Pourquoi Peter Sagan Fait du Bien au Vélo

Publié le 13 avril 2013 par Wtfru @romain_wtfru

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Terminator a refait des siennes. En dominant le champion du monde Philippe Gilbert, Peter Sagan a remporté mercredi la Flèche Brabançonne, première des classiques ardennaises. Fort de huit succès déjà cette saison, il a prouvé à nouveau son attirance pour les podiums, où il est pourtant plus maladroit que sur un vélo. Depuis dix jours, ses frasques protocolaires ont autant fait parler que ses performances.
Et pour cause, sur la deuxième marche du podium du Tour des Flandres lui est venue la bonne idée de pincer les fesses d’une miss pendant le baiser au vainqueur, Fabian Cancellara. Le tout en face du parterre de photographes qui n’en ont pas manqué une miette. Évidemment, le cliché a provoqué un scandale et a fait beaucoup de bruit sur la Toile. Tandis que certains ont qualifié ce geste quelque peu misogyne de « harcèlement sexuel », d’autres se sont amusés à le détourner. Le 6 avril dernier en Californie, la cycliste australienne Loren Rowney a parodié Sagan en effectuant le même geste sur un officiel remettant les médailles sur le podium. En Slovaquie où le lobby féministe a l’air plutôt calme, presque 8000 fans du coureur ont rejoint une page Facebook incitant a reproduire le cliché, afin de « soutenir l’espièglerie de Sagan et de s’opposer au puritanisme ».

Chien fou, chien battu

Le coureur slovaque a du s’excuser via les réseaux sociaux. Tandis qu’il a rappelé sur Twitter qu’il s’agissait « juste d’une blague », il a pris son plus bel air de chien battu dans une vidéo postée sur son compte Facebook pour se faire pardonner. Sagan a répondu comme un grand garçon mercredi en se rachetant une conduite. Non seulement il offre des fleurs à la miss en question lors de la présentation des équipes au départ, mais il remporte aussi la course, à la pédale, et sans célébration exubérante cette fois-ci. Car ce qui a forgé la réputation de Peter Sagan, hormis son talent monstre, c’est son côté show-man. On se souvient lors de sa révélation au Tour de France 2012 de ses célébrations à la manière d’un joueur de foot. Première victoire, il franchit la ligne en imitant un poulet. Deux jours plus tard, le voilà en Forrest Gump se baladant devant ses adversaires. Troisième succès, c’est en Hulk qu’il rugit au passage de la ligne. Comble de la facilité, il termine Gand-Wevelgem en wheelie (sur la roue arrière) et remporte sa première classique. Provocants mais jamais insultants, ces gestes flirtent avec la limite du sportivement correct et cassent les codes. Fier mais pas vulgaire, on pourrait opposer Sagan à un Mark Cavendish qui fait un bras d’honneur (anglais) aux journalistes en gagnant sur le Tour de Romandie en 2010… Et même si le geste de la « fesse pincée » n’est pas une mince affaire, les excuses ont été acceptées par Maya Leye, la miss blessée.
À l’heure où les annulations de courses n’ont jamais été aussi nombreuses et où les sponsors fuient le vélo, des coureurs de ce tempérament sont nécessaires à ce sport afin d’attirer spectateurs et investisseurs. Car c’est cela dont a besoin le cyclisme, un bon coup de jeune en donnant la priorité au show. Il suffit de regarder la stratégie adoptée dans le rugby par Max Guazzini à son arrivée à la présidence du Stade Français en 1992. Comment a-t-il réussi à intéresser un vaste public, qui plus est jeune et féminin ? En adoptant une réelle stratégie de marketing : rencontres au Stade de France, spectacles d’avant-matches, calendriers érotico-artistiques… Alors certes, pyrotechnie et nudité ne résoudront pas tous les problèmes que connaît le vélo. Mais, coureur précoce et complet, Sagan est capable à lui seul de redonner un coup de jeune à un sport qui a besoin d’être dépoussiéré des traces du passé qui lui collent à la peau. 

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