Sarah MacDougall : "Je veux écrire sur des sujets qui parlent aux gens"

Par Titus @TitusFR

Née en Suède, la Canadienne Sarah MacDougall est aujourd'hui l'une des révélations les plus prometteuses de la scène folk nord-américaine. Son tout premier concert sur le sol français, elle le donnera à Cast, le samedi 24 novembre. Un nouveau joli coup de l'équipe des Vaches Folks.

Titus - Vous êtes née en Suède mais portez un nom écossais et vivez aujourd'hui au Canada... Comment l'expliquez-vous ?

Mon père est canadien d'origine écossaise et ma mère est suédoise. Mes ancêtres écossais ont émigré au Canada il y a au moins quatre générations. Je suis née en Suède car mes parents avaient choisi de s'y établir.

Vous y avez vécu longtemps ?

Oui, jusqu'à l'âge de 19 ans. Ma mère y vit toujours, tandis que mon père et ma soeur résident en Norvège. J'y retourne tous les ans pour voir ma famille. J'y ai aussi beaucoup d'amis.

Aujourd'hui, vous vous sentez plutôt canadienne que suédoise ?

Pas vraiment, ces deux identités font partie de moi. J'ai vécu plus d'une dizaine d'années au Canada, donc je me sens vraiment chez moi là-bas, mais le fait d'avoir grandi en Suède fait aussi de moi une vraie Suédoise.

A quel moment la musique a-t-elle fait irruption dans votre vie ?

Quand j'étais petite, mon père écoutait beaucoup de musique à la maison, en particulier Tracy Chapman, George Harrison et Queen.

Et les musiciens suédois ?

Oui, car la scène pop suédoise a toujours été très dynamique. Je crois quand même avoir davantage été marquée par les Beatles, Leonard Cohen, Janis Joplin, Bruce Springsteen ou encore le vieux blues. J'ai commencé à apprendre à jouer de la guitare à l'âge de 11 ans et c'est aussi à cette époque que j'ai écrit mes toutes premières chansons. Je les enregistrais à l'époque sur un petit magnétophone à quatre pistes. En Suède toujours, j'ai fait partie de plusieurs groupes de rock à l'adolescence. J'ai débuté en solo à la vingtaine.

Avez-vous commencé à chanter très tôt ?

Je n'ai commencé à chanter devant un public qu'à partir de 14 ans. J'étais une enfant vraiment timide. C'est mon prof de guitare qui m'a forcée à me lancer.

Lorsque vous étiez jeune, aviez-vous déjà le sentiment que vous en feriez votre métier ?

C'est venu très tôt, oui. A l'âge de 13 ans, lorsque mon père m'a demandé ce que je voulais faire de ma vie, je lui ai répondu que je voulais devenir productrice et il m'a ri au nez, ce qui m'a vraiment mis en colère.  Je voulais vraiment vivre de la musique et j'étais convaincue que j'y parviendrais.

Votre premier album, "Across the Atlantic", est sorti en 2009. Aviez-vous enregistré autre chose avant ça ?

Une chanson que j'avais auparavant enregistrée a été jouée dans une dramatique de la chaîne de télé Fox. Une connaissance leur avait expédiée la démo et ils l'ont tellement aimée qu'ils ont décidé de l'utiliser. Avant ça, j'avais enregistré un mini-album, qui a été distribué à un millier d'exemplaires, vendus à l'issue de mes concerts.

Les critiques ont été d'emblée très élogieuses et les bonnes nouvelles se répètent depuis quelque temps. L'une de vos chansons a par exemple été sélectionnée par la compagnie aérienne Lufthansa pour être diffusée à bord de ses avions.  

J'en suis très heureuse, bien entendu.

Vous vous inscrivez dans la grande tradition du folk, mais il y a chez vous une fibre très pop, non ? Est-ce que c'est lié à vos origines suédoises ?

Vous avez sans doute raison. Lorsque je vivais en Suède, j'écoutais beaucoup de musique pop. La scène musicale suédoise est très pop. Même si celle-ci est aussi très présente au Canada, c'est vrai que depuis que j'y vis, j'écoute davantage de folk-rock.

Comment vous y prenez-vous pour écrire une chanson ?

En général, tout commence par une mélodie et quelques paroles qui me trottent dans la tête. Et puis le premier couplet, un refrain viennent s'y greffer. C'est alors que je me préoccupe de l'accompagnement à la guitare. Par la suite, j'y ajoute les autres couplets et l'arrangement prend forme peu à peu. Je sais généralement assez vite où un morceau va me mener.

 Combien de temps vous faut-il en général pour écrire une chanson ?

Parfois, cela va très vite. Ma chanson "Rambling", j'ai dû l'écrire en deux minutes top chrono ! Avec le temps, je deviens plus perfectionniste, sans doute, et la plupart des chansons de mon deuxième album m'ont demandé beaucoup plus de temps. J'ai beaucoup réécrit, édité.

Votre deuxième album, "The greatest ones alive", est sorti en 2011 et n'a reçu que des critiques positives. Il s'ouvre sur une chanson très puissante, "Sometimes you lose, sometimes you win".

J'ai reçu beaucoup de courriels de gens qui me disent en effet que cette chanson les a aidés à surmonter une période difficile. J'ai écrit cette chanson alors que j'étais moi-même à un carrefour de mon existence. Je venais d'avoir 30 ans et je commençais réellement à me demander si j'avais choisi la bonne voie. Je me disais qu'il serait peut-être temps pour moi de chercher un vrai boulot. Ça faisait environ huit ans que j'essayais, tant bien que mal, de vivre de la musique. J'étais pratiquement tout le temps en tournée et cela finissait par me coûter plus que ça me rapportait. J'ai connu une période un peu difficile, financièrement, et cela coïncidait, qui plus est, avec une séparation. Cela a débouché sur l'écriture de cette chanson, qui dit l'importance de rester positif malgré les aléas de la vie.

Sarah MacDougall à Cambridge, en Grande-Bretagne, en octobre 2011 :

Diriez-vous que votre situation a bien évolué depuis cette époque ?

Heureusement (rires). Financièrement en tout cas, les choses se sont beaucoup améliorées. Mais ce que je trouve ironique, c'est que cette chanson correspond chez moi à une période de doute, au cours de laquelle j'ai bien failli tout arrêter, et c'est aujourd'hui grâce à cette chanson que je me trouve sélectionnée pour le prix de compositrice de l'année aux Western Canadien Music Awards.

Les thèmes que vous explorez sont très universels : l'amour, l'amitié, la condition humaine. 

C'est mon intention d'écrire sur des sujets qui parlent aux gens, des thématiques auxquelles les gens peuvent s'identifier.

Votre chanson "We're all gonna blow away" est une très jolie métaphore sur l'existence. Pourquoi l'avez-vous dédiée à votre grand-mère ?

J'ai toujours été très proche d'elle. Il y avait 60 ans d'écart entre nous, mais nous étions toutes les deux nées le même jour. Quand j'ai écrit cette chanson, j'ai immédiatement pensé à elle. Avant qu'elle ne décède, il y a quelques années, je suis allée lui rendre visite à l'hôpital à plusieurs reprises. Elle n'était plus vraiment consciente, mais lorsque je lui ai joué mes chansons, elle a réagi. J'ai su ce jour-là que ma musique était parvenue à la toucher, d'une manière ou d'une autre. Aujourd'hui, je pense toujours à elle lorsque je chante cette chanson.

Dans le livret de l'album, vous expliquez la genèse de certaines des chansons. "Permafrost", par exemple, l'une des ballades les plus envoûtantes de l'album, a été écrite par moins 40 °C dans une cabane en bois du Nord du Canada. Sans doute pas les conditions rêvées pour composer, si ?

C'est sûr ! J'ai écrit cette chanson dans le Yukon, peu après mon installation là-bas, il y a environ deux ans. Je ne connaissais personne au début et passais donc le plus clair de mon temps toute seule. Il faisait sombre et froid. Imaginez donc ! Quatre mois à - 40 °C.  En fait, ces conditions extrêmes se sont révélées plutôt propices pour l'écriture, et même pour apprendre de nouvelles techniques à la guitare.

Je me suis demandé si la chanson "Cold night" (nuit froide, ndt), également très belle et mélancolique, avait été écrite le même jour ?

En fait, non (rires). Je l'avais écrite il y a quelques années lors d'un séjour en Suède. C'était également en hiver.

Vous passez pas mal de votre temps en tournée. Savez-vous combien de concerts vous donnez chaque année ?

Environ 150, pour l'essentiel au Canada. J'effectue en général une tournée en Europe chaque année. A Cast, le 24 novembre, je jouerai en France pour la toute première fois.

La scène folk en Allemagne et aux Pays-Bas a la réputation d'être particulièrement dynamique. Est-ce là que vous vous représentez lorsque vous êtes en Europe ?

Tout à fait, surtout en Hollande. Jusqu'ici, je n'ai pas beaucoup joué en Allemagne. C'est la première fois, cette année, que j'y joue autant ! Je poursuivrai ensuite en Angleterre, en Ecosse, et en Scandinavie...

...Où vous avez vos attaches…

Oui. J'y ai déjà effectué plusieurs tournées assez importantes, en Finlande, en Suède, au Danemark, en plus de quelques dates sporadiques ici ou là.  

Les Suédois vous considèrent-ils toujours comme l'une des leurs ?

Absolument, et ça fait plaisir.

Remarquez-vous beaucoup de différences entre les publics nord-américain et européen ?

Les différences ne sautent pas toujours aux yeux. Je trouve le public plutôt réservé en Scandinavie, aux Pays-Bas, ou en Angleterre, même s'il est difficile de généraliser. Par contre, la réaction du public en Ecosse est tout autre. Les gens sont plus démonstratifs.

Serez-vous accompagnée lors de votre concert à Cast ?

La bassiste Marie-Josée Dandeneau, de Winnipeg, m'accompagne en effet durant cette tournée.

Qu'allez-vous y jouer ?

J'interpréterai des extraits de mes deux albums, en plus de quelques reprises. Je joue assez régulièrement du Bruce Springsteen, du Tom Waits, et même quelques vieux standards du blues… Ça dépend de mon humeur du soir…

Avez-vous commencé à préparer l'album suivant ?

J'ai déjà accumulé un certain nombre de nouvelles chansons. J'ai même réservé un studio pour mars 2013 à Whitehorse, au Yukon. Une partie de l'enregistrement sera peut-être aussi effectuée à Vancouver, en Colombie-Britannique.

Sur le dernier album, vous donnez un petit interlude d'une minute qui est en fait l'extrait d'un morceau de huit minutes écrit pour un quatuor à cordes. Aurons-nous la version intégrale sur le prochain album ?

(Rires) Peut-être simplement la minute suivante…

Savez-vous à quoi ressemblera le prochain disque ?

J'ai déjà des idées assez précises, en effet. Je sais par exemple avec quels musiciens je veux travailler et l'orientation que je veux donner aux morceaux… Le son devrait être comparable au dernier disque, mais quelques chansons seront sans doute un peu plus rythmées.

Propos recueillis et traduits de l'anglais par Titus, le 11 novembre 2012. Photos DR.

Pratique

Samedi 24 novembre, à 20 h 30, salle polyvalente de Cast. Tarifs : 17 € sur place/15 € en location sur Ticketnet (+ frais). Sarah MacDougall sera aussi l'invitée de l'émission La Complète, sur Tébéo, le vendredi 23 novembre, à 18 h 30.