La m-santé doit-elle évoluer pour permettre une adoption généralisée ?

Publié le 05 mars 2013 par Fabricevezin @FabriceVezin

D’après une enquête mondiale « Emerging mHealth: paths for growth » conduite par l’Economist Intelligence Unit (EIU) pour PwC, l’adoption généralisée des mobiles dans la santé est considérée comme inéluctable par plus de la moitié des médecins et des patients dans les pays développés et émergents du monde entier.

Cette étude a regroupé 1805 patients, médecins et représentants d’assureurs-maladie au total dans dix pays : le Brésil, la Chine, le Danemark, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Inde, l’Espagne, l’Afrique du Sud, la Turquie et les États-Unis.

Elle indique que les patients sont plus demandeurs de m-santé que les professionnels de santé en relevant même leurs principales attentes pour les 3 prochaines années, autour de la commodité, le coût et la qualité des soins (pour environ 50% des patients interrogés).

En termes d’impact, la m-santé est aux yeux des patients un vecteur de modification pour la façon dont ils gèrent les maladies chroniques (48 %), leur traitement (48 %) et leur santé en général (49 %). Six répondants sur dix (59 %) anticipent qu’elle modifiera la façon dont ils cherchent des informations sur les problèmes de santé, et 48 % prévoient qu’elle changera la manière de communiquer avec les médecins.

D’ailleurs, parmi les patients qui utilisent déjà les services de santé mobile, 59 % déclarent que ces services ont déjà remplacé des consultations de médecins ou des soins infirmiers.

Côté analyse, il est signalé que les utilisateurs de la m-santé, loin de prioriser les évolutions technologiques, privilégient des solutions pratiques leur permettant de traiter les services cités plus haut. On y apprend également que plus de deux tiers des patients ayant utilisé des applications bien-être avec saisie manuelle de données ont cessé de le faire au bout des six premiers mois. Privilégiant ainsi le concept de capteurs de plus en plus « transparent » pour le recueil des données personnelles à distance.

Selon l’analyse de PwC, les sociétés innovantes dans le domaine de la m-santé, doivent chercher à dépasser les barrières ralentissant l’adoption généralisée de la m-santé.

Elles peuvent contribuer à vaincre la résistance au changement en étant moins focalisées sur la recherche de nouvelles technologies, et davantage sur des solutions efficaces axées sur le patient.

Car le moins que l’on puisse dire, est que le marché des applis santé attire de nombreux acteurs. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter le dernier recensement effectué par le site MobilehealthNews en avril 2012.

Pas moins de 13 700 applications mobiles destinées au grand public en santé ou bien-être, représentant 3 % de l’ensemble des applications actuellement disponibles. Parmi ces 13 700 applis, 16,2% concernaient la surveillance des pathologies cardiaques, 14% le suivi des régimes alimentaires, 10,4% la gestion du stress, 5,4% la santé mentale et 2 % le sevrage tabagique.

Et en écho à l’étude de PwC, MobilehealthNews a identifié 3 tendances de développement :

  • des applications liées au traitement des pathologies saisonnières, telles que Allergy Advisor et iPollenCount.
  • des applications du type «gestion du cabinet médical » avec lesquelles les patients peuvent découvrir les services proposés par un praticien, prendre un rendez-vous en ligne et interagir avec les médecins.
  • des applications permettant la rééducation à domicile, rappelant au patient les exercices de rééducation qu’il doit pratiquer à domicile.

On le voit, des services très axés sur les besoins au quotidien des patients.

Mais il semble bien que la m-santé peut tendre à se développer vers un marché plus large encore en incluant au-delà des patients, tous les internautes en recherche de solutions pour leur bien-être, le maintien de la forme et de la recherche d’information santé au sens très large du terme.

Dans ce contexte,  si le premier axe de développement était d’améliorer l’appropriation du device en lui-même.

Un créneau dans lequel Android a décidé d’investir via la plateforme ANDROIDPIT afin d’éduquer les consommateurs ou patients.
Une sorte d’aide où le B-A-BA des applications, smartphones et autres tablettes est à disposition de tous, au travers d’articles, des vidéos et guide d’utilisation de ces nouvelles technologies à destination des néophytes de l’univers des mobiles. Une démarche certes marketing, car visant à cibler le prescripteur geek du foyer, mais efficace pour accompagner le changement.

 

Le deuxième axe de développement pourrait se trouver dans l’aide à fournir aux patients dans leurs choix parmi les offres surabondantes des applis mobiles

Aux Etats-Unis, afin d’aider les professionnels de santé et les patients à s’orienter, des initiatives portées par des hôpitaux et des universités médicales, tentent de proposer une classification des applis proposées dans le domaine de la santé. Citons par exemple, le portail de santé nord-américain Happtique,  élaboré par l’association des hôpitaux du Grand New York qui a mis en place une grille d’évaluation pour les applications médicales.

Comment fonctionne cette grille d’évaluation ? Une équipe de quatre experts se propose d’établir, dans les six mois, une série de critères qui permettra d’établir les bases d’un référentiel. Ce référentiel permettra de guider les patients et les médecins dans leurs choix. La mise en place d’un mécanisme de certification serait même envisagée à terme, par les responsables du projet.

Autre exemple, l’Université médicale John Hopkins, qui a lancé un programme destiné à évaluer des applications mobile en santé. Ce programme intitulé  «Global mHealth Initiative» se propose de réaliser 51 études conduites par 6 instituts et 15 départements de l’Université, soit plusieurs dizaines de professionnels de santé accompagnés de plusieurs centaines d’étudiants en médecine.

Dans un autre registre, citons également la plateforme de téléchargement spécialisée, comme WellApps , qui développe et distribue des applications m-santé (principalement pour les maladies chroniques).

Selon le site MobilehealthNews, deux approches pourraient devenir complémentaires dans l’évaluation de ces applications mobiles santé.

- La première approche traditionnelle dite « verticale » correspond à l’étude systématique des applications par l’autorité de santé, suivi d’une phase de certification qui aboutit potentiellement à un agrément.

- La seconde approche liée aux communautés de patients et aux réseaux sociaux pourrait jouer un rôle clé pour identifier et faire émerger les applications qui seraient jugées les plus utiles ou les plus ergonomiques.

 

En attendant, comment s’organise-t-on en France pour se retrouver dans cette offre pléthorique d’applis ? En fait, je dirais que c’est une bonne question…
Et j’avoue ne pas savoir s’il existe à ce jour, une solution ou une certification « officielle » qui classerait les applications médicales selon des critères qualitatifs, ergonomiques, économiques, de fiabilité ou même sur le contenu.

Toutefois, on peut citer plusieurs sites de classification, sous la forme de « stores » plus ou moins médicaux. Ou bien encore, des projets de « certification » d’applis selon des critères mis en place par des équipes médicales.

En voici une petite revue (non exhaustive et sans ordre d’importance, vous m’en excuserez, je l’espère) :

  • Le portail de services aux citoyens sur terminaux mobiles, Proxima Mobile, http://www.proximamobile.fr/appcategorie/sante
  • Le forum Dmd Santé, regroupant une vingtaine de médecins, http://forum.dmd-sante.com/content/
  • Les projets de plateformes réalisées par David Sainati, dédiées aux applications santé, Medappcare http://applisante.com/ et aux applis consacrées au bien-être, Fitinapps http://www.fitinapps.com/.
  • Un classement des applis gratuites sur la thématique forme et santé, issu de l’AppStore, via le site MonAppStore.com,  http://monappstore.com/topgenre?g=6013
Cliquer pour visualiser le diaporama.

Mais le patient est-il la bonne cible ? D’où un 3e axe de développement ; se rapprocher du patient-« consommateur » de bien-être et de santé.

En effet, de nombreux services d’e-santé existent sous la forme d’applications mobiles ou de services web, mais la plupart de ces services sont orientés vers une utilisation en situation de maladie, de mal-être ou de grand désarroi. Pourquoi ne pas accompagner le citoyen dans une démarche plus positive, en l’accompagnant dans son quotidien, en influençant les comportements pour une meilleure qualité et hygiène de vie, et en développant la confiance autour de services innovants.

Un angle de vue que semble intégrer la startup US de bien-être et d’e-Santé : Novu. Qui traite les patients comme des consommateurs dans la perspective de changer leurs comportements via un programme de santé qui se concentre sur l’engagement au long terme. Novu fournit à ses membres une interface qui leur permet d’accéder à leur niveau de santé (leur LifeScore), de choisir un objectif santé et de recevoir des conseils d’activité personnalisés pour améliorer ce score et évoluer vers leur objectif. Ils peuvent pratiquer ces activités seuls ou avec des amis qu’ils trouvent sur le site de Novu, ce qui leur permet de recevoir des points qu’ils peuvent échanger contre des produits, des bonnes affaires locales ou des dons à des œuvres sociales.

Une appli mobile et un système de motivation sous la forme de jeu – le LifeScore et les Reward Points complètent le dispositif pour optimiser l’engagement des membres.

Un axe qui permet à la start-up d’intéresser à la fois les entreprises soucieuses de la santé de leurs collaborateurs, leur permettant ainsi de créer une culture de la santé sur le lieu de travail, de diminuer le coût des soins de santé et d’accroître la productivité. Mais également, les fournisseurs de soins, qui gagnent en influence sur leurs patients en vue d’améliorer leur comportement au long terme.

Pour en savoir plus, consulter cette vidéo de présentation.

L’idée a fait également son chemin de ce côté-ci de l’Atlantique, avec la démarche assez proche de la toute jeune entreprise Umanlife. Qui propose divers services via son site web, parmi lesquels un carnet de santé virtuel pour l’ensemble de la famille. On y stocke ordonnances, radios, résultats d’analyse,… on y trouve également des solutions de coaching établissant des objectifs et des méthodes pour les atteindre dans le cadre d’un régime ou d’un arrêt du tabac. Des applis mobiles sont proposées. Un espace communautaire est également disponible pour qui souhaite dialoguer avec les personnes qui souffrent des mêmes pathologies. Bref, tout un éco-système plutôt orienté vers le bien-être et le maitien en bonne forme et santé, plutôt qu’un univers trop  »estampillé » patient  et maladie.

Et comme une bonne vidéo vaut mieux qu’un trop texte trop long à lire, je vous invite à suivre l’interview donnée par Alexandre PLE (fondateur de Umanlife) à Jean Michel Billaut. Enjoy !

Pour conclure, il est indéniable que le marché de la m-santé soit très prometteur, mais à la lecture de ces quelques exemples, il semble bien qu’il puisse encore s’organiser, se développer selon une nouvelle typologie de services accompagnant le consommateur-patient au plus tôt dans sa courbe d’expérience dans l’univers de la e-santé et des applis mobiles.

Une palette de nouveaux acteurs semble d’ailleurs, émerger autour de thèmes tels que la formation, la qualification et certification d’applis, la convergence et l’exploitation des données recueillies. Le tout formant un spectre très large en termes d’évolution du secteur. A n’en pas douter, les prochains mois seront intéressant à suivre.

Et vous, qu’en pensez-vous ?