Identité nationale

Publié le 20 avril 2008 par Malesherbes
Samedi 19 avril, Brice Hortefeux était l’invité de Laurent Ruquier dans son émission on n’est pas couchés. Le ministre s’est livré à un plaidoyer pro domo capable d’arracher des larmes aux coeurs les plus endurcis. Imaginez vous que, chaque matin, il s’interroge pour savoir s’il a bien agi. Mais il ne va pas jusqu'à comprendre l’attitude de ses victimes.
Ainsi, ce pauvre Baba Traoré, victime d’un arrêt cardiaque après avoir sauté dans la Marne, pourquoi n’a-t-il pas compris qu’il ne s’agissait que du contrôle de son titre de transport ? Remarquez bien qu’il ne s’est pas noyé. Il a été imprudent, a oublié qu‘en cette saison, les rivières sont froides, et son coeur n’a pas tenu. Et tout cela avec un rein en moins, donné à sa soeur. On n’est pas très loin de la phrase fameuse de Robert Pandraud en 1986, après la mort de Malek Oussekine : "Si j'avais un fils sous dialyse, je l'empêcherais d'aller faire le con la nuit".
Maintenant je prête à notre compatissant ministre les paroles qu’il n’a pas osé prononcer : chacun sait bien que jamais un policier ne se serait avisé de demander ses papiers d’identité au noir qu’il venait d’interpeller. De la même manière que l’agent qui vous arrête parce que vous avez brûlé un feu s’interdit de vous verbaliser aussi pour un défaut d'assurance.
M. Hortefeux ne fait rien de mal, il veut simplement envoyer aux candidats à l’immigration un signal. Ils doivent savoir que, s’ils se font prendre, ils seront reconduits à la frontière. Sébastien Tellier, notre représentant au prochain concours de l’Eurovision, lui suggéra alors, plutôt que d’utiliser des avions, de catapulter ces contrevenants hors de notre territoire. Notre ministre peut être rassuré : son message est bien passé. C’est parce qu’il ne doutait pas instant de sa réalité que Baba a préféré la Marne à une inoffensive interpellation.
M. Hortefeux s’est ensuite insurgé contre l’emploi du mot rafle pour désigner ses opérations de contrôle. De même que, comme il l’a dit samedi, on ne peut faire porter éternellement aux habitants de Vichy la honte de résider dans une ville qui fut le siège d’un gouvernement criminel, le mot de rafle ne saurait être proscrit parce qu’il a été utilisé dans des circonstances où les raflés étaient promis à la mort. Lorsqu’on excelle à jouer sur les mots pour parfaire une langue de bois abominable, on se doit de maîtriser le français, partie de notre identité nationale : une rafle, c’est une arrestation massive opérée par la police à l'improviste, donc très exactement ce que l'ami Brice ordonne régulièrement.
M. Hortefeux a ensuite rendu hommage au Président Sarkozy pour avoir réinséré les électeurs du Front national dans notre collectivité. L’ennui, c’est que ceci fut fait en reprenant leurs idées funestes. La haine de l’étranger n’a aucune place dans l'identité nationale de la France, patrie des droits de l’homme. Le Ministre de cette même identité la protège donc bien mal.