L'Afrique souffre de nombreux problèmes structurels, notamment d'un manque d'infrastructures qui entrave son essor économique et son développement.
Par Oasis Kodila Tedika, depuis Kinshasa, République Démocratique du Congo.
Entre 2004 et 2012, les économies africaines ont crû en moyenne de 5 % par an. En termes de croissance, c'est la deuxième région au monde la plus rapide après l'Asie en développement depuis quelques années. Au cours des dix premières années du millénaire, six des dix économies à la plus forte croissance du monde (Angola, Nigeria, Ethiopie, Tchad, Mozambique et Rwanda) appartenaient à la région. Et sur huit des dix dernières années, l’Afrique a connu une croissance supérieure à celle de l’Asie.
Cette croissance devrait impliquer un changement structurel. Or, l’on constate un changement structurel à des rythmes lents et irréguliers. Par changement structurel, il faut entendre un transfert de la main-d’œuvre et secteurs où la productivité moyenne du travail est faible vers ceux où elle est élevée, en augmentant ainsi la productivité moyenne du travail de toute l’économie. Cette transformation rime aussi avec la diversification et la sophistication des exportations et de la production, l’urbanisation et la transition démographique.
La question est : pourquoi cette lenteur ? A la base, il existe plusieurs obstacles, dont l’enclavement de certains pays, le manque de profondeur des marchés financiers, l’insuffisance d’infrastructures, les défaillances institutionnelles (corruption, réglementation du marché de travail, climat des affaires, problèmes fonciers, etc.).
Concentrons-nous sur le problème des infrastructures. Ce facteur est toujours cité comme l’un des principaux obstacles par le secteur privé, dans toutes les études. Le tableau suivant compare la situation de l’Afrique subsaharienne (ASS) à celle des autres économies à faibles revenus comme elle.
Déficit infrastructurel de l’Afrique (Source : Yepes, Pierce et Foster, 2008)
Note [1]
Ce déficit notoire au niveau du parc infrastructurel est de nature à poser des sérieux problèmes tant à la production qu’à l’exportation et ne manque pas de freiner l’industrie manufacturière. Selon les données de la Banque mondiale, le coût de l’exportation des biens à partir des pays de l’ASS s’élève à 1974 dollars par conteneur, contre une estimation médiane de 732 dollars pour les pays asiatiques.
Ces chiffres sont déjà effarants, bien que faibles car ils ne prennent guère en compte toutes les conséquences de cet obstacle sur la transformation structurelle et in fine le développement de l’Afrique. Il sied donc d’agir et d’agir vite pour essayer de trouver des solutions : allocation efficiente des ressources liées aux actifs infrastructurels, réduction de la bureaucratie inutile et non efficace, tarification optimale des services, permanence d’entretien des infrastructures, meilleure réglementation, en insistant sur l’apport du secteur privé , intégration régionale, etc.
Références :
Vivien Foster et Cecilia Briceno-Garmendia (2010), « Africa's Infrastructure - A time for Transformation », publié par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, (institution du Groupe de la Banque Mondiale), en partenariat avec: Agence française de développement, 2010.
Anton Eberhard, Vivien Foster, Cecilia Briceño-Garmendia, Fatimata Ouedraogo, Daniel Camos, and Maria Shkaratan (2008): « Underpowered: The State of the Power Sector in Sub-Saharan Africa », publié en tant que section 6 de : Africa Infrastructure Country Diagnostic, publié par la Banque mondiale.
Escribano, Alvaro & Guasch, J. Luis & Pena, Jorge, 2010. « Assessing the impact of infrastructure quality on firm productivity in Africa : cross-country comparisons based on investment climate surveys from 1999 to 2005 », Policy Research Working Paper Series5191, The World Bank.
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- La densité des routes est mesurée en km pour 100 km² de terres arables ; la densité des lignes téléphoniques par millier d’hab. ; la capacité de production d’électricité en mégawatts par million d’hab. et les autres unités d’après celle de la densité, l’accès à Internet sont en % de la population. ↩