après avoir déposé dans des containers des sacs poubelle contenant le corps démembré du jeune Danny Bridges, quinze ans, enfant des rues et prostitué. Il sera condamné à mort, le 9 juillet 1986 mais décèdera huit ans plus tard du Sida, après avoir confessé vingt meurtres de plus et avoir confirmé ce dont ceux-là mêmes qui l'avaient condamné se doutaient depuis longtemps : à savoir qu'il avait au moins un complice, si ce n'est deux.

A ce jour, ce ou ces complices sont toujours en liberté. Ce qui laisse à penser que, après l'arrestation d'Eyler, ils ont soit trouvé un autre partenaire dans le crime, soit décidé d'agir désormais en solitaire. L'hypothèse qu'ils aient pu s'arrêter de tuer n'est pas crédible.

L'ouvrage de Gera-Lind Kolarik, écrit à la troisième personne bien que la journaliste soit intervenue dans l'enquête, ne fera sans doute pas date dans le genre mais il a le mérite d'exposer clairement les faits et de se montrer impartial. Dans l'absolu, les motivations du juge qui permit la libération de Larry Eyler se justifient pleinement : trop de vices de formes entachaient l'enquête et emprisonner l'accusé revenait à faire fi de ses droits légaux. Il n'en reste pas moins vrai que cette libération a permis le meurtre du jeune Danny Bridges ... Koralik, pour sa part, se refuse à condamner : elle expose, c'est tout, laissant au lecteur le soin de se faire une opinion et de trancher - s'il y parvient en conscience.

Mais au-delà de toutes ces questions de procédure, une autre, bien plus terrifiante parce qu'elle n'est toujours pas résolue (et ne le sera sans doute jamais) se pose : combien de "Tueurs de l'Autoroute" y avait-il, dans les années quatre-vingt, aux Etats-Unis ?

... Et combien ont-ils fait de victimes ? ...