Interview de Benjamin Siksou par Le Rideau

Publié le 12 juillet 2013 par Milega

Benjamin Siksou

"Le blues, c'est tellement moi !"

Dimitri Laurent 11 juillet 2013 

Après plusieurs rôles dans des films et notamment dans La Vie d’Adèle (palme d’or du dernier festival de Cannes, NDLR), une participation à la Nouvelle Star (finaliste en 2008), Benjamin Siksou est à Avignon pour un mois. En attendant l’album qui sortira probablement en 2014, Benjamin présente, dans la cité des Papes, un spectacle, Valises Blues, dans lequel il reprend des standards de blues. Entre deux pastis, l’entretien pouvait commencer.

Le Rideau : Benjamin, avant de commencer, faisons un peu de promo. Où se joue ton spectacle ?

Benjamin Siksou : Je joue Valises Blues au théâtre du Roi René. C’est une ancienne chapelle, un peu délabrée, mais intacte. C’est sublime : l’endroit parfait. J’ai écrit mon spectacle en pensant à ce lieu. Quand on est arrivé, on a posé nos bagages et on a fait la première répétition. C’est parfait, c’est l’endroit de rêve pour jouer ce spectacle.

Pourquoi avoir participé à la Nouvelle Star, toi qui sembles si pointu dans ta musique ?

On est venu me chercher sur Myspace, à l’époque où Facebook n’existait pas encore. Ils ont fait un casting sauvage. Au début, je les ai envoyés se faire foutre, et puis, au fur et à mesure, j’ai accepté. Ça ne coûte rien de jouer sa chanson devant un jury. Voilà, ça a très bien marché. Au début, j’hésitais parce que je n’avais pas d’idée précise de mon projet, c’était un peu brouillon. En sortant de Nouvelle Star, je ne savais toujours pas ce que je voulais faire. Cinq ans après, je viens de terminer mon album. Toutes les chansons sont en français, je me suis radicalisé dans mon style. Et j’ai fait plein de trucs entre temps qui m’ont nourri.

Pourquoi Avignon ? Pourquoi Valises blues ?

Avignon, pour le théâtre du Roi René, lieu sublime… Pour jouer tous les jours pendant un mois d’affilé, je ne le ferai ni à Paris, ni en tournée. J’aime bien ce genre de défi. Valises blues pour faire l’histoire, l’anthologie du blues. Mais surtout pas une théorie. J’ai écrit plusieurs textes directement inspirés des morceaux.

À partir de là, j’ai exploré les symboles du blues : ma meuf m’a quitté, je n’ai pas d’argent, je me casse. Ce sont des thèmes universels. Pour ne pas rentrer dans l’écueil du personnage du Mississippi du début du siècle, je préfère partir de moi, de mon vécu, de mes émotions, ce qui permet d’ouvrir, d’élargir. Il y a aussi un côté romantique que j’ai souhaité faire ressortir.

J’avais envie de créer un spectacle un peu hybride, textes-chansons, où je chantais les standards de tous les blues représentés : le premier blues du Mississippi, Robert Johnson, le blues crooner avec Ray Charles, le blues qui part vers le jazz, le côté Nouvelle Orléans… Au final, de la bonne musique ! À aucun moment, ce n’est un cours, une théorie, c’est une histoire.

Mon personnage, dans ce spectacle, c’est un mec qui traverse la musique blues du XXe siècle.

Peut-on chanter du blues en français ?

Oui, il ne faut pas avoir de modèle dans la tête. On ne part pas en se disant je vais faire du rock, du blues. Il vaut mieux partir de ses influences. Le blues, c’est tellement en moi ! Ça ressort dans les intonations, la sensibilité. On peut tout créer en français. La question c’est comment tu le portes ? Comment tu l’interprètes ?

C’était quoi le déclic ?

Peut-être n’y-a-t-il pas eu de déclic… J’ai des souvenirs des premières fois où j’ai découvert, écouté les musiciens. C’est souvent par le cinéma que je les ai découverts. Ah ! Quand j’ai vu les Blues Brothers ! Du vieux rhythm and blues avec une comédie sympa !

En jazz, tu écoutes quoi ?

Je suis un fou de Mingus, son orchestre de cuivres, son côté complètement délirant.

Et dans les autres styles de musique ?

En classique, j’écoute beaucoup Chopin, en ce moment. Le Requiem, de Mozart, ç’a été ma claque absolue. J’aime beaucoup les instruments seuls en classique, le piano, les sonates.

En chanson française, je suis le plus grand fan de Baschung. Il m’a beaucoup influencé. J’ai d’ailleurs eu du mal à m’en dépêtrer, à le digérer… Il a été coriace, mais je crois que j’en suis venu à bout ! Je recommande l’album L’Imprudence, c’est le Melody Nelson des années 2000. Une merveille.

J’aime aussi d’autres artistes, plus éloigné de mon univers. Barbara, Brel, Dick Annegarn, Ma vie d’artiste de Léo Ferré. De nos jours, j’aime bien Camille. Je peux écouter de la variétoche, sans honte. En voiture, j’écoute Nostalgie.

Tu viens d’une famille de musiciens ?

Ma mère est artiste peintre. Mon père travaille dans la presse, la communication, les médias.

Tu étais à Cannes pour La vie d’Adèle

C’était génial, c’était fou, c’était un triomphe. J’étais à la projection, non à la remise des prix. Je suis très loin de porter le film. Juste j’étais là, j’étais content d’être là. Il y avait une grande émotion lors de cette projection. C’était un très beau moment. La remise des prix, je l’ai vue devant la télé, chez un pote. On est mieux sur un canap’ ! (Rires)

À quel moment as-tu débuté le cinéma ?

J’ai commencé mon premier rôle en 2007. On m’avait repéré pour une série, il fallait un mec qui sache jouer du piano. J’ai répété le casting avec une amie, qui m’a présenté à son agent. Il m’a fait vachement bosser, enchainer les castings. Et surtout, ça restait un fantasme inassouvi ! Suite à plein de castings, deux ans après, j’ai obtenu deux rôles au même moment. C’était Largo Winch et un autre film, 15 ans et demi, très rigolo.

Tu as fait du théâtre ?

Pas au départ… Plus tard, j’ai fait des cours, des stages… Je travaille avec Frédéric Barbet, le coach d’une comédie musicale. On est resté proche, on bosse ensemble, ça va de Molière à Élie Kakou, pour le plaisir.

Tu écris ?

J’écris des chansons et ce spectacle bien sûr… C’est un début. On entend souvent dire « Chanter c’est se mettre à nu », mais pour moi le chant, c’est une sorte d’habit. Je me sens plus à nu lors dans les textes, que dans les chants. Le chant, c’est un peu travesti. ..."

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Source : http://www.lerideau.fr/benjamin-siksou/7293