"visitons" la pyramide de khay ...

Publié le 22 février 2013 par Rl1948

   Grâce à l'immense gentillesse du Professeur Laboury de l'Université de Liège (ULg.) - qui a eu l'amitié de m'adresser les quelques clichés qui émailleront la présente intervention, - grand merci à toi, Dimitri ! -, à droite sur la photo ci-dessous, en compagnie du Professeur Laurent Bavay de l'Université libre de Bruxelles (ULB),

je vous propose ce matin, amis lecteurs, de virtuellement visiter le site archéologique de la colline de Cheik Abd el-Gournah qu'ils fouillent depuis un certain nombre d'années.

   Avec la finalité de comprendre l'organisation des tombes privées d'une série de hauts dignitaires du Nouvel Empire, les unes par rapport aux autres, - pour quelles raisons choisir tel endroit précis de la nécropole ? ou telle conception architecturale interne ? -, la mission conjointe de ces deux universités mène depuis 1999 des recherches en ce lieu de la rive ouest de Louxor, riche d'un millier de sépultures dont plus de 400 sont superbement décorées.

   Rappelez-vous cette interview de Laurent Bavay datant de juin 2010 que je vous fis écouter hier et qui explique la découverte préalable - la "redécouverte" en fait - d'une tombe (TT C3 sur le plan ci-après),

ayant appartenu à un certain Amenhotep, substitut (entendez : premier assistant) du chancelier Sennefer (comprenez : une sorte de Ministre des finances dans la mesure où il s'occupe de contrôler le Trésor royal), dont l'hypogée (TT 96, sur le même plan = la célèbre "Tombe aux Vignes") se trouve d'ailleurs à proximité.

     En effet, après quelques années de fouilles dans le secteur qui leur avait été dévolu, c'est à partir de 2006 que les deux égyptologues belges étendent leurs recherches dans les environs immédiats et découvrent - bonheur intense d'archéologues ! - une grande cour comme celles qui, fréquentes dans la nécropole privée du Nouvel Empire, ici comme à Deir el-Medineh aussi d'ailleurs, précèdent les monumentales chapelles pyramidales des hauts fonctionnaires palatiaux.

   Il faut savoir, amis lecteurs, qu'est fort réducteur le fait de s'imaginer que les seules pyramides existant en Égypte datent de l'Ancien Empire - l'on pense en effet à celles de Chéops, Chéphren et Mykérinos, tout en oubliant souvent qu'elles furent une septantaine à être édifiées pour les différents souverains qui se sont succédé à cette époque - et parfois plusieurs d'entre elles, pour un seul et même souverain !

   Mais elles ne furent pas les seules ! En effet, au Nouvel Empire, et plus précisément à partir de l'époque de Ramsès II, les tombes - appelées hypogées -, se groupèrent essentiellement dans une montagne à l'ouest du Nil, à l'ouest de Thèbes, devenue capitale.

   Et là, dans ce qu'il est parfois convenu de nommer la "Vallée des Nobles", les grands dignitaires du royaume reçurent de leur souverain le privilège de creuser leur "maison d'éternité" qui comportait une cour dans laquelle était élevée une pyramide, certes nettement moins haute que celles des rois de l'Ancien Empire, mais néanmoins imposante.

     Enfin, et dans la seule volonté d'être le plus complet possible, permettez-moi de vous rappeler aussi celles de Méroé, ancienne capitale nubienne, au Soudan actuel, que j'avais rapidement évoquées dans une intervention dédiée au Nantais Frédéric Cailliaud et à ses voyages en Égypte et en Nubie.

   Après cette petite et nécessaire mise au point, revenons, voulez-vous, à L. Bavay et D. Laboury. En 2006 donc, ils entament leurs fouilles dans une cour qui devait, trois années plus tard, les amener à une chapelle funéraire qui se révéla être celle d'Amenhotep, déjà découverte par l'archéologue suédois Karl Piehl (1853-1904) à la fin du 19ème siècle, et perdue depuis.

   Si les textes mais aussi les peintures murales présents à l'intérieur de ce tombeau permirent de déterminer les nom et fonction du propriétaire, ils indiquèrent que Sennefer, sous les ordres duquel travaillait Amenhotep, était également son beau-père, dans la mesure où 'il avait épousé Renena, propre fille du chancelier.

     Enfin, poursuivant toujours leur prospection de la grande cour de la sépulture d'Amenhotep, ils découvrirent tout dernièrement les vestiges

d'une pyramide de 12 mètres de côté qui fut surmontée - vraisemblablement à une quinzaine de mètres de hauteur -, d'un pyramidion en grano-diorite

dont une face au moins était gravée d'un relief en creux peint représentant le défunt (petit éclat de droite ci-dessus) rendant hommage au dieu Rê-Horakhty (à gauche).

     Des briques telles que celle-ci 

ont révélé qu'il s'agit de celle de Khay, vizir de Haute et Basse-Égypte une quinzaine d'années durant sous le règne de Ramsès II et dont la tombe véritable, en contrebas, n'a pas encore été fouillée dans la mesure où elle se dissimule sous une maison villageoise ...