P. Larrouturou, J.P Gille, P.Y Collombat : Tribune du Monde

Publié le 24 avril 2008 par Marc Vasseur

On ne change pas une méthode qui perd ! Comme la méthode utilisée pour "rénover" le PS entre le 21 avril 2002 et le 6 mai 2007 a donné d'assez bons résultats, François Hollande propose aux socialistes de continuer avec la même méthode, en espérant sans doute qu'elle les conduira à "d'autres victoires".

"La rénovation du PS ? Ça ne m'intéresse pas, diront certains. C'est l'affaire des socialistes." Oui, bien sûr. C'est d'abord l'affaire des socialistes. Mais pour battre Nicolas Sarkozy et mettre en oeuvre une autre politique, c'est probablement pour le candidat socialiste que beaucoup voteront au second tour de la prochaine présidentielle. Voilà pourquoi ce qui se passe à Solférino concerne plusieurs millions de citoyens et pas seulement les quatre ou cinq équipes qui aspirent à occuper les lieux.

Il y a quarante ans, Pierre Mendès France soulignait déjà ce paradoxe : dans les semaines qui précèdent une élection présidentielle, des millions de Français se passionnent pour la politique. Mais sitôt l'élection passée, tout est fait pour que le citoyen se détourne du politique. Tout est fait pour que le citoyen s'implique le moins possible dans l'élaboration des projets et dans leur mise en oeuvre, qui sont pourtant des questions aussi fondamentales que le vote lui-même.

L'élaboration des projets ? D'après les statuts du PS, une grande convention doit être organisée tous les six mois pour approfondir un point du projet. Entre 2002 et 2007, nous aurions dû travailler six mois sur l'éducation, six mois sur la santé, six mois sur les retraites, sur l'Europe, sur le climat et la biodiversité... Nous aurions dû tenir dix grandes conventions. Nous n'en avons tenu aucune ! Cette absence de débat explique la médiocrité de notre projet présidentiel et donc une grande part de notre défaite.

Si la gauche a gagné les municipales, ce n'est pas seulement par rejet de la droite. C'est parce que, au niveau local, les élus et les militants travaillent : ils sont à l'écoute des citoyens et font des propositions concrètes ! Pourquoi ce travail qui donne de bons résultats au niveau local ne pourrait pas être entrepris aussi au niveau national ? Hélas ! ce n'est pas du tout ce que prévoit le processus de "rénovation" que vient de lancer Solférino.

Le 25 mars, lors du dernier conseil national, il n'y a pas eu un seul applaudissement quand le bras droit de François Hollande a fini de présenter la "phase 2 de la rénovation". Pas un seul applaudissement ! Il faut dire que cette "phase 2 de la rénovation" ("C'était quoi déjà la phase 1 ?", s'interrogeaient certains) n'a rien d'excitant : Solférino propose d'occuper les prochains mois à rédiger une nouvelle déclaration de principe. Une nouvelle déclaration de principe ? Pourquoi pas ! "Bâtir un monde meilleur, obéissant à la dignité de l'homme", "aller à l'idéal et comprendre le réel", bien sûr ! Nous sommes tous d'accord avec cette nouvelle déclaration de principe. Mais concrètement, on fait comment pour aller à l'idéal ?

Avec un ancien premier ministre, dix-huit parlementaires, bon nombre d'élus locaux et plus de six mille militants issus de toutes les tendances du parti, nous demandons que l'ensemble des forces de gauche se mette au travail. Sans tarder. "Pour de vrai". A plein temps. 

Dès le mois de mai, nous demandons que le PS et l'ensemble des forces de gauche se mettent à l'écoute des citoyens, des élus et des militants, des syndicats et des mouvements patronaux, des associations et de tous les économistes qui pourront nous aider à définir concrètement un nouveau contrat social.

En 1982, à Wassenaar aux Pays-Bas, les partenaires sociaux ont pris trois mois pour négocier un nouveau contrat social : temps de travail, formation, code du travail, politique de recherche, indemnisation des chômeurs, pensions de retraite... Tout a été mis sur la table pour arriver à un ensemble de propositions qui a permis, en quelques années, de diviser par deux le chômage et la précarité. De même, en France, au bout de trente ans de crise, le PS doit prendre le taureau par les cornes et se donner les moyens de construire un nouveau contrat social. Il faut prendre le temps d'un débat approfondi (ce qu'un congrès ne permet jamais) et ensuite, il faudra faire des choix. Trancher.

Mais, vu la gravité des déséquilibres (économiques et écologiques) accumulés, une réponse nationale ne peut pas suffire : nous demandons aussi que le PS invite les forces de progrès des vingt-sept Etats membres de l'Union européenne à travailler ensemble pendant quelques semaines pour clarifier les régulations nécessaires au bon fonctionnement de l'Union. Vu la gravité de la situation, n'est-il pas urgent aussi que l'Union européenne convoque un nouveau Bretton Woods pour négocier avec la Chine et les Etats-Unis de nouvelles règles du jeu monétaires, sociales et écologiques ?

Depuis le 21 avril 2002, le PS a tenu deux congrès "classiques". Nous avons passé des heures à écouter des grandes déclarations générales qui n'ont permis aucune clarification, aucun progrès réel. Au lieu de reprendre les mêmes méthodes, avec les mêmes acteurs, dans le même huis clos, pourquoi ne pas innover ? Pourquoi ne pas nous mettre vraiment au travail, en nous ouvrant à tous ceux et celles qui veulent travailler avec nous ?

De deux choses l'une : soit ce travail aboutira à un consensus (ce sera alors notre nouveau projet social), soit il n'y aura pas de consensus et c'est le congrès qui tranchera entre plusieurs stratégies possibles. Mais, si nous commençons par ce travail de fond, le congrès sera moins violent et sera l'occasion de construire un projet très concret.

Une descente en ski dépend en grande partie de l'impulsion qui est donnée dans la première longueur. De même, la capacité qu'aura (ou non) la gauche à se renouveler dans les prochaines années dépend largement de ce que nous ferons (ou ne ferons pas) d'ici au congrès de novembre.

Il n'est pas trop tard pour sortir le PS de l'ornière et créer les conditions d'un sursaut intellectuel et politique de la gauche tout entière. Tel est le sens de la pétition que nous déposerons lors du prochain bureau national du PS. L'unité de la gauche ne pouvant se faire autour d'une personne, pourquoi ne pas la reconstruire autour des valeurs et des choix politiques qui, chaque jour, nous poussent au combat ?

Pierre Larrouturou, délégué national Europe du PS
Jean-Patrick Gille, député et premier secrétaire fédéral d'Indre-et-Loire
Pierre-Yves Collombat, sénateur
du Var