Dix points à retenir de la #CNMJ, Google et Quartz fêtent leur anniversaire, les journalistes en France… La semaine

Publié le 29 septembre 2013 par Mentre

Comment se porte le journalisme ? Pas trop mal en terme d’innovation, c’est du moins ce que j’ai retenu de la 4e Conférence nationale des métiers du journalisme qui s’est tenue les 26 et 27 septembre à l’Unesco. L’innovation est aussi au cœur d’une entreprise comme Google, qui fêtait son quinzième anniversaire et du prometteur Quartz, qui lui soufflait sa première bougie. Pour finir, une bonne nouvelle: le nombre de journalistes titulaires de la carte de presse a de nouveau augmenté en 2012 après deux ans de baisse. Voilà pour la semaine du lundi 23 au dimanche 29 septembre 2013.

  1. La conférence nationale des métiers du journalisme : dix points à retenir
  2. Google fête ses quinze ans
  3. Quartz, un an d’existence et déjà devant The Economist aux États-Unis
  4. Le nombre de journalistes en France augmente de nouveau


1. La Conférence nationale des métiers du journalisme

Aujourd’hui, il y a deux manières de regarder l’évolution des médias: la première consiste à ne retenir que la lente agonie des journaux papiers, les licenciements de journalistes par dizaines -ou à l’échelle de pays, par centaines- et leur précarisation, à estimer que parvenir à un nouveau modèle économique viable pour les médias n’est pas possible, etc. L’autre consiste à explorer les voies novatrices, à s’en tenir à cette idée qu’il faut explorer mais que tout est expérimental donc faillible et qu’aboutir à la rentabilité sans perte de qualité est possible.

Cette précaution est nécessaire, car les participants à la première journée de la 4e Conférence nationale des métiers du Journalisme [CNMJ], ce 26 septembre 2013, eurent à subir ce chaud-froid. Je ne m’appesantirais pas sur l’aspect « glacial », [ceux qui le souhaite trouveront tous les éléments d'information sur L'Observatoire des Médias, qui a tenu le live des deux journées, ou le site de la CNMJ]  pour ne retenir que  le chaud à savoir la table-ronde consacrée aux « Stratégies d’entreprise et rédaction ».

Elle rassemblait trois Britanniques, Jon Henley du Guardian -@jonhenley-, Lilian Landor de la BBC et Clare Cook de l’University Central Lancashire -@cecook-, deux Suisses, Christian Maurer de Blick, du groupe Ringier – et Pierre-François Chatton de la Radio-Télévision Suisse, et côté français Paul Ackermann du Huffington Post -@paulac- France et Marcel Quiviger du Télégramme. J’en ai retenu les dix points suivants

  1. L’information a besoin de bons journalistes. Il faut toujours aller la chercher et toujours savoir la traiter. Marcel Quiviger le dit « au Télégramme, nous avons besoin de chercheurs d’infos »; Paul Ackerman raconte que sa rédaction à la croissance champignonnesque (elle est passé en un an de sept à une vingtaine de personnes) est certes composée en majorité de journalistes pur web, mais pour trois spécialistes [peut-on dire encore "rubricards"?], politique, économie et lifestyle, l’essentiel était que ces journalistes maîtrisent leur domaine.
  2. L’importance des réseaux sociaux. Inimaginable de ne pas travailler avec eux. Par exemple, à la RTS, Twitter est devenu la première source d’information. Au Guardian, la  rédaction (450 journalistes) compte aujourd’hui vingt community coordinators dont le travail est de mettre les médias sociaux « dans le processus du journalisme », explique Clare Cook et de nouvelles spécialités naissent comme social media reporter, dont le nom seul résume l’activité. Les réseaux sociaux sont certes un outil de recherche d’infos, mais aussi de publication comme l’explique John Henley qui a réalisé un reportage de A à Z avec Twitter. C’est aussi un outil de promotion personnel ["tous les professionnels doivent savoir promouvoir leur marque personnelle", dit Clare Cook], mais aussi pour le media lui-même. Par exemple, à RTS, Facebook est utilisé -entre autres- pour toucher un public plus jeune.
  3. L’alliance de start up et de médias établis. C’est par exemple Quora qui travaille désormais avec la BBC, Audioboo avec le Guardian ou encore Storify qui multiplie les partenariats.
  4. La fusion des rédactions pour mieux se redéployer. La salle de rédaction unique « multimedia » et « multiplateformes » est le modèle vers lequel tendent les médias. À Blick, par exemple, trois rédactions « qui se faisaient concurrence » ont été regroupées. À la RTS, la fusion des quatre chaînes radio et des deux chaînes TV a été décidée car « il nous fallait faire la convergence » explique P.F Chatton, ce qui a permis le développement sur le web; aujourd’hui, RTS.ch est le principal site d’infos suisse. À la BBC, une newsroom commune a été construite pour, explique L. Landor, « faire des économies et aussi nous donner des moyens éditoriaux. Cela nous permet de nous centrer sur le contenu et non sur la plateforme. »
  5. La recherche de la souplesse. La souplesse dans l’organisation est systématiquement recherchée. Par exemple lors d’événements importants, comme l’attaque du centre commercial Westgate de Nairobi au Kenya, la BBC met en place des story communities, qui regroupent des journalistes spécialisés, mais aussi des journalistes des services de langue (par exemple pour le Kenya, de la rédaction Swahili), et qui ont vocation à se dissoudre une fois l’évènement passé.
  6. Une plateforme commune de publication « tous supports ». Tous les médias cherchent à s’équiper d’une plateforme commune qui permettrait de publier sur les différents supports. C’est là-dessus que travaillent notamment la RTS et Le Télégramme.
  7. Des journalistes aux multiples compétences. « Aujourd’hui, un journaliste doit être trimédia », résume P. J. Chatton. C’est-à-dire qu’il doit maîtriser le texte, l’audio et la vidéo.
  8. Le public est aux commandes.  »Le journaliste ne contrôle plus l’info, dans la plupart des cas, le public est au commande et veut consommer l’information tout de suite. », dit Lilian Landor, qui insiste « notre public est bien informé et il est aussi à la point de tous les développements techniques ». D’où l’importance des réseaux sociaux, du dialogue qu’ils permettent d’instaurer, d’où aussi l’importance des UGC [Contenus générés par les usagers], qui permettent de faire remonter rapidement l’info, mais il n’est pas question, à la BBC en tout cas, de céder sur la la qualité sur ces contenus. Une équipe est dédiée à la vérification des contenus, qui peut-être extraordinairement sophistiquée. Pour une vidéo qui venait de Syrie, cette équipe a vérifié l’accent employé par les personnages de la vidéo (s’agissait-il de l’arabe de la région supposée ?), les plaques d’immatriculation des voitures (plaque syriennes, de la région, etc.), la météo du jour où la vidéo avait censée être tournée, etc. Au final cette vidéo sera rejetée. Un processus essentiel pour L. Landor:   »Le public a tellement de choix, qu’il pourrait se passer de la BBC. S’il lui fait confiance, c’est à cause du travail et de l’intégrité de ses journalistes ».
  9. le journal papier, « une distraction ». « Les journalistes de la rédaction du Guardian sont de plus en plus convaincus que produire un journal papier est une distraction. On préférerait ne pas le faire ! », dit Jon Henley.
  10. la concurrence. Elle est inégale, car les concurrents sont maintenant des acteurs globaux, dont les propriétaires ont « des poches sans fond ». Ce sont pour la BBC ou le Guardian, Al-Jazeira, propriété du Quatar, ou CCTV propriété du gouvernement chinois.

Retour au sommaire


2. Google fête ses quinze ans 

Le garage de Susan Wojcicki au 232 Santa Margarita à Menlo Park, où est né Google, en 1998 – D.R.

Google est donc né il y a quinze ans, le 27 novembre 1998, dans le garage de Susan Wojicji, qui est aujourd’hui une cadre supérieure du groupe. Pour les nostalgiques, Mashable a regroupé quelques photos montrant la vie dans le garage. Google lui-même s’est amusé à recréer les pages de recherche telles qu’elles se présentaient à l’époque [le lien ici].

Mais laissons l’histoire. Aujourd’hui, Google est en position (ultra-)dominante dans la recherche, avec aujourd’hui une part de marché mondiale de 65,2% [le suivant, le Chinois Baidu n'est qu'à 8,2% !], qui se monte dans certains pays comme la France à 94%! La moindre évolution de Google a donc un impact immédiat sur la visibilité des différents sites. Or, sans prévenir, Google vient de modifier profondément son algorithme, une mise à jour baptisée du nom poétique de Hummingbird ["colibri"], parce que ce nouvelle version est « précise et rapide ». Elle -les dirigeants de Google seraient-ils sentimentaux?- a été présentée dans le garage ou est né Google. [Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, Readwrite a réalisé une timeline de l'évolution de la recherche chez Google]

Hummingbird est de facto une application du web sémantique, la recherche ne se faisant plus sur des mots isolés mais sur des mots contextualisés dans une phrase. L’objectif, explique en substance Danny Sullivan de Search Engine Land, est d’obtenir des résultats meilleurs qu’avec une recherche portant sur quelques mots. Cette réforme est liée à d’autres comme l’importance sans cesse croissante de la recherche vocale très utilisée en particulier sur les appareils mobiles, qui conduit les gens à chercher par phrases entières plutôt que par mots isolés ou groupes de mots.

Mais c’est le présent, pour le futur de son cœur de métier, Google travaille -entre autres- sur trois pistes qui sont:

  1. la suppression des cookies. USA Today au début du mois de septembre a révélé que Google travaillait à un système alternatif aux cookies, ces fichiers qui permettent aux éditeurs de site et aux publicitaires de conserver une trace des visiteurs. Depuis plusieurs années maintenant des dispositifs « anti cookies », ou anti-traces ont été installés (dans certains cas par défaut) dans les principaux navigateurs, notamment Firefox, Safari et Internet Explorer, à l’exception de Chrome. Deux autres facteurs jouent  : Facebook a son propre système de « traçage » ainsi qu’Apple pour ses appareils mobiles [IFDA, détails ici]. C’est donc en réaction à ces évolutions que Google est amené à proposer son propre système « non cookie » qui s’appelle AdID. Il se substituerait aux cookies des annonceurs, lesquels seraient clairement les perdants dans cette évolution, puisqu’ils n’auraient plus la possibilité de « traçer » leurs performances auprès des internautes.
  2. l’anticipation des résultats dont l’application pour mobiles Google Now ou Google Instant ou encore le Google Knowledge Graph ne sont que des préfigurations. L’objectif est bien de faire une analyse prédictive de ce que cherchent les individus. Par exemple, Google sait que vous aimez déjeuner d’une pizza (et lesquelles) et lorsque vous passerez à côté d’une pizzeria vers midi/treize heures votre mobile vous alertera.
  3. le cryptage des recherches. Cette réforme déjà amorcée il y a deux ans, en octobre 2011,  qui était réservé à ceux qui étaient loggés avec leur compte Google, a été ouvert à tous, en particulier aux utilisateurs de Chrome, le moteur de recherche de Google, désormais dominant. Cette évolution est peut-être l’une des conséquences du scandale Prism, puisque le cryptage des requêtes rendrait plus difficile leur analyse par la NSA. Mais léger problème, les éditeurs sont du coup devenus aveugles sur le nombre de clicks sur les liens, les requêtes étant masquées. [Pour aller plus loin, ici et là]

Ces évolutions ne se font pas dans un environnement très serein pour Google dont la taille commence à effrayer, la politique d’évasion fiscale à énerver, et aussi l’attitude dilettante vis-à-vis du copyright  comme c’est le cas actuellement en Grande-Bretagne [par exemple ici]. En Europe, on attend d’ici quelques semaines les décisions de la Commission européenne, concernant la politique anti-concurrentielle  du géant de la recherche. Aux États-Unis, une juge californienne, Lucy Koh, vient de décider que le service de messagerie de Google, Gmail, violait une loi fédérale de protection de la vie privée en scannant systématiquement les mails de ceux qui ont un compte gmail et aussi de ceux qui n’en possède pas [détails ici].

De tout cela, il n’est guère question en France. L’important est la mise en place du fonds pour l’innovation numérique, qui est le fruit d’un accord entre l’Association de la presse d’Information politique et générale (AIPG), qui regroupe la plupart des grands titres de presse, et Google. Ce sont 60 millions d’euros – sur trois ans- qui seront à répartir entre les différents titres. [lire Google et les éditeurs français, ou le voyage de Gulliver à Lilliput]

  • Bonus : si l’on veut quelques détails sur la conception qu’à Google de l’information, on peut lire les propos de Hal Varian, son chef économiste, le 25 septembre 2013, lors de la remise du prix È Giornalismo à Milan.

Retour au sommaire
3. Quartz, un an d’existence et déjà devant The Economist aux États-Unis

Quartz est un rameau de cet arbre prolifique qu’est devenu le site The Atlantic. Son succès est prodigieux. En juillet, avec 2 millions de visiteurs uniques, il aurait dépassé aux États-Unis, selon les chiffres provisoires de ComScore,The Economist [1,6 millions] et se rapprocherait du Financial Times [2,4 millions], comme on le voit sur la courbe ci-dessous:

Quartz : un an de croissance

Si l’on élargit le spectre, le succès est peut-être encore plus impressionnant, puisqu’en juillet 2013 toujours, Quartz aurait atteint 5 millions de visiteurs uniques, et The Economist 7,9 millions [voir Quartz passes The Economist in U.S. Traffic]. Mais tout cela est à confirmer.

Les clés du succès de Quartz repose sur plusieurs facteurs, dont en premier lieu une rédaction solide de 25 journalistes polyglottes [à eux tous ils parlent couramment 19 langues]. Ces journalistes on a leur disposition des outils qui leur permettent de créer facilement et rapidement des infographies, y compris pour des breaking news. Il le faut d’ailleurs, car le site publie en flux entre 30 et 40 articles par jour. Visuellement, le site a été conçu [sur une base de WordPress] d’abord pour les tablettes et pour un usage tactile, répondant ainsi à une évolution majeure du marché de l’information. Une grande attention est aussi portée aux réseaux sociaux, qui représenterait selon Jay Lauf son éditeur potentiellement 60% du trafic du site.

Le site est aussi innovant. Il autorise désormais les commentaires paragraphe par paragraphe, comme le montre l’exemple ci-dessous :

Le plus intriguant tient sans doute au modèle économique du site, qui vise l’équilibre pour 2015. Un bel exploit pour un site gratuit et qui entend le rester. Le secret tient dans une politique de « sponsoring », ou si l’on préfère de « native advertisings« , produits par un nombre limité d’entreprises. Les articles « sponsorisés » s’affichent dans la colonne sommaire avec la claire mention « Sponsor Content » et dans un cartouche légèrement grisé. L’intérêt est un grand confort de lecture, puisque les pages ne sont pas polluées par des bannières et autres publicités intrusives. Le revers de la médaille est que l’internaute doit lui-même faire le distinguo entre l’article produit par la rédaction et celui qui l’est par un sponsor. [Plus de détails ici]

Retour au sommaire
4. Les journalistes en France, en 2012

Je vous laisse découvrir les statistiques dressées par l’Observatoire des Métiers de la Presse. Pour ma part je ne retiens qu’un chiffre [voir graphique ci-dessous], à savoir que le nombre de journalistes en France titulaires de la carte de presse a recommencé à augmenté en 2012. C’est un frémissement, mais comme il y a peu de bonnes nouvelles en ce moment, autant prendre celles qui se présentent.

Le nombre de journalistes avait diminué en France ces dernières années, atteignant un point bas de 37.286 titulaires en 2011. En 2012, la croissance -modeste- a repris, puisque la Commission de la Carte a délivré 37.477 cartes.

Retour au sommaire