Critique Ciné : Capitaine Phillips, histoire vraie

Publié le 20 novembre 2013 par Delromainzika @cabreakingnews

Capitaine Phillips // De Paul Greengrass. Avec Tom Hanks, Catherine Keener et Barkhad Abdi.


Alors que le film est dans la course pour les prochains Oscars, je me suis posé tout un tas de questions. Tom Hanks est éblouissant dans le rôle du Capitaine Phillips mais je ne pense pas qu’il mérite l’Oscar cette année (notamment car à côté on a du Forest Whitaker qui ne mérite que ça pour sa prestation dans Le Majordome). Si Tom Hanks délivre ici une prestation investie dans laquelle on sent qu’il met toute son énergie, c’est aussi grâce à Paul Greengrass et sa facilité déconcertante à nous plonger dans des univers nerveux et angoissant. Car mine de rien, durant plus de deux heures, le film parvient à nous scotcher au fond de notre fauteuil (malgré une petite longueur sur la fin). La caméra embarquée, les gros plans, etc. toute la mise en scène de Paul Greengrass participe à cette effluve de folie qui parvient à mettre en avant quelque chose de terrible. C’est d’autant plus terrible quand l’on sait que tout cela est tiré d’une historie vraie. Capitaine Phillips ne souffre pas non plus de la comparaison avec son homologue suédois Hijacking, les deux films ayant tous les deux des qualités complémentaires.
Capitaine Phillips retrace l’histoire vraie de la prise d’otages du navire de marine marchande américain Maersk Alabama, menée en 2009 par des pirates somaliens. La relation qui s’instaure entre le capitaine Richard Phillips, commandant du bateau, et Muse, le chef des pirates somaliens qui le prend en otage, est au cœur du récit. Les deux hommes sont inévitablement amenés à s’affronter lorsque Muse et son équipe s’attaquent au navire désarmé de Phillips. À plus de 230 kilomètres des côtes somaliennes, les deux camps vont se retrouver à la merci de forces qui les dépassent…
J’ai adoré la sobriété de Hijacking, énormément centré sur les émotions de chacun. Ce que fait Paul Greengrass c’est qu’il nous offre plusieurs points de vue et pas seulement celui des otages mais aussi celui des pirates. Cela permet de s’impliquer encore plus dans le film et surtout de comprendre un peu mieux comment tout cela fonctionne. Du coup, Capitaine Phillips nous offre une histoire particulièrement réaliste. Surtout que l’ambiance qui s’installe au fur et à mesure que le film avance est de plus en plus angoissante. On a l’impression que le film ne veut pas s’arrêter et qu’il ne veut jamais laisser tranquille nos héros. Paul Greengrass parvient à éviter de tomber dans le film mécanique qui ne cherche pas à trop se prendre la tête. Au contraire, il y a tout un aspect humain que Capitaine Phillips parvient à mettre en avant et que je n’aurais jamais vraiment pensé possible. J’ai ressenti pas mal d’émotions devant ce film, notamment en partageant la douleur du héros dans les moments les plus difficiles.
Le film parvient également à développer une petite réflexion de fond sur la situation des pirates et notamment de Muse qui a envie de sortir de là mais qui se retrouve pirate car il n’a pas d’autre choix pour subvenir à ses besoins. Il a même des rêves, notamment d’aller aux Etats-Unis (le rêve américain fait encore rêver beaucoup de gens, et notamment les pays du tiers monde). Ou encore ce jeune garçon qui n’a même pas encore la majorité et qui se retrouve là à faire ce qu’au fond il n’avait pas envie de faire. Capitaine Phillips est donc une très bonne et belle surprise. Paul Greengrass nous prouve encore une fois à quel point il sait maitriser au diapason ce genre de drames. Il avait déjà réussi à mettre en scène l’histoire du Vol 93 avec beaucoup d’énergie, sans jamais tomber dans le pathos inutile.
Note : 9/10. En bref, une vraie réussite réaliste avec un Tom Hanks impeccable.