Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

Publié le 03 août 2013 par Chatquilouche @chatquilouche

Il est élégamment vêtu, comme tous les jours : ce n’est ni pour elle ni pour lui qu’il prend soin de choisir chacune de ses tenues, seul son sang milanais est responsable d’un tel raffinement.  Il voit comme une simple politesse le fait de s’habiller le mieux possible, de ne négliger aucun détail, aucun pli malvenu.  Il faut se présenter au monde sous sa meilleure apparence – cacher le probable gouffre.  Des pantalons de lin couleur sable, une chemise tunisienne blanche et discrètement griffée font ressortir son bronzage impeccable et son sourire étincelant.  Chaussures en toile foncées, montre rutilante.  Les épaules en arrière, le cou bien dégagé et les bras qui ondulent légèrement à chaque pas lui donnent une démarche à la fois féline et nonchalante.  Il a plaqué ses cheveux bouclés en arrière ; ils sont trop longs, mais il lâche un peu du lest de ce côté-là.

Ici les filles ne regardent pas les hommes : elles les dédaignent.  Ce sont elles les reines du jeu et, même si elles éprouvent quelque attirance pour lui, elles ne s’abaissent pas à lui lancer un regard.  Ici l’homme doit lutter pour entrer dans les bonnes grâces d’une belle, d’où cette nécessité de développer un art de la séduction appuyée.

Ses lunettes de soleil ajoutent au mystère qui émane de sa fine et haute silhouette.  Il dégage une assurance mêlée d’indifférence au monde et, pourtant, derrière les verres fumés qui le protègent avec classe de l’ardeur solaire, il observe chaque femme qu’il croise.  Parfois il se retient, il prend sur lui pour ne pas se retourner sur un corps parfaitement galbé dans une robe courte – il sait rester discret.  Il a dans le sang cette fascination pour la femme qui rend si souvent l’Italien caricatural aux yeux des étrangers.

Il aimerait être libre de les charmer toutes, mais, dans son cœur ou son esprit, l’ombre de son amante monte la garde, agressive, exigeante et, même si elle ne marche pas à ses côtés, il craint son courroux comme l’apocalypse.  Alors il se contente de regarder, de fantasmer, bien à l’abri derrière ses lunettes.  Les quelques autres femmes qu’il a dans son lit sont des fantômes, il les traite avec dédain, rapidement – elles n’existent pas, chérie, je te promets que tu te fais des films.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.
(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)