Création d'entreprise transfrontalière : Catherine Trautmann répond !

Publié le 22 novembre 2013 par Alsagora @alsagora
Start Hop a organisé 5 rencontres transfrontalières en 2013 à Offenburg et à Strasbourg pour des porteurs de projets français et allemands.
Ce type de manifestation bilingue permet d'ouvrir le dialogue entre créateurs et jeunes entrepreneurs français et allemands et fait partie d'un cycle de 5 rencontres sur la période de mars à novembre 2013.
Catherine TRAUTMANN, Député Européenne réagit :
Que pensez-vous de ce dispositif transfrontalier en tant que député européenne?
Catherine TRAUTMANN - Député Européenne : «Les Cafés à Projets qui sont organisés par StartHop est un programme qui est innovant et je crois, qu'il faut d'abord souligner cette dimension. Jusqu’à présent, on a commencé progressivement, cette vision d’un bassin d’emploi transfrontalier, mais comme nous avons centré notre feuille de route sur l’entrepreneuriat, c’est normal de vouloir s’ouvrir à tous ceux qui veulent porter un projet, créer une activité. C'est une façon bien sûr, de lutter contre le chômage, mais c'est une façon aussi de développer les activités, de développer l'emploi, de développer la richesse économique de notre bassin transfrontalier. Donc le faire ensemble, allemands et français, c’est élargir les possibilités, dans la mesure où, on peut s’adresser d’emblée, à un marché français, un marché allemand et que l’on peut avoir un rayonnement beaucoup plus grand et donc des chances démultipliées. C'est une façon aussi, de répondre à ce qui est une orientation très forte sur le plan européen: le soutien aux TPE et aux PME, le soutien à la création d'entreprise et bien sûr la dimension européenne, en l'occurrence transfrontalière. C'est la raison pour laquelle la Commission Européenne regarde avec intérêt les Cafés à Projets: 190 projets connus, une vingtaine déjà partis, c'est un taux très impressionnant d'intérêt, de succès et je pense, que ça montre la dynamique que nous avons, dans notre zone géographique.» 
 Et cette innovation, que représente-t-elle au niveau local, sur le territoire de l'Eurodistrict?
C.T : « Le territoire de l’Eurodistrict est un territoire qui est organiquement assez dense, assez dense en diversité d’activités et aussi assez dense en besoins : besoin de production, besoin de services. Jusqu’à présent, on avait peu la visibilité au fond de ce bassin d’emploi et de son fonctionnement. Lorsque nous avons engagé la Semaine de l’entrepreneuriat dans le cadre de l’Économie Sociale et Solidaire, et la Semaine de l’entrepreneur, au début nos amis et voisins n’ont pas été totalement convaincus à la première édition et puis maintenant ça y est c’est parti : la deuxième année, ils ont trouvé que ça a été un succès, maintenant la troisième année, ils participent pleinement. Après un an de projet,  Start Hop est une émanation de cette démarche de soutien à l’entrepreneuriat, nous avons la possibilité d’évaluer mais à condition de poursuivre. C’est une initiative locale, c’est donc une initiative propre à l’Eurodistrict. Le financement est principalement local aussi et donc on voit que la Communauté Urbaine est avec son slogan Strasbourg the Europtimist ce n’est pas un simple slogan c’est une manière d’agir, c’est 1+ 1 = 3 c'est-à-dire un bassin d’emploi français, un bassin d’emploi allemand, des porteurs de projets de deux côtés ça fait une chance supplémentaire, c’est à dire 3. »
 Est-ce que vous auriez des propositions à faire pour 2014, est-ce que vous voyez des perspectives pour cette année-pilote? Qu’est ce qu’on pourrait peut-être proposer concrètement aux entrepreneurs transfrontaliers ?
C.T : « Je pense que ce qui est important pour eux, lorsque le projet est connu et lorsqu’il est intéressant, et lorsque ‘il a des chances de pouvoir démarrer, c’est l’accompagnement que nous proposons aujourd’hui. Cet accompagnement est précieux pour pouvoir chercher l’endroit où on va pouvoir le développer, le lieu, pour pouvoir aussi arriver à rassembler les crédits, éventuellement aussi intéresser les clients. Après c’est une affaire de répercussion, de communication, d’accompagnement, de suivi du projet. Nous avons vu avec plusieurs initiatives, celle-ci, mais aussi l’action de développement économique dans nos quartiers populaires, l’action de développement des activités dans le cadre de deux concours que nous appelons Tango et Scan que on peut partir petit pour devenir plus grand donc au fond la deuxième étape après celle de la connaissance du projet et celle de l’intérêt suscité, c’est l’accompagnement. Et donc, c’est là-dessus que je pense qu’il faut que nous fassions un travail commun, allemands et français, et puis grâce au travail sur la gestion des emplois et des compétences sur le plan transfrontalier de notre bassin de l’Eurodistrict, on a aussi la possibilité de voir justement comment des projets peuvent se développer dans un contexte où, à moment ou à un autre, ils peuvent avoir besoin de salariés, de soutien ou de nouvelles compétences. Ce que nous avons repéré, c’est que les projets d’entreprise sont souvent très bien, la condition du succès, c’est la croissance. Et donc nous avons ce double objectif, l’emploi, qui est crée par la nouvelle activité, mais c’est en même temps la croissance, la croissance de l’entreprise, évidemment, qui permet la réussite. »
Est-ce que vous pensez qu’on peut peut-être sortir de ce territoire, communiquer autrement et rendre ce dispositif plus connu en France et en Allemagne?
C.T : « Ce qui est sûr, ce que je constate, c’est qu’il y a déjà au fond une sorte de publicité spontanée qui se passe par les porteurs de projets. Plus les gens sont contents de l’accueil qu’ils ont eu, de la manière dont ça s’est passé, et plus ça circule, ça fait au fond un peu une traînée de poudre. Là, avec nos capacités, on ne peut pas non plus s’étendre trop sur un territoire plus vaste à moins que cette manière d’agir, une fois qu’elle est bien établie et moi je suis pour que nous puissions asseoir l’expérience de la manière la plus durable possible. Après on peut penser à d’autres partenaires et la capacité à l’étendre éventuellement territorialement. Et ce que je trouve très intéressant, du point de vue de ce que donne en quelque sorte cette action, c’est qu’elle lie le niveau européen et le niveau local. Nous sommes à la limite plus vite repérés par la Commission Européenne que sur un plan plus national mais peu importe, je pense que c’est le caractère transfrontalier justement qui crée l’ADN de ce projet et qui est aussi je dois le dire un facteur de stimulation c'est-à-dire que je pense on voit l’avenir, on pense qu’on voit la capacité qu’on peut avoir à résoudre la crise économique et sociale dans laquelle on est quand on veut que des projets peuvent être proposés et aboutir. Donc je pense que c’est au fond un sacré dopant pour le moral de notre bassin d’emploi C’est la raison pour laquelle il faut bien l’asseoir dans sa zone de compétences, d’emplois et d’activités parce que c’est ça aussi qui est le gage de la réussite. Ca n’empêche pas d’être repéré et de voir plus loin : si Strasbourg est imité, tant mieux. Notre feuille de route l’a déjà été largement mais ce qui restera notre ADN propre sur le plan franco-allemand dans cette recherche de co-décision que nous avons sur ces questions avec nos voisins c’est une manière de faire qui nous est propre et de ce point de vue même la gouvernance est innovante. »
Je vais rebondir sur les mots franco-allemands : Comment surmonter cette dernière barrière pour les entrepreneurs, la barrière linguistique, Avez-vous une position sur des solutions pour améliorer la compétitivité sur un territoire transfrontalier ?
C.T : « La question de la langue est une question absolument première. On l’a repéré dans les facteurs effectivement de compétitivité et dans les besoins des entreprises : pour embaucher mais en même temps aussi, on le voit, pour des nouveaux chefs d’entreprise, pour pouvoir se déployer des deux côtés du Rhin. Et donc c’est une priorité, on en a parlé avec la CCI,  qui offre des formations. On l’a évoqué aussi comme une action prioritaire qui peut être portée par l’Eurodistrict et par tous ses acteurs. Je pense que aujourd’hui la question a été posée un cran plus haut, au niveau des responsables ministériels et les responsables des administrations de l’emploi des deux pays pour arriver à véritablement permettre à toutes les chances de se développer et à tous ceux qui peuvent travailler en Allemagne ou travailler en France, les chances de réussir leur projet. La langue, ça commence à l’école. Moi je milite depuis longtemps pour que les français, les européens apprennent trois langues : la leur, l’anglais est assez incontournable, et la langue du voisin. Nous avons en France plusieurs voisins mais pour nous c’est évidemment l’allemand, et  plus tôt on l’apprend, je ne suis pas un parfait exemple, plus tôt on l’apprend, mieux c’est,  parce qu’on intègre immédiatement la structure de la langue et on a énormément d’aisance. »
Qu’est-ce que représente le Networking pour vous?
C.T :  « 1+1=3, un allemand, une française, et une chance supplémentaire de développer son projet.»