Teotwawki

Publié le 28 juin 2013 par Wtfru @romain_wtfru

Ils sont américains, généralement fiers de l’être, possèdent une maison à la périphérie d’une grande agglomération entourée d’une barrière en bois blanche, possèdent un chien, ont 2,08 enfants, entrainent l’équipe de football américain dont le fils est capitaine et se défonce chaque match sous les cris de sa sœur capitaine des cheerleaders pour obtenir une bourse et aller à l’université. Ils sont évidemment divorcés, ont 3,7 armes à feu et sont prêts à tout pour survire à la fin du monde. Ne rigolez pas car ils le prendraient très mal. Ils sont ce qu’ont appelle outre atlantique les preppers, les gars qui se préparent quoi. Ils font partie de cette cohorte grandissante qui ont décidé qu’il valait mieux se préparer à toutes les formes possibles et imaginables de calamité. Ils craignent donc The End Of The World As We Know It – Teotwawki – la fin du monde telle qu’on la connaît pour ceux qui pionçaient pendant les cours d’anglais.

D’un point de vu anthropologique, il est évident qu’un humain en situation de privation ou de rationnement devient agressif, voir dangereux. Il n’y a qu’à observer de très près l’entrée d’un Apple Store lors de la sortie de l’iPhone5 alors imaginez un peu le jour où il n’y aura plus assez à manger pour tout le monde. Bob est convaincu qu’une nouvelle crise financière déboucherait sur une guerre, il est donc prêt à en découdre avec celui qui viendrait taper dans ses rations. Il craint aussi une catastrophe nucléaire, un tremblement de terre, un ouragan, une inondation, le retour de Nicolas Sarkozy en politique, un nouvel album de Faudel, la descente du F.C. Sochaux-Montbéliard en L2 ou de ne plus capter TF1 sur sa télé. Les preppers sont également appelés les survivalistes et font parti d’une réelle communauté reconnue. Ils développent ensemble des techniques de survie et repèrent à tous instants un moyen de se procurer de l’eau, de la nourriture et un peu de dope en cas de coup dur. Bob se déplace en permanence avec un sac à dos noir qui contient tout ce dont il aurait besoin pour survivre pendant trois jours : des blocs de protéine à 2400 calories, des pochettes d’eau potable, une pharmacie de secours, des allumettes, un couteau, et un poncho contre la pluie. Mais le centre névralgique de sa stratégie de survie est sa voiture, un puissant 4×4 transformé en l’occasion en véritable bunker avec « vitres blindées, une ceinture de sécurité modifiée pour pouvoir l’enlever plus vite, des armes à porté de main comme ce sabre et à l’arrière un fusil d’assaut, deux carabines, deux pistolets et évidemment les munitions qui vont avec ».

Aussi invraissemblable que cela puisse paraître, le mouvement est apparu il y a environ cinq ans et le nombre de preppers à explosé ces dernières années. Il existe des associations qui regroupent des équipes en fonction des spécialités de chacun. C’est également un bon business puisque les mecs dont nous vous parlions la semaine dernière ont flairé les pigeons et capitalisent sur la peur de la fin du monde en vendant des packs de nourriture déshydraté pour une année à 4200 dollars (au niveau du goût, ils ne verront certainement pas la différence) ou encore des bunkers de luxe allant jusqu’à 85 000 dollars pièce. Si on demande gentillement, nous sommes convaincu qu’il est possible de faire une entrée sur mesure et de calmement mais fermement prévenir sa femme qui si elle abuse sur les frites au Nutella elle devra écouter Faudel chanter le soir de la victoire de Nicolas Sarkozy sur France Télévision en duplex du Stade Bonal où les Joyriders auront mis le feu au stade pendant la tornade.

Tous ont un point commun, ils étaient à New York le 11 septembre, à la Nouvelle Orléans lors du passage de l’ouragan Katrina ou en Floride pour Sandy. Leur conclusion est claire, ils ne peuvent compter que sur eux même pour assurer leur survie. Pour les anthropologues, The survival of the Fittest ( la survie des plus fort) est donc observable chez les animaux et aux Etats-Unis d’Amérique