Le sixième continent est né ! Le bien nommé Great Pacific Garbage Patch

Publié le 05 décembre 2012 par Best Planet @yourbestplanet
Des milliers de détritus à la dérive et des courants marins qui convergent vers une même zone. Il n’en fallait pas plus pour qu’une immense étendue de plastique de 10 à 30 mètres d’épaisseur se forme au cœur de l’océan Pacifique. Plus de 3,5 millions de km2 d’eau sont ainsi recouverts par toutes sortes de déchets rejetés par les hommes depuis des décennies. Aujourd’hui on parle du Great Pacific Garbage Patch, d’une plaque de déchets tout comme l’on parle des plaques tectoniques. Une comparaison bien triste. Ces « soupes de plastiques » sont également apparues en Méditérannée et au sein de l’océan Atlantique. Comment expliquer et surtout remédier à une catastrophe d’une telle ampleur ?

C’est en 1997 que ce nouveau continent est découvert par Charles Moore, capitaine, océanologue au service de la Fondation de Recherche Marine Algalita. Depuis, nombreuses ont été les études réalisées, et les résultats sont sans appel. La quantité de déchets déversée dans les eaux océaniques aurait été triplée en une décennie et on atteindrait, selon une étude menée parGreenpeace, près de 750 000 tonnes de déchets par km2. Tous ces déchets sont attirés par un phénomène physique assez singulier : la gyre subtropicale du Pacifique Nord*. Ce siphon d’une envergure impressionnante concentre les eaux du Pacifique et tout ce qu’elles transportent. Mais l’océan n’est pas une vaste « baignoire » et les déchets ne sont pas aspirés vers le fond pour disparaître. Ces derniers stagnent à la surface formant ainsi le « 6ème continent » ou le « 7ème continent » si l’on considère l’Antarctique comme un continent à part entière. Indirectement, les tsunamis participent également à la formation de cette île de plastique : les immenses vagues en déferlant sur les terres submergées entraînent avec elles des millions de tonnes de gravas en tout genre. C’est ce qui s’est passé en 2011, lors du raz-de-marée qui a touché le Japon.


Les conséquences sont multiples et elles sont également dramatiques pour la faune et la flore océaniques. Il est essentiel de comprendre une chose : le plastique, qui met des siècles à se dégrader va peu à peu se transformer en une fine poussière lévitant à proximité de la surface. Et c’est là que le bât blesse pour les oiseaux et poissons, car ces micro-particules s’apparentent à du plancton. Et quand les plastiques sont encore entiers, ce sont les tortues qui les confondent avec des méduses dont elles sont particulièrement friandes. Inconscients du danger, les animaux vont ingérer ces éléments impossibles à digérer. Plus d’un million d’oiseaux et 100 000 animaux marins seraient chaque année victimes de ces empoisonnements. En plus de s’intoxiquer en ingérant des fines particules de plastique, les animaux sont aussi les victimes des filets de pêche fantômes abandonnés aux océans, dans lesquels ils se prennent et ne peuvent plus s’échapper. 
Un maillon touché et c’est toute la chaîne alimentaire qui en subit les conséquences, des animaux marins à l’Homme, nous sommes tous concernés par cette catastrophe écologique. Aujourd’hui, nombreuses sont les initiatives visant à lutter contre la pollution des océans. On trouve en première ligne Greenpeace et Surfrider Foundation, deux ONG particulièrement impliquées sur ces questions, mais aussi des structures et des programmes de plus petite envergure tels que l’association 6ème Continent ou le Project Kaisei. Toutes soulignent le même problème : bien que de nombreuses opérations de nettoyage soient menées, sans traitement en amont, elles restent vaines. Et pour l’instant la législation en place ne permet pas de lutter contre cette catastrophe. La question de la réglementation est d’ailleurs plus que délicate : les pollueurs sont multiples et de toutes nationalités mais les soupes de déchets flottent le plus souvent dans les eaux internationales. Les associations se métamorphosent alors en « groupes de pression », soutenus par des personnalités médiatiques influentes (sportifs, acteurs…) et travaillant main dans la main avec les multinationales par le biais de sponsoring et d’échange de savoirs. Elles proposent des programmes de sensibilisation et des opérations de nettoyage, mais également des partenariats avec les pôles de recherches des grands groupes industriels (matières innovantes, biodégradables…) ainsi que des expéditions en mer. 

Pendant longtemps le phénomène a été minimisé, souvent réduit à l’état de légende. L’existence de ces plaques est maintenant reconnue bien que difficilement observable, celles-ci n’apparaissant pas sur nos images satellites. Malgré l’implication grandissante des ONG, le problème ne désemplit pas, au contraire, les plaques s’élargissent toujours se nourrissant des quantités monumentales de déchets rejetées dans l’océan mondial**. Sensibilisation, opérations de nettoyage, initiation au recyclage… tout reste à faire pour les associations, institutions publiques et groupes industriels afin que le grand public soit en mesure d’offrir aux matières plastiques le meilleur cycle de vie possible.
Pour en savoir plus, je vous incite à regarder la vidéo ci-dessous de la très bonne émission Le Dessous des Cartes.
* Gyre : en océanographie, une gyre désigne un tourbillon formé par la convergence des courants marins sous l’influence de la force de Coriolis. Brièvement, la force de Coriolis naît de la rotation de la Terre sur elle-même et influence la circulation des masses d’air dans l’atmosphère (circulation autour des hautes et basses pressions, sens de circulation des alizés…) et de fait la circulation des flux océaniques.  ** La notion d’océan mondial désigne en géographie l’idée que tous les océans n’en forment en fait qu’un seul. Il ne s’agit pas uniquement d’une formulation pour désigner toutes les eaux océaniques, mais véritablement d’un concept à part entière.Source : Green Is Beautiful