American Vampire, l’histoire américaine a du mordant

Publié le 01 août 2013 par Fredp @FredMyscreens

En attendant le 4 volume en octobre, Urban Comics a eu la bonne idée de rééditer les 3 premières aventures d’American Vampire de Scott Snyder et Rafael Albuquerque. L’occasion de revenir sur cette nouvelle vision du mythe vampirique qui traverse l’histoire des États-Unis.

Si Scott Snyder est aujourd’hui l’un des scénaristes stars de DC Comics avec Batman, Swamp Thing et bientôt un nouveau Superman, c’est d’abord dans la branche indépendante du groupe, Vertigo, qu’il s’est fait connaitre avec sa propre création : American Vampire. Avec une véritable nouvelle mythologie en tête, c’est avec Stephen King qu’il collabore pour le premier tome afin d’installer son histoire et explorer en profondeur le personnage détestable de Skinner Sweet, un malfrat qui va devenir le premier vampire américain et semer la terreur dans le far west jusqu’à nos jours.

Le premier tome est ainsi composé d’épisodes chacun en deux parties. Nous suivons d’un côté les aventures d’une jeune actrice, Pearl Jones, en 1925 à Hollywood que Skinner Sweet va changer en vampire afin qu’elle puisse se venger de ceux qui l’ont agressé. Scénarisée directement par Snyder, cette partie nous permet d’accrocher à l’univers d’American Vampire avec des personnages auxquels on peu facilement s’identifier et nous entraine en plus dans un contexte purement américain que l’on aime (re)découvrir à la sauce vampire. D’un autre côté, c’est Stephen King himself qui écrit l’histoire de la naissance du mythe de Skinner Sweet sur le chantier de la construction du chemin de fer. Entre corruption, complots et histoires de gangsters, ce premier tome impose les bases du vampirisme selon Snyder et King, loin des clichés romantiques en vigueur. Au contraire, leur vampire est ici un démon sauvage, malsain avec un fort attrait pour le sang et un véritable charisme. Et le coup de crayon assez brut de Rafael Albuquerque ne fera qu’amplifier cette impression de violence sournoise due non seulement aux agissement des vampires mais aussi au contexte dans lequel l’histoire prend place.

Avancée dans le temps pour le second tome où Snyder se retrouve maintenant seul à la barre et continue de tracer le chemin du vampire américain dans l’histoire de l’Amérique toujours en constitution. Cette fois, nous sommes dans les années 30, pendant la dépression à Las Vegas. Le grand barrage Hoover est en construction et fait déjà naître la ville du pêché. Forcément, la prostitution et corruption attirent Skinner Sweet qui va alors affronter les conséquences de son histoire se déroulant dans le premier tome tandis que Pearl se cache maintenant avec son bien aimé. Ils vont apprendre que des chasseurs de vampires existent et pourraient le vouloir des ennuis. Avec un Rafael Albuquerque maintenant bien à l’aise avec l’ambiance de American Vampire, Scott Snyder étoffe son univers et apporte de nouveaux personnages pour faire monter les enjeux autour de Skinner Sweet toujours aussi machiavélique. Il n’y a pas de doute, l’Amérique s’est bien construite dans le sang et la série en est une belle parabole particulièrement bien écrite et rythmée.

Si le scénariste ne s’est pas aventuré du côté d’Al Capone et de la prohibition (Chicago n’était pas sur son chemin et il est toujours resté à l’ouest), il n’a pas oublié par contre la Guerre du Pacifique en envoyant ses héros se battre pour la patrie pour tomber dans le piège d’une autre espèce de vampires. Encore une fois, point de gloire pour l’Oncle Sam ici mais les dessous d’une guerre sanglante à laquelle nos héros se retrouvent mêlés pour des conséquences plus tragiques. Cette fois l’auteur ose mettre fin à la vie de l’un de ses personnages et développe un romantisme noir plus présent que précédemment mais cela ne nuit jamais à l’image des vampires qu’il cherche à mettre en place.

Virée dans l’histoire underground des Etats-Unis d’un point de vue vampirique, d’Hollywood à Hawai, American Vampire est passionnant dans la lecture qu’il donne du mythe américain mais aussi à un niveau beaucoup plus intime avec des personnages complexes que l’on apprend à aimer détester. Scott Snyder apporte du sang frais et brut au genre et aux comics accompagné d’un Rafael Albuquerque en pleine forme pour créer une ambiance à la fois lourde et oppressante. Une saga à lire et à poursuivre en octobre avec le 4e tome où devraient apparaitre Elvis et James Dean !