I wish d'Hirokazu Koreeda

Publié le 15 janvier 2013 par Xylophon

Quand on est enfant, les adultes demandent souvent " ce que tu voudras faire quand tu seras grand".

Je me souviens à 11 ans avoir rempli une feuille qui questionnait notre choix futur de métier: j'avais mis soit Professeur d'histoire soit océanographe. Ce n'était pas des choix arrêtés mais il fallait bien remplir le document. J'aimais l'histoire et la mer.

En terminale, notre professeur d'économie nous demanda toujours en fiche nos choix post-baccalauréat. J'avais sciemment mis un gros point d'interrogation. J'aimais toujours l'histoire et la biologie, mais moins la physique et les mathématiques. Ma professeur me regarda comme en me disant qu'il fallait peut-être que je m'inquiète. Je ne m'inquiétais pas: je savais déjà ce que je ne voulais pas faire.

Dès que je mis un pied à la fac et dans un amphi de science politique: j'ai eu le sentiment d'être là où j'avais eu envie d'aller: le(s) métier(s) viendrai(ent) plus tard, et c'est ce qu'il s'est passé.

J'avais déjà parlé dans ce blog de mon attirance pour le cinéma asiatique et plus particulièrement pour les réalisateurs japonais.

J'avais évoqué "Nobody Knows" de Hirokazu Koreeda.

http://lexilousarko.blog.fr/2009/05/31/la-modernite-du-cinema-asiatique-6206238/

Récemment, j'ai vu "I wish" (en japonais le titre du film est Kitani, Kitani qui veut dire miracle) de ce même réalisateur, et comme pour "Nobody Knows" quelque chose d'indicible m'a subjugué.

Moins dramatiques que "Nobody Knows" et "Still Walking", on retrouve pourtant cette façon incroyable qu'à le cinéaste de filmer l'enfance en mouvement.

"I wish" raconte l'histoire de deux frères qui vivent séparés sur l'ile de Kyushu. Koichi l’aîné, suite au divorce de ses parents est allé vivre chez ses grands-parents à Kagoshima au sud de l'île avec sa mère. Son petit frère, Ryunosuke, est resté avec son père, guitariste rock, au nord.
Quand ses amis et Koichi jouent alors à rêver à des miracles, le seul souhait de Koichi est de voir le volcan Sakurajima exploser: l'éruption réunissant ses parents et son frère pour retourner vivre comme avant à quatre à Osaka.

De l'autre côté de l'ile, Ryu joue au même jeu avec ses amies. Certaines veulent devenir actrice, d'autres veulent savoir peintre sans travailler trop dur, Ryu veut juste conduire une belle voiture.

Un jour, en classe de chimie, alors que le Shinkansen (le TGV japonais) est annoncé, une idée vient à un ami de Koichi: lorsque les deux trains se croisent l'un venant de Kagoshima et l'autre de Fukuoka, alors "une énergie incroyable est générée, et comme les étoiles filantes, si on fait un vœu, il se réalise"

Commence alors le plan de bataille pour s'acheter les tickets, et tracer l'itinéraire idéal à la rencontre.

Il y a de dans ce film une grandeur faite de tous petits rien. "La présence incomplète et instables" de ces jeunes acteurs donne à ce film à la fois de la douceur et de la gravité.

Au-delà de cette réalisation, pleine de vie, de spontanéité, et d'élégance, le réalisateur évoque aussi la question de la séparation:

- le divorce des parents, avec un ressenti qui n'est pas le même chez Koichi et son frère. Koichi souhaite que ses parents vivent à nouveau ensemble. Ryu, se rappelle les fréquentes disputes et ne pense pas que ce soit une bonne idée, même si évidemment son frère lui manque.

- la séparation et la nécessité de faire un choix entre "sa famille et le monde". Une façon pour le réalisateur qui met ces mots dans la bouche du père d'évoquer la métaphore du lien, et de la rupture nécessaire à la construction. Au moment de faire son vœu, Koichi se rend compte peut-être que le miracle de la réconciliation n'aura pas lieu. Cet échec miraculeux le fera sans doute grandir puisqu'il choisira "le monde plutôt que la famille".

Plus globalement, le film évoque également des thèmes que l'on retrouve dans les autres films du réalisateurs:
- la question de la tradition japonaise, du rapport aux aînés et la filiation est ici présente comme dans "Still Walking" et " Nobody Knows". Le grand-père ne choisit pas la famille. Lorsqu'il doit mettre en place une nouvelle recette pour son gâteau de riz (Karukan) avec du sakura il dit: "Comme artisan, ce sont des compromis que je ne peux pas faire". Sa femme répond: " Dans ces temps difficiles, qui ne peut pas faire de compromis". Il réplique alors: "Comment faire face à mon ange gardien Tajima". Sa femme répond "Qu'est-ce qui est le plus important ta famille ou Tajima? Stoïque, le grand-père répond Tajima.

- le train, les rails, les tunnels sont des personnages à part entière dans le film: c'est le lien, le fil conducteur, le médiateur? de cette rencontre improbable. C'est aussi hommage au Shinkansen pour le réalisateur passionné des trains depuis son enfance.

Ce film est pleins de petits miracles: le bonheur de voir ses enfants courir dans tous les sens, d'aller cueillir des fleurs, de partir vers l'aventure. Des plaisirs simples d'un quotidien certes banal mais qu'il faut aussi prendre le temps d'apprécier"

Meilleurs vœux

Xylophon


I Wish