Ben X (2007)

Par Eric Culnaert

Ben X est à la fois le titre de ce film réalisé par un obscur Flamand débutant de 43 ans, Nic Balthazar, et le pseudo qu’a pris Ben (Greg Timmermans) pour jouer à des jeux vidéos, chaque matin, « entre six heures 45 et sept heures 33 », avant le petit-déjeuner pris entre son petit frère Jonas et sa mère divorcée qui les élève.

Ben, lycéen, est autiste, ou peu s’en faut. Il parle à peine, et il est surtout sans défense, donc il se fait bousculer, chahuter, sans cesse tourner en dérision par ses copains de lycée, qui, un sale jour, le déculottent en pleine classe et filment l’intermède avec leurs téléphones portables. Ainsi, c’est pour compenser que Ben vit dans un monde à lui, réduit à sa chambre et à son ordinateur, où il est champion d’un certain jeu vidéo de combat en ligne, qui l’occupe quotidiennement. Sa meilleure partenaire – qu’il n’a jamais vue – est une certaine Scarlite. Or cet aspect irréel de sa vie va lui entrouvrir une fenêtre sur le réel, puisque Scarlite prend le train pour venir enfin le rencontrer.

Malheureusement, ses persécuteurs le retiennent de force et lui font rater ce premier rendez-vous. Certes, il rencontrera Scarlite un peu plus tard, et c’est une charmante fille, jolie, sympathique et intelligente, que bien sûr il va aimer. Néanmoins, cet incident est de trop, et Ben, qui ne parle pas mais sait se servir de sa cervelle, concocte sa vengeance. Avec sa famille et Scarlite, il prend le bateau, filme un petit discours d’adieu face à une caméra, puis enjambe le bastingage et se laisse tomber dans la mer. On ne retrouve pas son corps.

Ce suicide fait scandale, tout le lycée se trouve présent lors de la cérémonie religieuse, mais aussi la télévision, qui filme l’événement. Après l’homélie du prêtre, on projette le discours d’adieu prononcé par Ben sur le bateau, sa chute par-dessus bord… puis le film de la déculottée en classe et des petits salauds en train de se marrer devant leur copain cul nu. Cette fois, tout le pays saura ce qu’ils sont.

Mais Ben n’était pas mort, il ne s’est pas suicidé, il s’est simplement laissé tomber sur le pont inférieur du bateau ! Il réapparaît à la fin de la projection, savourant la honte publique de ses tourmenteurs.

Épilogue ambigu : Ben, apparemment, a quitté le lycée, il s’est pris d’affection pour les chevaux, il semble heureux avec Scarlite, et la famille attendrie assiste à son sauvetage moral. Certes, mais la fille à qui on le voit parler n’est pas sur l’image. A-t-elle jamais existé ? Même Allociné ne nous l’apprendra pas, et ce n’est pas plus mal.