Vengeance et noces de sang sur fond d’esclavagisme aux Etats-unis

Par Borokoff

A propos de Django Unchained de et avec Quentin Tarantino 

Christoph Waltz et Jamie Foxx

Texas, 1858, deux ans avant la guerre de Sécession. King Schultz (Christoph Watz), un médecin d’origine allemande devenu chasseur de primes, est à la recherche de Django (Jamie Foxx), un esclave qui doit l’aider à capturer, « morts ou vifs », les dangereux criminels et frères Brittle. Un soir, dans une forêt, King Schultz tombe justement sur Django qu’il parvient à libérer en tuant ses maîtres. Mais Django n’a qu’un seul but : retrouver sa femme Broomhilda (Kerry Washington), dont il a été séparé lors d’un commerce entre esclavagistes dans le Mississippi. En faisant route vers le Sud, King Schultz et Django apprennent que Broomhilda est détenue et travaille chez Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), le puissant propriétaire d’une plantation qui porte son doux nom : Candyland. King Shultz et Django mettent au point un astucieux stratagème pour faire évader Broomhilda mais Stephen (Samuel L. Jackson), le domestique noir de Candyland et homme de confiance de Calvin Candie, a tout compris et ne tarde pas à tout balancer à son maître…

Django Unchained est un bon Tarantino. Peut-être pas son meilleur film (difficile de surpasser Jackie Brown ou Pulp Fiction) mais une oeuvre enlevée, dans la foulée du génial Inglorious Basterds ou de ses deux Kill Bill. Un tantinet trop long, ce nouvel opus tarantinesque mélange avec toujours autant de furie et de folie les genres comme les musiques (on passe sans problème de Beethoven à RZA chez Tarantino). Sublimement interprétée par Jamie Foxx, Django Unchained s’inspire librement du Django de Sergio Corbucci (1965). C’est à la fois un western « spaghetti » dont la B.O. est notamment signée par Ennio Morricone et un film d’action qui cite la Blaxploitation, ce courant culturel des années 1970 censé revaloriser les acteurs noirs au cinéma et dont Shaft (1971) fut la pierre angulaire. Dans Django Unchained, entièrement écrit par Tarantino, qui y fait une apparition hitchcockienne, on retrouve le style excentrique et exubérant du réalisateur américain. La colère et la rancoeur qui habitent ses personnages, notamment Django, culminent dans des scènes de violence où les pièces se retrouvent tapissés d’hémoglobine. Un cocktail de sang toujours aussi explosif et jouissif pour les amoureux du genre. On retrouve dans Django Unchained ce sens graphique de l’image et de la chorégraphie dans les combats typiques comme une maturité et un recul nouveaux chez Tarantino.

Jamie Foxx

La maîtrise formelle et  la distance critique qu’il a récemment acquis paraissent en effet bien loin de la complaisance malsaine qu’il affichait dans Reservoir dogs et cette interminable et complaisante scène de torture où le personnage joué par Michael Madsen découpait « par plaisir » une oreille à un flic. Dans Django Unchained, Tarantino s’amuse même à frustrer le spectateur, à le décevoir dans son attente de barbarie, par exemple en arrêtant rapidement une scène où Django, suspendu à l’envers dans le vide, allait pourtant se faire couper les parties les plus intimes de son corps.

De tous les plans, Jamie Foxx (décidément un acteur sur qui il faudra compter) est tout aussi éblouissant que Samuel L. Jackson, qui campe un vieux domestique boiteux et terrifiant qui défend absurdement les intérêts des esclavagistes blancs. Foxx incarne un esclave affranchi à la personnalité complexe. Brillant stratège, courageux mercenaire doté d’un fort caractère, Django est aussi animé par une haine (légitime) contre les esclavagistes qui ont ruiné son existence et l’ont coupé de celle qu’il aimait.

Kerry Washington et Jamie Foxx

Mais le western ici est prétexte (comme dans Inglorious Basterds) à la vengeance pour un Django libéré de ses chaînes donc et peu à peu transformé en justicier noir qui flingue à tout-va, sans scrupules ni états d’âmes pour ses ennemis. Il faut dire qu’on lui en a fait baver. Peu étonnant que Django ait accumulé autant de haine et de ressentiment. Pour planter son histoire, Tarantino a choisi (et pas par hasard) comme contexte historique l’esclavagisme aux Etats-Unis, qui a perduré de 1619 à 1865. Cette histoire douloureuse et cruelle pour les afro-américains et tout un pays n’est toujours pas digérée voire un tabou encore aux Etats-Unis. Il ne faut pourtant pas voir dans Django Unchained un film politique ou qui prendrait parti pour les noirs en pointant du doigt les injustices et les traitements ignominieux qu’ils ont subi pendant des siècles. Ce serait pure démagogie de la part de Tarantino, qui est beaucoup plus intelligent et nuancé que cela. Tarantino est surtout beaucoup moins parti-prenant qu’on a pu le lire ici où là.

Ce n’est certes pas un hasard s’il a choisi de situer son histoire dans la seconde partie du XIXème siècle et dans l’Etat du Mississippi mais plutôt par goût pour la provocation, à l’image de son Docteur Schultz tuant un ennemi en disant qu’il « n’a pas pu résister » à la fin du film. Personne ne nie les sévices corporels ni les tortures ni les humiliations infligés par les blancs à des noirs jusqu’à il n’y pas si longtemps que cela aux Etats-Unis (la fin de la ségrégation et l’abolition des lois Jim Crow ne datent que de 1967). Mais Django Unchained, très étaillé historiquement et riche visuellement (comme d’habitude chez Tarantino) est d’abord et avant tout un spectacle et un ballet visuels, un feu d’artifice en forme de bain de sang comme Tarantino les affectionne. Ce qui prime pour le réalisateur, et tout l’enjeu du film est là, c’est d’abord de raconter l’histoire d’une vengeance, celle d’un homme qu’on a poussé à bout comme on avait poussé à bout Shosanna (Mélanie Laurent) dans Inglorious Basterds. Si la fin de Django Unchained est moins sombre, plus optimiste que celle d’Inglorious Basterds, le film n’en a pas moins gardé moins la même construction avec sa chute en forme de bouquet final. Peut-être pas le meilleur Tarantino, disions nous, mais toujours aussi barré et agréable à suivre…

http://www.youtube.com/watch?v=CFZXOw9uThY

Film américain de et avec Quentin Tarantino mais aussi Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Samuel L. Jackson, Kerry Washington (02 h 44)… 

Scénario de Quentin Tarantino : 

Mise en scène 

Acteurs : 

Dialogues : 

Compositions d’Ennio Morricone, Luis Enriquez Bacalov, Anthony Hamilton, Rza…