Cinéma de Tanguy Viel

Par Sylvie

Editions de Minuit, 1999


Décidément, en ce moment, j'ai des actions aux Editions de Minuit ! Ces derniers jours, j'ai lu 2 Echenoz et deux Viel car j'ai eu l'occasion de rencontrer Tanguy Viel qui nous a expliqué sa "filiation intellectuelle" ainsi que sa conception de la littérature ; pour lui, la littérature contemporaine française doit renouer avec le réel, essayer de le transcrire le plus fidèlement possible.
C'est pourquoi sa "matière fictionnelle"fait énormément référence au cinéma, par exemple, à quelque chose que le lecteur connaît ; il ne recherche pas une intrigue brillante mais au contraire une forme originale.
Pour déguster Cinéma,il faut bien sûr avoir vu le dernier film de Joseph Mankiewicz, Le limier, l'un des chefs d'oeuvre du cinéma mondial, un jeu de dupe entre un mari trompé et l'amant de sa femme, une merveille de surprises et de rebondissements sans oublier la magie absolue de la mise en scène.
Cinéma est en fait le commentaire intégral du Limier par un "fou du Limier" : ce dernier l'a vu des centaines de fois, a noté ses sensations dans un carnet et choisit ses amis en fonction de leur avis sur le film. Lorsqu'il se fait un nouvel ami, il lui fait regarder le film et décide de l'avenir de leur amitié en fonction de son avis !
Il considère petit à petit le film comme une personne à part entère qu'il faut honorer, respecter.
Je pense que ce roman est assez significatif d'un courant de la littérature contemporaine française ; une voix ne cesse de parler au lecteur, à la limite de la folie ; c'est par exemple le cas de Lydie Salvayre. On suit un discours à la fois très raisonné et insensé sur plus de 100 pages et c'est très jouissif.
Si vous n'avez pas vu le film, surtout, regardez-le avant ! On peut se dire que ce récit est vain, prétentieux, réservé à une élite de cinéphiles. Je ne pense pas que c'est le but de Tanguy Viel. J'ai éprouvé du plaisir non en lisant les commentaires du film mais en me remémorant ce magnifique film et en m'attachant à ce personnage fou furieux de ce film.
En conclusion, un hommage déjanté à la cinéphilie la plus folle.