L'Euro est-il tiré d'affaire ?

Publié le 09 février 2013 par Vindex @BloggActualite

Avons nous sauvé la monnaie unique ou en sommes nous aux soins palliatifs ?


Bonjour à tous
Cela fait un moment que les médias ne parlent plus de l’Euro. En effet, si ceux-ci nous parlent en boucle du mariage homosexuel, ou encore de la crise, saupoudré d’un peu du retour de Laurence Cassez et de Mali bien entendu, ils ne semblent plus se préoccuper de la crise de l’Euro. Est-ce parce que l’euro est tiré d’affaire, où est-ce parce qu’il ne faudrait pas gêner la hausse des marchés et l’optimisme boursier ? Est-ce que parce qu’il ne faut pas raviver les braises qui commençaient à consumer l’euro à l’occasion de la crise de la dette grecque et des difficultés banquières ? C’est tout à fait possible, et nous allons essayer de montrer, sans verser dans le pessimisme et la fin du monde, qu’en fait, 2013 pourra être à haut risque pour l’euro et les problèmes ne sont pas complètement résolus.
I : Un contexte peu favorable
A. Côté offre
Tout d’abord, du côté de l’offre, cela ne va pas très bien. En effet, selon une étude de Natixis, les coûts de financement du privé sont encore élevés et le désendettement du privé est faible. Cela entraîne une baisse de l’investissement. Les prix ne baissent donc pas, d’autant plus que l’Euro est à nouveau surévalué. On peut aussi remarquer que le taux de marge du secteur privé est au plus bas en France depuis des années. Elle est même la plus basse de l’Union Européenne. Cela aggrave les difficultés du privé qui enchaîne donc les délocalisations et les plans sociaux. Mais ce n’est pas tout : quand l’offre ne va pas, elle est rarement seule…

B. Côté demande
La demande ne peut pas bien aller en fait. Les politiques budgétaires, qu’elle augmente les impôts ou baissent les dépenses, auront des conséquences sur l’activité économique : une augmentation des impôts toucherait encore plus le privé, donc l’emploi et donc en définitive, le pouvoir d’achat et la demande. Une contraction des dépenses publiques réduirait aussi la demande par une baisse des salaires. Le chômage continue aussi son augmentation, la consommation est déjà en berne dans certains domaines depuis plusieurs mois (on le voit notamment par une baisse des immatriculations de voitures en France). Le chômage est par exemple de 11,2 pour cent en France et de 22,5 pour cent en Grèce ! Et malheureusement, l’euro, relativement fort, ne pourra pas favoriser le marché extérieur, d’autant que les partenaires européens ne s’en sortent pas mieux et connaissent aussi une stagnation économique, voir une petite récession.
C. Stagnation et récession en vue. Malgré des bourses qui semblent remonter depuis plusieurs mois (le CAC 40 s’est refait depuis les différentes crises de la dette), on ne peut pas dire que la reprise soit durable. En effet, cette remontée se réalise en trompe l’œil. D’abord bien sûr parce que la réalité concrète (croissance, emploi) ne suit pas. Ensuite, et plus sournoisement, parce que les bourses ne remontent que grâce à une bulle qui a plusieurs causes qui s’ajoutent : d’abord les sauvetages monétaires et fonds donnés par les banques centrales aux banques aux difficultés ayant renoncés à certains remboursements grecs et les politiques monétaires expansives (aux Etats-Unis et au Japon depuis peu) ; ensuite le fait que les taux restent artificiellement bas n’incite pas encore à des disciplines budgétaires rudes (en tout cas pour la France et l’Allemagne) et donc ne désendette pas les Etats dont la croissance est encore plus faible que les taux d’intérêts qu’ils doivent sur les obligations qu’ils émettent. La trappe à dette est toujours présente et le MES n’y change rien, bien au contraire. Tout cela est donc une bulle…et tout le monde sait que les bulles se dégonflent, voir éclatent dans le pire des cas.   Enfin, certains parlent aussi d’une possible augmentation du prix du pétrole pendant cette année, du fait de tensions géopolitiques. Mais cela reste bien évidemment de l’ordre de l’incertain. 
II : Des problèmes budgétaires persistants
Selon l’étude de Natixis, les ajustements budgétaires encore insuffisants, la faible mutualisation des dettes et le bilan des banques restent des éléments inquiétant pour une reprise. Et tout cela est bien évidemment lié : les ajustements budgétaires ne rassurent pas à long terme et rendent le bilan des banques risqué car plein d’obligations potentiellement dangereuses. Tout cela entretient toujours un risque systémique, les pays et les banques détenant des dettes de l’un et de l’autre et vice-versa.
A. La Grèce a toujours des difficultés
Concernant le cas Grec, les dernières rencontres européennes restent en demi-teinte. Si notre président François Hollande souhaite rassurer en affirmant que tout cela « est derrière nous », la chancelière Allemande Angela Merkel reste prudente à juste titre. Car certes, des fonds ont été donnés à la Grèce est à l’Espagne, mais cela va-t-il bien suffire ? Pas sûr selon certains spécialistes qui pensent que la Grèce a encore besoin d’argent : 30 milliards pour les deux ans à venir. Où les trouver, alors même que tant a déjà été donné et que la Grèce n’est pas la seule à en avoir besoin ? Les différents sauvetages de la Grèce n’ont pour effet que de reporter le problème à plus tard pour certains économistes. N’y aurait-il pas mieux valu que la Grèce fasse défaut officiellement pour ensuite s’attaquer réellement à reconstruire ses finances et son économie, plutôt que d’avoir à le faire avec des obligations intenables à tenir en même temps ? On évoque finalement peu cette solution qui a pourtant de si nombreuses fois utilisée au cours de l’histoire : http://www.lefigaro.fr/assets/flash/faillites_pays.jpg
B. Et la Grèce n’est pas la seule !
En effet, il y a quelques temps, l’Irlande aussi a demandé de l’aide. L’Espagne, l’Italie, le Portugal restent en difficulté économique et social, et comme nous l’avons vu, les banques n’ont pas de bilan encore suffisamment sûr. Elles ne peuvent, en conséquence, accorder des crédits facilement. 
Mais si les dettes persistent, c’est aussi pour la bonne et simple raison que les limites de la monnaie uniques viennent de son essence même. 
III : L’euro reste bancal
Structurellement, la monnaie unique a des défauts. Elle fixe pour des pays ayant des compétitivités et productivités différentes un taux de change identique. L’ajustement se fait alors par d’autres moyens : salaires, dette et chômage. Et l’euro n’a pas œuvré à une convergence économique, comme le montre ces graphiques comparant l’Allemagne à l’Italie : http://lafaillitedeletat.com/2011/11/07/pourquoi-l%E2%80%99euro-ne-peut-pas-fonctionner/.
Dans le système monétaire de change fixe que nous connaissons, la force d’une monnaie dépend de la confiance qu’inspire celui qui l’émet. Si l’entité qui l’émet est bien gérée, a une bonne compétitivité, la monnaie est forte. Ainsi l’Allemagne a-t-elle disposé d’une monnaie extrêmement forte avec le Deutsche Mark. Le problème pour l’euro, c’est que c’est une même monnaie, avec la même valeur, pour des pays qui l’utilisent qui sont différents économiquement parlant. Ainsi, l’euro a atteint une force aussi impressionnante que celle du Deutsche Mark par le passé, alors même que plusieurs pays l’utilisant n’étaient pas suffisamment compétitifs et mal gérés qui plus est. Et ce d’autant plus que la force de l’euro pénalisait leur production et leur activité économique en rendant leurs produits chers.Ce déséquilibre de l’Euro a dû être « corrigé » par un autre blocage de prix : celui des taux d’intérêt. En effet, les pays ayant adopté l’Euro ont vu leurs taux d’intérêts s’harmoniser. Là encore, cela ne fut pas sans conséquence : cela a permis à tous les pays d’emprunter à environ 3 pour cent d’intérêt. Ce fut donc, pour des pays handicapés par la force de l’Euro, un moyen de maintenir une certaine activité économique, d’autant plus que les taux auxquels ils empruntaient auparavant étaient bien plus élevés. Ainsi, pour la Grèce par exemple, l’Euro fut une formidable machine à emprunter qui s’est transformé en trappe à dette lorsque la croissance (dopée par ce que Charles Gave appelle des taux réels négatifs en tenant compte de l’inflation) ne fut plus au rendez-vous.
Ces problèmes, consubstantiels à l’Euro en lui-même, ne furent pas fondamentalement changés : en effet, la force de l’euro reste pour les pays du sud de l’Europe un fardeau. Même si Mario Draghi a une gestion plus expansive que son prédécesseur à la BCE, comme les Etats-Unis et maintenant le Japon, sont aussi expansifs, la force de l’Euro est maintenue face aux autres « grandes monnaies ». Pour les taux d’intérêts, ils ont été bien sûr connu un retour à la normal pour les pays du sud, mais le MES (Mécanisme Européen de Stabilité) amorce ce choc. Néanmoins, ce n’est pas suffisant, ces pays connaissant une récession : leur taux de croissance reste insuffisant pour que les recettes dépassent les dépenses et que le désendettement puisse avoir lieu, ce malgré les efforts du MES, qui d’ailleurs est artificiellement noté triple A. Le tout combiné empêche toute réforme digne de ce nom dans ces pays : en effet, tout pays ayant souhaité procéder à des réformes vers l’économie de l’offre a avant tout effectué une dévaluation de 25 pour cent pour but amortir une telle politique en s’appuyant sur le marché extérieur (en exportant plus par exemple) le temps que le marché intérieur se remette des difficultés d’adaptation. C’est ce qu’a fait par exemple la Suède en 1992 mais c’est tout bonnement impossible avec l’Euro… En résumé, les pays n’ont pas été incités à la réforme (malgré les critères de Maastricht) avec l’Euro. Ils ont même pu emprunter plus qu’avant ce qui a malheureusement fait gonfler l’endettement. Et toute réforme semble douloureuse et impossible politiquement et socialement parlant. La situation semble donc bloquée.
Conclusion
L’Euro n’est pas sauvé. Si une accalmie se présente depuis quelques temps, aucun problème n’est réellement résolu. Comme le dit souvent Olivier Delamarche sur BFM Business, les problèmes sont reportés, les décideurs ne font qu’acheter du temps. Du temps qui serait pourtant précieux en vue d’un vrai sauvetage de l’Europe, qui pourrait bien lentement mais sûrement s’enfoncer dans une stagnation aux allures de récession, et de laquelle les partenaires économiques pourraient difficilement la sortir, eux aussi connaissant un ralentissement. Les problèmes budgétaires persistent et l’Euro conserve (envers et contre tout) ses défauts du début, plongeant aussi l’Europe dans plus d’inégalité économique. Rien de plus néfaste à toute entente ou construction politique digne de ce nom et à toute amitié entre les peuples européens, qui se déchirent peu à peu.
SOURCES
Natixis Fondation Res PublicaLe Point Le Point Economie Matin L'expansion L'expansion Le Monde Contrepoints Contrepoints Charles Gave Wikipedia Wikipedia 
Image : http://2.bp.blogspot.com/-95X8sBcRQvY/Tilv4TVlOfI/AAAAAAAAAQU/YTPC60lbq-0/s1600/euro-grec.jpg
Vincent Decombe