- Notre Dame du Nil – un roman poignant, un prélude du Génocide Rwandais

Publié le 20 février 2013 par La Blogosphère De Mathilde @La_blogOsphere

Notre-Dame Du Nil

de Scholastique Mukasonga

Comment vous parler de ce livre… Je ne sais commencer cet article tellement j’ai trouvé ce roman incroyable.

Tout d’abord, il est important avant de vous raconter l’histoire, de connaître son auteur. « Scholastique Mukasonga vient du Rwanda. Elle est née en 1956 et a grandi dans une région du Nyamata au Bugesera. Elle est chassée de sa région en 1976 et s’installe au Burundi, un des pays limitrophe. Ce ne sera qu’en 1992 qu’elle viendra s’établir en France. En 1994, année du génocide des Tutsi, un million de morts en cent jours, elle apprend que 27 membres de sa famille ont été massacrés, dont sa mère Stefania… »

Alors voilà ce que Scholastique Mukasonga, une rescapée du massacre Tutsi, témoigne à travers son roman : « Notre Dame Du Nil ».

L’histoire se déroule tout au long d’une année scolaire dans un lycée de jeunes filles dans les années 70. Elles y ont été envoyées pour former l’élite féminine du pays et les éloigner des dangers du monde extérieur. Comprendre ici : « Les tentations », puisque leur famille les présenteront vierges à leur mariage arrangé pour les intérêts du lignage. Cette école très sélecte respecte un quota « ethnique » très strict qui limite à 10% le nombre d’élèves Tutsi.

Chaque chapitre raconte des événements marquants de cette école. Des amitiés se lient, mais pas entre Tutsi et Hutu, elles gardent leurs distances pour éviter d’être rejetées par l’élève la plus redoutée, mais la plus admirée : Gloriosa. La rivalité entre les tribus sont omniprésentes entre les jeunes filles. Des jalousies, des désirs, mais surtout beaucoup de haine qui va aller en crescendo…

Les premières histoires du roman me font plutôt sourire. On parle d’un jeune professeur blanc aux cheveux longs et blonds et dont les soeurs, qui dirigent l’école, veulent voir coupés.  On aborde aussi le sujet des premières menstruations, qui est un sujet tabou dans les familles, dont même les mères n’abordent pas le sujet. Puis, on raconte les premières histoires d’amour avec les garçons de la capitale…

Puis viennent ensuite les relations que peuvent avoir la population avec les croyances divines, telles les sorcières et leurs dons de faire venir la pluie, l’amour ou encore arrêter un pouvoir de réincarnation. On image bien ces personnages peu vêtus et vivants dans des huttes, assis près d’un feu…

Et bien évidement, Scholastique Mukasonga dévoile « Notre-Dame Du Nil ». Cette vierge est le nom que porte l’établissement scolaire de jeunes filles, mais c’est aussi le nom de la vierge qui est représentée à l’emplacement même où se trouve la source du Nil. Tous les ans, l’ensemble des élèves se déplace en pèlerinage pour rendre hommage à la Vierge, devenue un monument très important pour l’école, mais aussi pour les populations. S’attaquer à cette vierge est un signe de mauvais présage…

Au fur et à mesure de la lecture, les tensions politiques montent au sein même de l’école. Les jeunes filles sont de plus en plus sournoises, les amitiés deviennent des stratégies et que tout ceci est fortement encouragé par la meneuse, Gloriosa et qui par ses mensonges, va déclencher les premiers bouleversements qui ne seront que les préludes du génocide rwandais.

Les derniers chapitres sont terrifiants mais à la fois criants de vérité. Scholastique Mukasonga décrit les pires moments que ces pauvres jeunes filles Tutsi ont subi entre les mains des Hutu. Les phrases de l’auteur sont faites de mots des plus poignants. Je ressens beaucoup de tristesse mais aussi de la haine. Je me suis attachée à ces jeunes filles, je les ai imaginé telle que l’écrivain a voulu que je les vois. J’ai été attendrie par leurs histoires, leurs passés et leurs espoirs…

Je referme ce livre le coeur serré avec l’envie de pleurer. Une guerre tribale des plus violantes de l’histoire du XXème Siècle nous fait prendre conscience de la monstruosité des hommes, mais surtout de la politique menée par un pays.

Ce roman est une très belle découverte, d’autant plus car je suis née dans un pays limitrophe au Rwanda. J’ai même une photo de moi et de ma famille sur la pyramide qui se trouve exactement à la source du Nil. Je n’ai malheureusement pas de souvenir de cette époque de ma vie, mais ce livre m’a rapproché de ma terre natale. Cependant, pour ceux qui se souviennent de l’Afrique, ils se rappellent de certaines expressions, certains plats, certains aliments ou encore de certains lieux. Autour des années 80, ils ne se souviennent malheureusement pas de la Vierge « Notre Dame du Nil ». Aurait-elle été détruite suite au génocide ?

Ce livre est une merveille et je le conseille à tous ceux qui ont envie de se plonger au coeur de l’Afrique noire, de découvrir un univers inconnu et de ressentir un éventail d’émotions !

Sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rwanda / http://www.scholastiquemukasonga.net/home/


Classé dans:Livres