Black Rebel Motorcycle Club @ Trianon, 2013 march 15th – live report

Publié le 18 mars 2013 par Lecridupeuple @cridupeuple

Ça faisait longtemps et, putain, que ça fait du bien. Enfin, se replonger dans l’ambiance saine d’un concert, avec des guitares saturées, des décibels que l’on ne réduit pas, une foule qui bouge. C’était vendredi 15 mars, c’était au Trianon, c’était Black Rebel Motorcycle Club. Le trio californien y est venu soutenir son 7e album Specter At The Feast, qui sort ce 18 mars en France.

Je zappe sur une première partie que je qualifie poliment de dispensable pour arriver aux premières notes délivrées par l’équipée sauvage. D’entrée, on l’entend, pas de doute possible, c’est un concert de rock. Quasi à l’ancienne. Tous vêtus de noir : blouson en jean ou veste de cuir, lunettes de soleil ; look aussi sobre que leur scénographie, Black Rebel Motorcycle Club – BRMC pour les intimes – se concentre sur l’essentiel : des mélodies bien troussées, un gros son, une putain d’attitude.

Ne cherchez pas des bêtes de scène occupant tout l’espace d’un Trianon rempli à craquer pour la première des deux soirées programmées. Ni Peter Hayes (rescapé des mythiques Brian Jonestown Massacre) ni Robert Turner, les deux chanteurs guitaristes et, parfois, bassistes, n’ont le charisme ravageur. Elevés à la rude école du rock indé version arty, les deux frontmen, là encore, choisissent de mettre en avant ce qu’ils savent faire de mieux : de la musique.

Une musique forte, puissante, créée aux confins du rock, du blues, du psychédélisme anglais, de la country. Soutenues par une batterie majoritairement jouée sur les toms, pour les sonorités telluriques, les mélodies se développement au fil d’un mid tempo lourd mais lardé de stridences électriques. Ce mid tempo c’est ce climat ni lent ni rapide, entre deux, lequel, comme cette phrase, semble ne jamais devoir se terminer mais t’emporte tel le slammeur qui ondule de la scène d’où il sauté jusqu’au fond de la fosse, porté par la foule complice.

Tu auras compris, ami lecteur, amie lectrice, BRMC ne sont pas des trashers. Mais l’énergie qu’ils développent est bien contagieuse. Pogo ! A trois-quatre reprises, les spectateurs massés devant la scène se jettent les uns contre les autres, frénétiques, avec un paroxysme sur Whatever Happened To My Rock n Roll, très justement sous-titré punk song. Une manière pour ce gang originaire de San Francisco de rendre hommage à la scène britannique qui les inspire tant, de My Bloody Valentine à Jesus And Mary Chain.

(Prendre une photo pendant un pogo #check)

Pour autant, ils n’oublient pas d’où ils viennent et ornementent leurs accords de guitare d’effets, reverb, échos et compagnie lorgnant du côté de la country alternative, aux sources de laquelle de plus en plus de groupes indépendants made in USA semblent venir s’abreuver. Et puis, il y a ces touches de blues qui inscrivent BRMC dans une histoire musicale des plus longues. Le résultat suinte la sueur sur scène. Et, bien que millimétré, le set offre des échappées salutaires qui en font bien mieux qu’une sérieuse exécution de leurs hits. Les morceaux sont rallongés, malmenés, dopés à la bière. C’est fort, ça pulse.

Et pourtant, les deux guitaristes sont bien plus que des malmeneurs de six cordes. Il faut observer avec quelle délicatesse ils traitent leurs instruments (changés quasiment à chaque morceau) ; comment ils caressent les fausses parallèles de métal ; avec quelle subtilité ils délient leurs accords. Pour un climat aussi pesant, par moments, c’est le plus beau des paradoxes.

Certes, cette prestation de BRMC ne restera pas dans ma tête comme la meilleure que j’ai vue. Mais, la vache, ces petits gars jouent une sacrée musique. Je me répète : ça fait un putain de bien de voir un concert comme ça.

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Bonus vidéo : Black Rebel Motorcycle Club live @ Trianon, Paris, 15 mars 2013