Le Café Graffiti et sa grande famille

Publié le 07 juin 2013 par Raymond Viger

DE NOTRE COEUR»

«Comme tout phénomène social, le graffiti représente une énergie qui ne demande qu’à être libérée.

Cette énergie peut changer la couleur d’une ville, d’une société, d’un pays, d’une planète.

Il s’agit pour nous de débrider la peinture et d’en faire un instrument pour vivre son intensité, sa

créativité.  Allumons tous les black lights de notre cœur.

Reconnaissons en plein jour nos artistes de la nuit»

Opération Graffiti, 1997

L’aventure du Café Graffiti s’amorce en 1997, le jour où Luc Dalpé, Raymond Viger et Danielle Simard, collègues au Journal de la Rue, entendent à la radio qu’un mouvement de répression des graffiteurs est en train de prendre forme à Montréal.

Luc, un artiste-peintre qui dit «avoir appris à peindre en prison», qui «peint pour sa survie», est convaincu «qu’il ne faut pas sous-estimer la force de la peinture»; Raymond est, de son propre aveu, celui «qui passe son temps à questionner, à vouloir changer les choses, celui qui n’admet rien par automatisme ou habitude.» Quant à Danielle, qui cumule de nombreuses années d’implication, principalement dans des organismes communautaires dédiés aux femmes en difficultés, elle est «la fibre émotive, la fibre féminine» du Café Graffiti.

«Raymond, j’ai l’impression que nous nous retrouvons dans la même impasse qu’à l’époque du Refus Global», dit Luc, au moment où les empêchements et les embêtements générés par les comités anti-graffitis poussent dans les municipalités comme des champignons «On veut museler les artistes, brimer leur liberté, comme dans le temps de Paul-Émile Borduas, poursuit-il, on veut les empêcher de pratiquer leur art comme ils l’entendent.» En clair, on veut tout envoyer promener sans discuter, sans même faire un petit effort de conciliation…

Sortir de la nuit

En 1997, rentrée officielle du Café Graffiti dans le monde! C’est la réalisation, par plusieurs graffiteurs, d’une magnifique murale lors d’une exposition au Palais des Congrès de Montréal. Une grande force d’attraction se créée dans le groupe et avec le public qui les encourage. Sera suivi de l’occupation de la Place Hydro-Québec pendant 5 années consécutives. Les jeunes artistes présentent maintenant au grand jour un art qui se pratiquait uniquement la nuit.

Il y a, dans l’esprit des fondateurs du Café Graffiti, une confiance inébranlable vis-à-vis des jeunes artistes de la rue. Ils sont convaincus que beaucoup d’entre eux ont le potentiel de se créer de véritables carrières…

La suite d’une belle histoire

À partir de cette première réussite, ce que le Café Graffiti allait devenir, nul ne pouvait le prévoir. Les jeunes devaient creuser eux-mêmes le sillon… «L’humour et la critique sociale feront partie des thèmes qui nous animeront», ont écrit fort sagement, à sa fondation, les piliers du Café Graffiti.

Le local est trouvé rue Sainte-Catherine. Le Café Graffiti devient… un atelier où les graffiteurs peuvent être vus en action, une galerie où peut entrer le public, un endroit pour jaser, bref un lieu de médiation individuel, artistique et social.

Raymond arrive à dénicher de nombreux contrats lucratifs au profit des jeunes. C’est ainsi que ses graffiteurs vont réaliser les backgrounds des vitrines de l’important détaillant de vêtements Simons, à travers le Québec. Un autre jour, un client, à la campagne, leur demande de peindre les murs extérieurs de sa grange et de transformer celle-ci en œuvre d’art colorée et visible de loin pour y vendre ses produits du terroir. La Fédération Desjardins a fait réaliser par le Café Graffiti 11 étages de murales pour ses bureaux administratifs.

L’organisme est devenu, il est vrai, multiforme: le Café Graffiti est comme une PME qui vend ses services de décoration, de scénographes et d’organisateurs d’événements hip-hop; c’est un magazine bimestriel, Reflet de Société; c’est une maison d’édition appelée TNT dont le nom, qui rappelle l’explosif, encourage l’explosion des émotions.

L’organisme c’est aussi plusieurs sites Web de grande qualité, pilotés par Raymond, qui navigue dans le virtuel comme naguère le pilote d’avion et l’instructeur de pilotage qu’il était. De fait, les sites Web www.cafegraffiti.net et www.refletdesociete.com sont très bien positionnés dans les moteurs de recherche, pour toutes les personnes cherchant des informations sur des problématiques psycho-sociales traitées dans le magazine: prostitution, suicide, drogues, abus de toutes sortes.

Raymond entretient même un blogue à travers lequel il mène une veille anti-suicide sur le net auprès de divers correspondants à risque suicidaire à travers le monde.

Et, mine de rien, le Café Graffiti fêtait l’an dernier ses 15 ans!

«J’ai pleuré avec eux»

«Passe le temps et passent les années», écrivait le poète Apollinaire (1880-1918). Effectivement, beaucoup de jeunes, artistes ou non, sont passés au Café Graffiti depuis le premier jet de peinture. «On reçoit chaque mois des garçons «sentenciés» par le tribunal de la jeunesse», me dit Danielle Simard, l’une des fondatrices du Café Graffiti. Le tribunal? «Au lieu de la prison, des jeunes viennent écouler ici des heures de travaux communautaires, payant ainsi leur dette à la communauté, poursuit-elle. On leur offre la possibilité de s’arrimer à l’une ou l’autre des nombreuses activités du Café Graffiti: ce peut être de monter des ateliers de breakdance, de s’initier à l’infographie, voire même de présenter des demandes de subventions pour des projets artistiques qu’ils ont en tête.

Bref, on veut cibler avec eux quelque chose qui leur est naturel, qu’ils vont expérimenter et développer durant leur passage ici.»