Dorian Dreuil : "Ne jamais oublier, ne jamais renoncer."

Publié le 19 novembre 2012 par Cmasson

Dorian Dreuil, délégué d'Action contre la Faim à Toulouse, publie une tribune dans le Journal Toulousain du 8 novembre 2012.

Bien plus qu’un adage, ces mots résonnent comme la nature même de notre engagement. Celui d’en finir avec la sous-nutrition. Ses causes sont multiples : catastrophes naturelles, conflits, épidémies ou pauvreté, font de ses victimes au destin déjà alourdi par la misère de potentielles victimes de la faim. Combattre la faim dans le monde, c’est d’abord sauver les populations les plus vulnérables, puis rester quand les caméras s’en vont pour agir sur les causes profondes. C’est le combat d’Action contre la Faim, sans relâche depuis 1979, une des plus importantes organisations non gouvernementales humanitaires de lutte contre la faim dans le monde, efficace pour sauver des vies et garantir l’autonomie alimentaire des plus vulnérables. L’association vient en aide à plus de 6 millions de bénéficiaires, en intervenant dans plus de 45 pays dans le monde, sans discrimination, en toute neutralité et transparence.

Ne jamais oublier, qu’aujourd’hui encore, on meurt de faim dans le monde. Chaque jour, 10 000 femmes et enfants de moins de cinq ans décèdent des conséquences de la sous-nutrition. La faim tue toutes les quatre secondes. Inacceptable situation quand des solutions existent pour épargner ces vies, efficaces et à moindre coût. La mise au point de traitements adaptés, comme des laits thérapeutiques, accompagnés d’un traitement à domicile avec des pâtes nutritives prêtes à l’emploi sont autant de solutions à ce fléau. Mais l’insuffisance des moyens, la méconnaissance de la façon dont elle doit être soignée ajoutée aux difficultés d’accès sur le terrain rendent ce traitement réservé aujourd’hui à moins de 10% des enfants atteints de malnutrition aigüe sévère. Directement responsable d’un tiers des décès d’enfants de moins de cinq ans, la sous-nutrition aiguë sévère doit être reconnue comme une question de santé majeure et traitée comme telle.

Ne jamais renoncer, alors que se propage un sentiment de fatalité, qu’on a l’impression que le monde s’habitue à ce drame. Aux yeux de beaucoup, cette lutte semble désespérée, trop lointaine. Comme si la faim, les famines, la sous-nutrition avaient toujours existé et existeront toujours. Comme si une certaine lassitude gagnait l’opinion publique devant ce qui apparaît comme inéluctable. Pourtant le combat contre ce qui constitue l’un des fléaux sanitaires mondiaux les plus graves progresse. La faim recule. En témoigne le dernier rapport de la FAO[1] selon lequel le nombre d’estomacs criant famine diminue. En 1990, près d’un milliard de personnes souffraient de faim dans le monde. En 2010, la FAO constate 130 millions d’affamés en moins. Preuve, s’il en fallait une, que la lutte contre la faim dans le monde progresse. Jour après jour. Le chemin est encore long mais ce rapport nous montre qu’il est possible de faire reculer le nombre de personnes sous alimentées dans le monde. Que la lutte contre le drame des oubliés de la faim porte ses fruits. La faim n’est pas une fatalité. La sous-nutrition est une maladie qui se soigne. Nourrissons l’espoir que ce combat cessera un jour, la faim vaincue. Partageons cette indignation, prenons conscience du drame auquel nous assistons. Comme l’écrivait J-C Rufin : s’informer, c’est déjà agir[2].

[1] – Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture.

[2] – «Les nouvelles famines» Christian Troubé, préface de Jean-Christophe Rufin.

A retrouver sur :

http://www.lejournaltoulousain.fr/points-de-vue/tribune-libre/dorian-dre...

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