Dossier Shôgi : à la découverte du jeu des généraux

Publié le 16 janvier 2013 par Paoru

C’est aujourd’hui que sort le huitième et dernier tome de la saga Kings of Shogi de Jirô ANDO et Masaru KATORI, chez les éditions Pika. L’occasion pour vous parler du shôgi, ce jeu proche des échecs mais méconnu en France, est donc parfaite : Paoru.fr lui consacre une semaine spéciale, en deux parties : tout d’abord un article qui se lance à la découverte de ce jeu, via son principe de fonctionnement puis grâce à l’interview de Painfool de l’un des joueurs hexagonaux, aussi acteur du shôgi en France : Erik Roeloffzen, membre du conseil d’administration de la Fédération Française de Shôgi.

Retrouvez tous les liens pour en savoir plus ou pour jouer directement en fin d’article ! Bonne lecture

Le shôgi, comment ça marche ?

Comme le dit en substance Wikipédia : Le shôgi (将棋, littéralement « jeu d’échecs des généraux ») est un jeu de société traditionnel japonais, se rapprochant du jeu d’échecs, opposant deux joueurs qui jouent tour à tour. L’objectif du jeu est de prendre le roi adverse. Quand le roi ne peut éviter d’être pris au coup suivant, la partie est terminée. On dit que le roi est « Mat ». Le tout se joue sur un shogi ban ou table de shôgi, qui est carré et compte 81 cases (9*9 lignes donc) et qui est assez proche, physiquement, du goban, la table du plus célèbre jeu de Go. Pour l’anecdote, sachez que la production de ces tables est la spécialité de la ville de Tendo qui en détient le quasi-monopole, avec 95 % de la production nationale… Mais revenons au jeu !

Comme vous pouvez le voir ci-dessus, les deux joueurs répartissent leurs pièces sur 3 lignes avec, comme aux échecs, des pions en ligne de front et des pièces différentes, plus mobiles et plus puissantes, plus en retrait. Les pièces se déplacent selon leur type, qui possède plus de variations que le jeu d’échecs. Au début de la partie, chaque joueur dispose de 20 pièces : un roi, une tour, un fou, deux généraux d’or, deux généraux d’argent, deux cavaliers, deux lances, et neuf pions. De plus, comme au jeu de dames, les pions peuvent être promus si on parvient à les emmener sur les lignes adverses : on dit alors que ces pièces sont « promues« . On obtient donc une large gamme de possibilités, comme vous pouvez le voir ci-dessous (en bleu, déplacement d’une case, en rouge déplacement sur toute la ligne) :

Comme dans tous les jeux de ce type, si une pièce s’arrête sur une case occupée par une pièce adverse, cette pièce est prise. À chaque tour, un joueur peut soit déplacer une pièce, soit remettre en jeu une pièce capturée. En effet, contrairement aux échecs, les pièces prises sont mises en réserve. Leur nouveau propriétaire pourra les remettre en jeu : on dit qu’il les « parachutent« . Le parachutage est l’un des vrais plus du shôgi puisque l’on peut s’en servir pour renforcer un camp trop à découvert ou intensifier une attaque pour assurer son objectif. Enfin c’est en raison de ce parachutage que les pièces de shôgi ne possèdent pas de couleur, car elles peuvent changer de propriétaire, mais plutôt une forme, car elles pointent toujours vers l’adversaire.

Entretien avec Erik Roeloffzen, administrateur de la FFS

Bonjour Erik Roeloffzen, quel est votre rôle vis à vis du shôgi français ?

Je suis trésorier de l’Association Shogi Paris (ASP), et membre du conseil d’administration de la Fédération Française de Shôgi. Je m’occupe beaucoup de l’initiation lors des conventions comme les diverses conventions orientées vers les loisirs japonais.

Quelles sont les règles de base du shôgi ? En quoi est-il différent du jeu d’échecs tel qu’on le connait en Europe ?

Comme au jeu d’échecs, l’objectif est de mater le roi adverse. Cependant, c’est un jeu qui se joue plus au « corps à corps », grâce à des pièces beaucoup plus lentes, aux déplacements plus restreints. Une tour, un fou et deux cavaliers sont présents pour rendre le jeu plus dynamique.

Au niveau des règles, il existe deux différences majeures. La « promotion », qui permet d’améliorer toute pièce entrant dans les trois dernières lignes. Sa capacité de déplacement change, afin de lui permettre de rester active dans la partie. L’autre particularité du shôgi est le parachutage. Les pièces prises à l’adversaire pourront être remises en jeu, plutôt que de jouer un coup.

En dehors de ces deux points, on retrouve les mêmes stratégies, comme par exemple le clouage des pièces ou les fourchettes.

On pourrait alors s’attendre à un jeu plus défensif, étant donné que les pièces sont moins mobiles ?

Non, parce que le parachutage permet de réutiliser les pièces capturées à l’adversaire. On peut les redéployer sur n’importe quelle case vide, donc en principe, un joueur aura souvent tendance à chercher à mater en parachutant une pièce autre qu’un pion devant le roi.

Quel profil doit avoir un joueur de shôgi ? Doit-il être patient, calculateur ?

En France, on a généralement des ingénieurs, des informaticiens, tandis qu’au Japon, les joueurs sont principalement des littéraires, même si ce jeu touche quasiment tous les japonais, de près ou de loin. Quant au profil des joueurs, il est difficile d’établir un schéma général tant il existe de styles différents. Il est aussi bien possible d’avoir un jeu extrêmement défensif en construisant un « château », ou au contraire jouer très agressif, en faisant « Sangenbisha » (ouverture où le joueur place sa tour dans la troisième colonne, afin d’enfoncer les lignes adverses).

Comment les parties se déroulent-elles en compétition ?

 Il y a un temps dit « absolu », que le joueur peut utiliser pour réfléchir à chacun de ses coups, et une fois que ce temps est épuisé, on passe en « temps par coups ». Le temps absolu est en général de 30 minutes, et une fois ce capital utilisé, on a le droit à 30 secondes par coups. Une partie dure donc en général une heure et demi, ce qui est relativement rapide.

Afin de décider quel joueur commence, le plus haut gradé lance en l’air un nombre impair de pièces en l’air. Si le nombre de pièces promues est supérieure au nombre de pièces non promues, son adversaire commence.

Combien y a-t-il d’inscrit au Japon ? Et en France ?

 Au Japon, tout le monde connait le Shôgi de près ou de loin, et les inscrits sont très nombreux. En France,  Le jeu commence seulement à se faire connaître, mais la Fédération Française de Shôgi (FFS) a recensé plus de 150 nouveaux licenciés, ce qui nous a permis de passer 50 à 200. Actuellement, il existe 14 clubs en France. Ce nombre peut augmenter très vite grâce à l’intégration du shôgi dans les clubs d’échecs, mais ces derniers sont souvent réfractaires à ce jeu qu’ils voient comme un concurrent.

La FFS est probablement la mieux développée au niveau européen. L’année dernière, nous avons pu organiser l’International Shogi Forum (ISF), durant lequel plusieurs joueurs professionnels japonais nous ont honoré de leur présence. Il y a également eu un tournoi pour lequel des joueurs de toute la planète se sont déplacés. Ce fut une très bonne expérience.

Comme pour les pratiquants d’arts martiaux, les joueurs de shôgi doivent d’ailleurs passer des grades avant de devenir professionnels, via un système de Kyu et de Dan ?

En participant à des tournois, on va améliorer son score Elo, afin de se présenter en Kyu puis en Dan. En France, on part du 20ème Kyu, jusqu’au premier, avant de passer au premier Dan, puis au second, et ainsi de suite. Il existe cinq joueurs en France de niveau supérieur ou égal au premier Dan. Il arrive parfois que certains joueurs aillent faire des stages d’observation au Japon afin de s’améliorer, comme Jean Fortin et Adrien Levacic suite à l’ISF.

Sur quels axes tablez-vous pour attirer l’attention des gens ?

Actuellement, nous nous impliquons beaucoup auprès des jeunes grâce au parallèle échecs-shôgi. Mais si les gens sont souvent intéressés, ils sont rarement prêts à s’investir dans un jeu de stratégie. Il existe aussi depuis quelques temps des pièces européanisées, afin de faciliter l’apprentissage des pièces de Shôgi. Mais les traditionalistes préfèreront toujours les belles pièces marquées de leurs kanjis calligraphiés. Le système de promotion fait toujours un peu peur aux joueurs, au début, mais au final tout se recoupe, puisqu’à l’exception du fou et de la tour toutes les pièces se déplacent comme des Généraux d’Or, une fois promues.

Pour faire découvrir le shôgi aux plus jeunes, Madoka Kitao a inventé le Doubutsu Shogi (le shôgi des animaux, NDR), dans lequel le but est de manger le lion adverse ou de traverser le plateau avec son lion. Ce jeu reprend les principes de base du shôgi, tels que le parachutage et la promotion.

Merci Erik Roeloffzen !

Entretien réalisé lors de Japan Expo Centre, le 27/10/2012. Propos recueillis par Painfool. Remerciements à Erik Roeloffzen pour son temps !

Retrouvez plus d’informations sur le shôgi sur Wikipédia ou sur le site de la FFS. Il existe également un groupe sur Facebook et, pour les parisiens, le site de l’association de Paris d’Erik Roeloffzen dispose d’un blog ici.