Grèce : le ras le bol des Grecs face à l’austérité !

Publié le 21 février 2013 par Ralph

Des dizaines de milliers de Grecs sont descendus dans les rues d'Athènes mercredi, jour de grève nationale contre les baisses de salaires et les hausses d'impôt, avec écoles fermées, service minimum dans les hôpitaux et ferries cloués au port. Photo prise le 20 février 2013. Crédits photo : REUTERS/John Kolesidis

ATHENES, par Renee Maltezou et Lefteris Papadimas (Reuters)

Au rythme des tambours et aux cris de "voleurs, voleurs", environ 60.000 participants à une manifestation anti-austérité, la plus grande depuis le début de l'année en Grèce, ont marché en direction de la place Syntagma, face au Parlement.

Des incidents ont éclaté lorsque la police a tiré des grenades lacrymogènes pour disperser les protestataires, des jeunes masqués ripostant en lançant des pierres et des bouteilles en direction des forces de l'ordre.

Les deux principaux syndicats grecs, qui représentent quelque 2,5 millions d'employés et de fonctionnaires, ont appelé à une grève de 24 heures pour tenter de convaincre le gouvernement d'Antonis Samaras de renoncer à une politique de rigueur qu'ils accusent d'aggraver les maux du pays.

La plupart des secteurs étaient à l'arrêt mercredi. Enseignants, salariés des transports publics, de l'administration fiscale ou encore banquiers se sont mis en grève à l'appel du GSEE -qui représente les salariés du privé- et de l'ADEDY, qui défend les droits des fonctionnaires.

Dans les hôpitaux, seules les urgences fonctionnaient normalement. Dans les ports, les navires sont restés à quai, les marins ayant refusé d'obéir à l'ordre du gouvernement de reprendre le travail.

"La grève d'aujourd'hui est une nouvelle initiative pour nous débarrasser du plan de sauvetage et de tous ceux qui profitent du peuple et ne nous apportent que la misère", a résumé Ilias Iliopoulos, secrétaire-général de l'ADEDY. "On est tout près d'une explosion sociale", a-t-il assuré à Reuters alors que des hélicoptères de la police survolaient le cortège.

Les efforts du gouvernement grec pour répondre aux demandes de ses créanciers internationaux -Union européenne et Fonds monétaire international- l'ont conduit à adopter une ligne dure face aux grévistes, invoquant à deux reprises cette année une loi d'urgence pour ordonner à des marins et à des employés du métro de reprendre le travail.

"LE PAYS A ÉTÉ DÉTRUIT"

Les mouvements sociaux se sont cependant intensifié ces dernières semaines, alors que le chômage dépasse 27% de la population active et que le produit intérieur brut a été amputé d'un quart depuis le début de la crise.

La visite du président français François Hollande a ainsi a été peu couverte par les médias grecs mardi en raison d'une grève des journalistes.

François Hollande a reçu mardi un accueil chaleureux à Athènes, où le Premier ministre Antonis Samaras a salué le soutien de la France à son pays, de l'indépendance de la Grèce au maintien dans la zone euro, en passant par son entrée dans l'UE. Photo prise le 19 février 2013. Crédits photo : REUTERS/Thanasis Stavrakis/Pool

"La Grèce fait un effort considérable pour retrouver le chemin de la croissance, pour vivre des jours meilleurs et au moment où nous faisons tout notre possible pour attirer les investisseurs, cette image ne nous aide pas", a dit le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou, à la radio publique.

Sous pression, le gouvernement a semblé lâcher un peu de lest en annonçant lundi qu'il ne procéderait pas au licenciement de quelque 1.900 fonctionnaires dont l'emploi était menacé.

"La grève met en évidence le gouffre qui se creuse entre la situation désespérée de nombreux Grecs et les demandes des créanciers internationaux", souligne Martin Köhring, analyste pour l'Economist Intelligence Unit, qui dit s'attendre à une augmentation des mouvements sociaux cette année.

Le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide en décembre, après des mois de tergiversations, a laissé espérer aux Grecs une amélioration de leurs conditions de vie. Or, c'est tout le contraire qui se produit.

"On est à genoux. Le pays a été détruit, les jeunes ont été détruits", dit Nikos Papageorgiou, un fonctionnaire de 56 ans. "Je suis autant révolté contre les Européens que contre nos hommes politiques. Ils devraient tous aller en prison."

"(La grève) est notre réponse aux politiques sans issue qui ont essoré la vie des salariés, appauvri la société et plongé l'économie dans la récession et la crise", souligne de son côté le syndicat GSEE. "Nous poursuivrons cette lutte tant que ces politiques seront mises en oeuvre", ajoute-t-il.

Henri-Pierre André, Hélène Duvigneau et Tangi Salaün pour le service français (Reuters)