Jeff Lang : "J'ai appris à jouer à l'oreille"

Publié le 21 novembre 2012 par Titus @TitusFR

Avec quatorze albums à son actif,  Jeff Lang est aujourd'hui l'une des références mondiales de la guitare "slide". Celui qu'on surnomme le "Neil Young australien" sera, pour la première fois, l'invité des Vaches Folks à Cast, samedi 24 novembre.

Titus - Même si le lancement de votre carrière ne date pas d'hier, le public français vous connaît essentiellement depuis la tournée que vous avez effectuée avec Tété en 2008… Dans quelles conditions cette tournée a-t-elle vu le jour ?

Nous avions le même tourneur et celui-ci a suggéré que je vienne jouer en France et que j'assure la première partie des concerts de sa tournée. Le courant est immédiatement passé entre nous et nous sommes restés bons copains tout depuis.

Combien de tournées avez-vous effectuées en Europe ?

Environ cinq ou six il me semble...

Etes-vous satisfait de l'accueil que vous a jusqu'ici réservé le public de l'Hexagone ?

Tout à fait; le public français se montre particulièrement réceptif. C'est toujours un bonheur pour un artiste de se produire dans ces conditions.


Remarquez-vous des différences notables entre les publics français et australien ?

La différence principale tient à la langue. Je ne peux pas plaisanter ici autant que je le fais chez moi car mon français est assez pitoyable. J'ai hélas beaucoup de mal à me faire comprendre dans votre langue… (rires)  


"Ghosting on my mind"


Le premier de vos albums à paraître en France ne l'a été qu'en 2007. Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps quand on sait que vous avez déjà publié 14 albums en Australie ?  

Chaque chose en son temps, j'imagine.  

De quelle partie de l'Australie êtes-vous originaire ?

Je suis né à Canberra, mais j'ai grandi dans plusieurs régions. J'ai ainsi vécu mon adolescence dans la ville de Geelong.  


Et quels souvenirs vous viennent en tête lorsque vous vous remémorez cette enfance australienne ?

Avant que la musique ne fasse irruption dans ma vie, je ne vivais pas le grand bonheur. J'étais plus près du désespoir. J'étais un gamin assez tourmenté. Quand je me suis découvert une véritable passion pour la musique, ça a rapidement tourné à l'obsession.   

On écoutait beaucoup de musique chez vous ?

Mes parents avaient de très bons disques : Dylan, Ry Cooder, Leo Kottke, etc. J'ai donc grandi avec toutes ces musiques en fond...

Quel fut votre premier instrument ?

C'était la clarinette, dont j'ai joué pendant six ans jusqu'à ce que je découvre la guitare, à l'âge de 14 ans. J'ai appris à jouer à l'oreille et suis complètement autodidacte. Je me suis amélioré au contact d'autres musiciens, dans les divers groupes dont j'ai fait partie.

Vous êtes aujourd'hui l'une des références mondiales dans le domaine de la guitare slide. De combien d'instruments jouez-vous et lequel a votre préférence ?

Je pense que mon instrument préféré est probablement la guitare "lap steel", mais je m'éclate aussi avec mes autres guitares - acoustique ou électrique notamment - ainsi qu'avec plusieurs autres instruments à corde, comme la mandoline.

La chanson "London" interprétée live à la télévision australienne en 2003 :

Aviez-vous imaginé, lorsque vous étiez plus jeune, devenir musicien professionnel ?

Plus jeune, je n'imaginais même pas, à vrai dire, qu'on puisse vivre de la musique. J'adorais jouer, un point c'est tout ! Mais lorsque j'ai commencé à jouer de la guitare,  j'ai vite compris que je ne pourrais plus jamais faire autre chose de ma vie !

Quand avez-vous commencé à chanter ? 

Quelques années après avoir commencé la guitare, c'est à dire vers l'âge de 19 ans. Plutôt mal au début, pour être honnête. Mais ça s'est peu à peu amélioré à force.  

Est-ce que votre environnement familial a joué un rôle important dans votre parcours ?

Mes parents ont toujours été à mes côtés, même s'ils se demandaient sans doute un peu où je voulais en venir...

On dit de vous que vous êtes le "Neil Young australien". Est-ce que cette référence vous agace ?

Non, pas vraiment, d'autant que je suis très fan de ce que fait Neil. Il pourrait y avoir pire, comme comparaison, non ? 

Avez-vous déjà joué avec lui ?

Non, j'attends toujours qu'il m'appelle (rires). J'ai assuré la première partie d'Eric Clapton, de Bob Dylan ou Jeff Beck, mais pas encore de Neil Young...

La scène musicale australienne est d'une richesse exceptionnelle. Qu'est-ce qui fait sa spécificité selon vous ? 

Je suis convaincu que notre isolement géographique y est pour beaucoup.  Notre musique découle d'un état d'esprit, d'une culture des antipodes assez spécifiques.  

Que pensez-vous de l'éclosion de nombreux artistes australiens dans le domaine du blues, du folk et du roots, au cours de la dernière décennie ? 

C'est un signe d'ouverture, à mon sens.  Il y a pas mal d'artistes qui cherchent de nouvelles voies, de nouvelles saveurs, et cela me paraît très sain.  

Quels sont les musiciens australiens dont nous devrions bientôt entendre parler ?

Il est toujours délicat d'établir ce genre de pronostics. Je peux néanmoins vous donner quelques noms de musiciens que j'admire : Suzannah Espie, Matt Walker, Liz Stringer, Mia Dyson, Kutcha Edwards, Hat Fitz et Cara Robinson, pour ne donner que quelques noms. 

John Butler affirme que vous êtes parmi les musiciens qui l'ont le plus inspiré. Est-il vrai qu'il assurait vos premières parties de concert il y a quelques années en Australie ?

Eh oui ! Mais cela n'arriverait plus aujourd'hui (rires). Il est devenu un peu trop important à présent pour assurer mes premières parties. John est un chic type et un ami; il a compté parmi mes fans de la première heure.

Votre album "Chimeradour", qui est sorti en France en 2009, a été réalisé par Mark Opitz, bien connu pour son travail avec, entre autres, INXS, AC/DC, Divinyls ou Australian Crawl. Une collaboration fructueuse ?

C'était vraiment génial de pouvoir travailler avec un type de sa trempe. Mark a réalisé quelques albums légendaires au fil des ans et je suis vraiment heureux qu'il ait accepté de travailler avec moi pour mener ce projet à bon port.

La chanson "Five letters", extraite de l'album "Chimeradour" :

Comment vous y-prenez-vous pour composer une chanson ?  

Le plus souvent, ce sont les paroles qui me viennent en premier. Mais c'est parfois l'inverse. Parfois, il arrive aussi que tout arrive en même temps, comme par magie. C'est la façon que je préfère !

D'où vient votre inspiration ? 

Je laisse généralement les mots venir à moi et j'essaie de voir ce qu'ils ont à me dire. J'évite de m'imposer un sujet ou une thématique précise...

Vous êtes très régulièrement en tournée... Aimez-vous ça ? 

Franchement, il y a pire dans la vie. Parfois, le voyage m'ennuie un peu, c'est vrai, mais ça n'est quand même pas si terrible ! Le temps passé sur scène aide à faire passer la pilule. Car ce que j'aime le plus en tournée, c'est évidemment de jouer de mes instruments et chanter, naturellement. Je dirais que c'est une vie somme toute assez plaisante !

Improvisez-vous beaucoup sur scène ?

Je n'hésite pas à sortir des sentiers battus, en effet. Je crois qu'il est primordial de ne pas toujours refaire la même chose. Ça permet de conserver un peu de fraîcheur...

La chanson "I want to believe" au Fuji Rock Festival en 2009 :


Combien de concerts donnez-vous par an ?

Cela varie chaque année. Il fut un temps où je donnais entre 250 et 300 shows par an. J'ai un peu diminué la cadence, ces dernières années. 

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 

J'écris actuellement de nouvelles chansons en vue d'un nouvel album qui me ressemblera, comme toujours. Je compose aussi la musique d'une série télévisée, en plus de préparer, en parallèle, un album instrumental avec deux de mes musiciens fétiches, Grant Cummerford et Danny MacKenna. Ce projet sera très différent de ce que j'ai fait jusqu'ici.

D'autres collaborations en vue ?

Je viens de donner un concert en Australie avec Bobby Singh, un joueur de tabla indien vivant à Sydney, et deux musiciens folk du Rajasthan, Asin Kahn et Bughar Kahn. Nous étions vraiment épatés du résultat et il serait formidable de pouvoir en faire un album, si nous en trouvons le temps...

Propos recueillis et traduits de l'anglais par Titus le 17 novembre 2012.

Pratique

Samedi 24 novembre, à 20 h 30, salle polyvalente de Cast. Tarifs : 17 € sur place et 15 € en location.

Pour en savoir plus :


Le site officiel de Jeff Lang


Le site MySpace de l'artiste