Et maintenant, les usagers de la route vont prendre cher

Publié le 07 octobre 2013 par Copeau @Contrepoints
Édito

Et maintenant, les usagers de la route vont prendre cher

Publié le 7/10/2013

Bon, le vin, les boissons énergétiques, c'est bon, ça va morfler. Les jeux vidéos, le racket se met en place. Les technologies modernes, Fiscaletti s'en occupe. Et pour Amazon, le carpet bombing a démarré. Maintenant, on va pouvoir s'attaquer au Code de la route, qu'on a laissé tranquille depuis plusieurs semaines.

Oui, on sentait le gouvernement un peu endormi sur les questions de sécurité routière. Notez que les distributeurs automatiques de procès-verbaux, installés le long des lignes droites des autoroutes ou aux sorties dégagées des agglomérations, qui avaient été mis en place par l'abominable gouvernement de droite sous le dictatorial Sarkozy, n'ont pas disparu, rendant manifestement un trop grand service aux nouveaux arrivants. Et pour le reste, on ne peut pas parler d'un quelconque assouplissement récent.

Mais quand bien même : tout ceci ne pouvait pas durer. Et c'est donc une nouvelle fournée de mesures qui se profilent à l'horizon. Leur but général ? On ne sait pas trop bien, mais il semble qu'une petite catégorie de personnes au pouvoir veut en finir définitivement avec le reste de la société française, par une asphyxie aussi lente que possible.

Prenez, par exemple, la préfecture de police de Paris et son rapport ambigu au vélo. Avec la cohérence qui caractérise maintenant tout ce qui se passe en France, on découvre que tout ce qui sort du Vélib delanoësque sera plus ou moins sévèrement enquiquiné. Dernière idée géniale en date : toute « unité constituée », c'est-à-dire tout groupe de pédaleurs à partir de deux, devra déclarer son parcours en préfecture.

Oui, vous avez bien lu. Pour la Préfecture de Police de Paris, la rencontre de deux cyclistes sur la voie publique marque le début d'une « randonnée », cet acte quasi-séditieux de deux personnes ou plus qui partent bras-dessus, bras-dessous, à la découverte du monde qui les entoure et tentent, à l'évidence, de semer le chaos et la misère autour d'eux et notamment dans l'ordre automobile (au contraire des voies de bus, de Paris-Plage, des interventions douteuses de flics à la circulation place de l'Opéra quand il fait beau ou des opérations de vendanges fiscales par pervenches ou radars mobiles interposés). On comprend qu'il fallait agir vite et fort.

Bien sûr, on pourrait applaudir à toute nouvelle méchanceté lancée dans les roues des cyclistes ; après tout, ils forment, avec les jongleurs, bateleurs et autres spécialistes du diabolo urbain acoquinés ou non avec des punks à chiens, les victimes expiatoires toutes désignées d'une société qui a bien besoin de se passer les nerfs de temps en temps. Mais n'oublions pas qu'à l'évidence, les cibles suivantes, après les cyclistes, seront les piétons et les automobilistes, et que pour ces deux catégories là, il n'y a aucune combinaison moulante en spandex jaune qui excuserait le moindre acharnement.

Même s'il peut en coûter à l'honnête homme de défendre les citoyens pédaleurs éco-conscients qui n'ont pas le réflexe qui sauve (crever les pneus des vélibs), il faut quand même rester vigilants.

D'ailleurs, l'offensive sur les piétons est déjà en route, et elle est lancée par un sénateur, un certain Pierre Bernard-Reymond. Bien qu'entré tout petit dans la politique (il a été élu la première fois en 1971, et n'a donc jamais connu autre chose que les palais de la République), il a réussi à conserver un profil suffisamment pastel pour être à peu près inconnu de la vie politique nationale et ne s'est distingué par aucun fait d'arme saillant si ce n'est d'exister et de toucher consciencieusement ses indemnités, qui de député, qui de député européen, qui de conseiller général, qui de conseiller régional, qui de sénateur, qui de maire.

Cette absence presque complète de toute notoriété nationale ne pouvait plus durer. Après 42 années passées au crochet du contribuable, il lui fallait se rappeler à son existence, par exemple en formulant une question écrite à Manuel Valls, demandant « s'il n'estime pas utile, pour assurer une meilleure sécurité des piétons, de leur interdire l'usage du téléphone portable ».

Eh oui, il est comme ça le Pierrot, gourmand avec la liberté des autres et pas avare de leur sécurité et de ces mesures qui pensent à leur place. En substance, une interdiction tomberait pour les piétons qui, l'oreille collée au GSM, traverseraient les passages piétons ou une voie ouverte à la circulation (pour le trottoir, c'est confus, mais on imagine que ce serait aussi interdit, pour faire plus simple). Et comme l'utilisation d'un portable moderne peut aller d'une conversation à l'écoute de la musique, par exemple en faisant son jogging, on imagine sans mal le bonheur sucré dans lequel vont baigner d'un côté les piétons qui vont se faire verbaliser pour ça, et de l'autre la police (municipale ou nationale) lorsqu'il s'agira d'appliquer cette interdiction.

Accessoirement, lorsqu'on voit certains de nos élus, toujours constamment scotchés à leur appendice technologique de simulation de vie sociale, on se dit que les premières victimes d'une telle prohibition vont mettre un peu de piment dans la vie politique morne de ce pays.

Et pour les automobilistes, ne comptez pas vous en sortir mieux que les cyclistes ou les piétons. Bien sûr, vous savez déjà que le gouvernement vous en veut, personnellement, tant vous êtes mobiles. Les écolos vous en veulent au moins autant puisque vous polluez. Les maires vous en veulent parce que vous ralentissez leurs travaux grandioses, de voirie ou architecturaux. Pire : les cyclistes vous haïssent, et les piétons vous méprisent.

Eh bien petit à petit, on va réduire encore un peu votre liberté de mouvement, en abaissant encore les vitesses maximales sur les routes. Commandé par un des nombreux socialistes assumés qui pullulent actuellement dans nos élus, le rapport rendu par le comité d'experts du Conseil National de la Sécurité Routière (CNSR) contient la recommandation de réduire la vitesse autorisée à 80 km/h sur les routes où elle est limitée à 90. Voilà qui va franchement aider alors que la première cause d'accidents est la baisse de vigilance au volant, provoquée par l'assoupissement ! Rouler à 90 sur certaines voies rapides était déjà un calvaire de mollesse, l'antithèse poignante de la palpitance, le contraire parfait de l'excitation ; passer à 80 (ou même à 60 ou 50, tant qu'on y est) va transformer un trajet pénible en torture cotonneuse. Attendez-vous à voir, au contraire de ce que préconisent ce comité d'experts, une hausse du nombre de morts les dimanches après-midi, sur les retours post-prandiaux de déjeuners familiaux trop copieux.

Rappelons d'ailleurs que dire que la vitesse est la première cause est une tautologie idiote qui n'apprend en réalité rien du tout : à l'arrêt, le nombre de mort en voiture est à peu près nul. Et en définitive, ce qui tue au volant est toujours une accélération trop violente...

Ah et puis rassurez-vous : la diminution de la vitesse n'est qu'un aspect parmi d'autres idées étouffantes du comité, puisqu'ils vont aussi proposer l'introduction de boîtes noires dans autant de véhicules que possible.

Je résume : les piétons sont fliqués, les cyclistes sont surveillés et les automobilistes sont fliqués, surveillés et ralentis.

Le changement, c'est maintenant, mais de plus en plus lentement. Et paradoxalement, quand on va se prendre le mur, cela fera encore plus mal.
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