Patricia Laranco (Île Maurice / France).

Par Ananda

Quand je fais semblant d'avoir l'air

je n'ai pas l'air de faire semblant

même s'il semble que je mens

les gens assemblés n'y voient rien.

Qu'ils soient Iroquois, Ivoiriens

ou travailleurs de la voirie,

ou tisserands de la soierie

ou bien grands assoiffés de soi,

que sais-je encore, ils croient mon jeu,

ils croient mon je, mais qui sait s'ils

ne font pas eux aussi semblant,

semblant d'être des faux semblants,

des semblants d'eux-mêmes sans blé ?

Mais après tout, on nous l'a dit,

croassé (assez !) sur tous les tons

"je est un autre", je est tu,

je a le don d'ubiquité,

le sens de la simulation

car simuler, cela stimule.

Quand, donc, je feins d'être moi-je,

il y a des chances que j'aie bon

et qu'en fait j'imite moi-tu,

cette moitié d'un moi menteur.

Dans la moiteur de ma moitié

je ne sais plus bien qui est tu

et je perds de vue qui est moi

et qui est le moi que je feins

et qui est le soi dont j'ai faim

comment réunir toi et moi ?

"Arrête de jouer au plus fin"

me dit en moi-m'aime une voix

dès lors que je sens que je feins,

que je suis un soi-disant soi

mais cette voix - comment la croire ?

Émane-t-elle de mon je

qui est un autre, de mon toi,

de sous les tuiles de mon toit

ou de mon soi feignant de feindre ?


Patricia Laranco